État de situation des revendications de la marche Du pain et des roses de 1995 en lien avec les revendications d’aujourd’hui
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| Cet état de situation ne constitue pas des positions de la Fédération des femmes du Québec. Son contenu n’engage donc que ses autrices, deux membres de l’équipe de travail de la marche en 1995, Diane Matte et Mercédez Roberge, lesquelles étaient alors respectivement coordonnatrice et adjointe à la coordination.
Non exhaustif, il a été réalisé notamment à partir d’archives de 1995, ainsi que grâce à des informations obtenues de plusieurs organisations engagées il y a 30 ans dans la marche « Du pain et des roses » ou se trouvant sur leurs sites internet respectifs. Il rassemble également des éléments issus d’un état de situation produit en 2015[1]. |
- Qu’est-ce qui unit les revendications de la Marche de 1995 à celles de la Marche mondiale des femmes portées par la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF)?
Tout d’abord, rappelons que les revendications de la Marche de 1995 portaient, par choix, uniquement sur la lutte à la pauvreté, particulièrement celle des femmes. Celles-ci ont été élaborées grâce à la concertation entre des organisations qui étaient déjà actives sur ces sujets. Des interventions importantes avaient donc été faites par ces organisations et des gains, ou des débuts de gains, avaient été obtenus, avant le départ de la Marche.
La Marche a permis de porter collectivement des revendications spécifiques, ce qui leur a donné un poids beaucoup plus grand… et une écoute plus globale du gouvernement et de la population. Les revendications étaient volontairement très précises, en ayant pour objectif que les gains soient les plus tangibles possibles.
En 2025, la Coalition du Québec pour la Marche mondiale des femmes (CQMMF) propose un projet de société féministe qui place l’économie au service du vivant, et qui repose sur les principes de dignité, d’autonomie et de justice, s’inscrivant dans un mouvement international.
Ses revendications sont volontairement présentées comme des principes et des enjeux, pour dénoncer la pauvreté, ainsi que la violence envers les femmes et les décisions nocives pour l’environnement. Ces deux derniers thèmes n’étaient pas abordés, en 1995, par la « Marche des femmes contre la pauvreté », voici la section des revendications de la CQMMF traitant spécifiquement de la lutte à la pauvreté.
« Dénoncer la pauvreté qui représente une violence systémique
- Nous nous mobilisons contre l’appauvrissement généré par la division sexuelle et genrée du travail de même que par la non-reconnaissance du travail invisible, ici comme ailleurs;
- Nous nous mobilisons contre tous les préjugés qui portent atteinte à la dignité des filles, des femmes et de toute personne;
- Nous nous mobilisons contre les choix politiques qui nuisent à la redistribution de la richesse et qui promeuvent la privatisation des services publics; » [2]
On peut tout de même dire que l’esprit des revendications de 1995 se retrouve globalement dans les objectifs de celles portées par la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) en 2025.
- Quels gains ont été obtenus en 1995 et qu’en est-il, 30 ans plus tard?
Précisons qu’aux lendemains de la Marche de 1995, des gains, complets ou partiels, ont été obtenus pour plusieurs revendications, alors que d’autres n’ont pas été prises en compte par le gouvernement de l’époque.
Non seulement les revendications non répondu en 1995, ou l’ayant été de manière insatisfaisante, doivent encore nous mobiliser, des reculs étant toujours possibles, la vigilance est essentielle même en regard des gains obtenus en 1995. Ces revendications doivent aussi être adaptées ou modifiées en fonction des réalités d’aujourd’hui. Soulignons d’ailleurs que l’évolution de la société en général, et du mouvement féministe en particulier, font en sorte qu’en 2025, les sujets des revendications de 1995 seraient évidemment formulés différemment.
Les informations qui suivent tentent donc de faire le pont entre les réponses obtenues en 1995 et ce qu’il en est aujourd’hui, en les reclassant en fonction du travail qu’il reste à faire.
Les 9 revendications, en bref
Les 9 revendications, en détail
A- Gain maintenu depuis 1995, mais vigilance à conserver
B- Gains majeurs en 1995, mais ce n’est pas fini pour autant
C- Gains partiels en 1995, ce n’est donc pas réglé en 2025.
D- Pas du tout obtenu en 1995, ni depuis.
[1] L’état de situation produit en 2015 pour souligner le 20e anniversaire de la marche « Du pain et des roses » a été réalisé de la même manière que ce document. Son contenu n’engageait alors que ses autrices : Lise Fournier, Lorraine Guay et Mercédez Roberge.
[2] Extrait du site de la CQMMF https://cqmmf.org/6e-action-2025.html
Les 9 revendications, en bref
Gain maintenu depuis 1995, mais vigilance à conserver
- La réduction du parrainage de 10 ans à 3 ans pour les femmes immigrantes parrainées par leur mari a été appliquée aux femmes déjà en situation de parrainage. Les femmes parrainées victimes de violence ont eu accès à l’aide sociale, mais sans mécanismes d’accès aux droits sociaux et, surtout, sans dérogation à l’obligation de remboursement des paiements d’aide sociale par le parrain qui est garant pour 3 ans. La question du parrainage reste d’actualité; plusieurs femmes immigrantes ne connaissent pas leurs droits et peuvent être victimes de manipulation ou tenues sous l’emprise de leur abuseur. Les femmes immigrantes vivent diverses formes de violence et de discriminations et les organismes en place ne suffisent souvent pas à la tâche pour les soutenir.
Gains majeurs en 1995, mais ce n’est pas fini pour autant
- L’économie sociale a pris son envol à la suite de la marche et bénéficié d’un financement de l’État (225M$ sur 5 ans), mais le concept d’infrastructures sociales revendiqué en 1995, avec des emplois accessibles aux femmes, a été relayé aux oubliettes. Les décisions économiques se résument encore trop souvent aux investissements dans des infrastructures ou des projets favorisant le développement d’emplois masculins, plutôt que dans les domaines où les femmes sont en grand nombre, soit dans les organismes communautaires, les réseaux de la santé et des services sociaux ainsi que l’éducation. Malgré une participation active, les femmes continuent de se heurter à des obstacles systémiques dans le marché du travail, et ce, de manière plus prononcée pour celles subissent plusieurs formes de discrimination, dont les femmes issues de l’immigration, de minorités visibles, handicapées et autochtones. En 2025, la division genrée du travail persiste et exacerbe la sous-valorisation des emplois majoritairement féminins, souvent précaires, reproduisant ainsi les inégalités entre les sexes. Actualiser la revendication en 2025, équivaudrait à demander un programme d’infrastructures sociales avec des emplois accessibles dès maintenant aux femmes auquel s’ajoute l’octroi des moyens pour les organismes communautaires et le maintien de services publics accessibles et de qualité
- La Loi sur l’équité salariale a été adoptée le 21 novembre 1996, après plus de 15 ans de lutte, mais pour obtenir justice il faut être prête à lutter pendant de nombreuses années. En 2015, la Commission sur l’équité salariale a été intégrée à la Commission des normes, de l’équité, de la santé et de la sécurité du travail (CNESST) sans réelles garanties de maintenir sa mission pleine et entière. Les écarts salariaux persistent entre les hommes et les femmes à l’intérieur de chaque métier et entre des métiers de valeur équivalente; les travailleuses non syndiquées ne gagnent toujours que 82% du salaire des hommes non syndiqués. En 2025, le Conseil d’intervention pour le travail des femmes (CIAFT) demande que la Loi sur l’équité salariale soit révisée, afin de donner plus de droits et d’outils aux travailleuses non syndiquées, y compris la transparence salariale dans les affichages.
- La marche a donné un dernier coup de pouce à une longue lutte, pour que soit adoptée la loi sur la perception automatique des pensions alimentaires (mai 95), améliorant les conditions de vie d’un bon nombre de familles monoparentales québécoise. Cependant, bien que les pensions alimentaires ne soient ni imposables ni déductibles d’impôt pour les parents depuis 1997, elles sont encore considérées comme un revenu, réduisant ainsi l’accès aux prêts et bourses, à l’aide juridique, à des programmes d’assistance sociale ainsi que l’allocation au logement. En 2025, la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) demande que 100% des pensions alimentaires cessent d’être considérées comme un revenu dans l’ensemble des programmes gouvernementaux.
Gains partiels en 1995, ce n’est donc pas réglé en 2025
- Stationnaire depuis plusieurs années à 6.45$, le salaire minimum a été majoré de 0.45$ grâce à la marche – ce qui était bien loin de l’objectif de 8.15$ pour dépasser le seuil de la pauvreté. Durant les 20 années suivantes, le salaire minimum n’a augmenté que de 0.20 sous par an, pour ensuite progresser un peu moins lentement. En 2025, le Front de défense des non-syndiqué.e.s réclame une augmentation du salaire minimum à plus de 20$ l’heure, alors qu’il est à 16.10$.
- Des 1 500 logements sociaux revendiqués en 1995, 1200 logements avaient été annoncés avant la marche, mais le programme n’a duré qu’un an, avant de revenir en 1997. La marche avait aussi permis d’obtenir que 60 logements soient réservés à des femmes en difficulté avec support communautaire. Depuis, au manque de logement s’est ajoutée une 2e crise : le loyer moyen au Québec a bondi de 141,7 % en 30 ans, dont 57,16 % ces 10 dernière années. En 2025 le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU) exige un programme pour la construction d’au moins 10 000 logements sociaux par année, dans l’objectif de doubler le nombre de ceux-ci d’ici les 15 prochaines années.
- Alors que la marche demandait que les personnes n’étant pas prestataires d’assurance-chômage ou de la sécurité du revenu, aient accès aux services et aux programmes de formation générale et professionnelle, avec soutien financier adéquat, la réponse gouvernementale s’est limitée au programme de formation professionnelle des métiers non-traditionnels. Il a ainsi réservé cinq places sur 15 pour les femmes sur ces programmes, dont deux places pour des femmes sans chèque. Que reste-t-il des programmes de formation professionnelle en ces temps d’austérité?
- Le gel des frais de scolarité a été obtenu, mais seulement pour 1995 et 1996 et sans augmenter les bourses. La lutte étudiante de 2012 a permis d’éviter la plus grande hausse des frais de scolarité jamais projetée, mais il s’agit d’un gel indexé. En 2025, la non-rémunération des stages, principalement dans les domaines à prédominance féminine (santé et éducation) fait partie des préoccupations du mouvement étudiant. Quant au programme d’aide financière aux études, il est insuffisant au point ou 46 % de ses bénéficiaires vivent de l’insécurité alimentaire. La précarité financière étudiante freinant l’accessibilité aux études, nous sommes loin de « la gratuité scolaire de la maternelle à l’université » projetée durant la Révolution tranquille : un combat à poursuivre.
Pas du tout obtenu en 1995, ni depuis
- La loi des normes minimales du travail ne s’applique toujours pas aux personnes participant aux mesures d’employabilité; les gouvernements successifs se sont plutôt acharnés sur les personnes assistées sociales, coupure après coupure.
A- Gain maintenu depuis 1995, mais vigilance à conserver
| Revendication no 8 de 1995 :
L’application rétroactive de la réduction du parrainage de 10 ans à 3 ans pour les femmes immigrantes parrainées par leur mari ainsi que la mise sur pied d’un mécanisme d’accès aux droits sociaux pour les femmes parrainées victimes de violence conjugale et familiale. Cette revendication était portée par le Collectif des femmes immigrantes
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B – Gains majeurs en 1995, mais ce n’est pas fini pour autant
| Revendication no 1 de 1995 :
Un programme d’infrastructures sociales avec des emplois accessibles dès maintenant aux femmes.
Revendication de 2025 : Un programme d’infrastructures sociales avec des emplois accessibles dès maintenant aux femmes auquel s’ajoute l’octroi des moyens pour les organismes communautaires et le maintien de services publics accessibles et de qualité
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| Revendication no 2 de 1995 :
Une loi proactive sur l’équité salariale. Cette revendication était portée par le Conseil d’intervention pour le travail des femmes (CIAFT)
Revendication du CIAFT en 2025 : que la Loi sur l’équité salariale soit révisée afin de donner plus de droits et d’outils aux travailleuses non syndiquées, y compris la transparence salariale dans les affichages.
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| Revendication no 5 de 1995 :
Un système de perception automatique des pensions alimentaires avec retenue à la source. Revendication portée par la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Revendication de la FAFMRQ en 2025 : que 100% des pensions alimentaires cessent d’être considérées comme un revenu dans l’ensemble des programmes gouvernementaux. |
C- Gains partiels en 1995, ce n’est donc pas réglé en 2025
| Revendication no 3 de 1995 :
L’augmentation du salaire minimum au-dessus du seuil de la pauvreté (8.15$ de l’heure). Cette revendication était portée par Au bas de l’échelle
Revendication du Front de défense des non-syndiqué.e.s en 2025 : Augmenter le salaire minimum à 20$ l’heure et plus. Tiré du communiqué du Front de défense des non-syndiqué.e.s du 31 mars 2025
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| Revendication no 6 de 1995 :
La création d’au moins 1 500 nouvelles unités de logement social par année. Cette revendication était portée par le Front d’action populaire en réaménagement urbain (FRAPRU)
Conséquences :
Alors que le logement social est un levier essentiel pour offrir une alternative durable face à l’échec du marché privé :
→ Cette situation entrave l’accès au logement social pour les populations les plus vulnérables.
Revendication du FRAPRU en 2025 : Doubler le nombre de logements sociaux d’ici les 15 prochaines années. |
| Revendication no 7 de 1995 :
L’accès aux services et aux programmes existants de formation générale et professionnelle, avec soutien financier adéquat, pour toutes les personnes qui ne sont pas prestataires de l’assurance-chômage ou de la sécurité du revenu, en vue de leur insertion ou de réinsertion au travail.
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| Revendication no 9 de 1995 :
Le gel des frais de scolarité et l’augmentation des bourses aux étudiantes/ts.
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D – Pas du tout obtenu en 1995, ni depuis
Revendication no 4 de 1995 : L’application de la loi des normes minimales du travail à toutes les personnes participant à des mesures d’employabilité.
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