LE COLLÈGE DES MÉDECINS REFUSE D’ÉCOUTER LES FEMMES

Voici la lettre ouverte publiée par le journal La Presse et co-signée par une quinzaine d’organismes féminismes :

« Ligotée […], isolée dans la peur et le froid et laissée à moi-même. »

« J’étais certaine qu’ils allaient me tuer. Ça fait 25 ans de ça, mais j’en pleure encore. »

« Je ne savais même pas ce qu’il faisait, mais ça m’a fait vraiment mal. »

« C’est mon corps, je suis consciente des risques possibles, laissez-moi donc choisir ! »

Témoignages sur les violences obstétricales et gynécologiques recueillis par le regroupement naissance-renaissance

Des témoignages comme ça, le Regroupement Naissance-Renaissance en reçoit beaucoup. C’est ce qui nous a convaincus de former la Collective du 28 mai, constituée de groupes féministes pour dénoncer ces violences.

Le 28 mai dernier, nous avons lancé un appel aux témoignages dans le but de faire réaliser aux instances de santé publique la nature systémique de ces violences, loin d’être des cas isolés.

Malgré nos efforts, le Collège des médecins n’entend pas. Dans un article publié mardi dans La Presse, Yves Robert, secrétaire du Collège, réduit ces violences à ce qui serait un simple « problème de communication ». Il précise que « c’est probablement lié davantage à la communication et à l’explication de l’intervention qu’à un désir de violence ».

Le Collège des médecins, en mettant de l’avant un hypothétique problème de communication, se défausse de sa responsabilité pour la rejeter sur les victimes de violences obstétricales et gynécologiques.

Plutôt que de reconnaître le vécu des femmes et des personnes, la position du Collège est de dire que les femmes qui accouchent ou les personnes qui ont besoin d’un suivi gynécologique ont simplement mal compris, mal interprété les propos du ou de la médecin. Ce déni de la parole des femmes et le renvoi à un défaut de compréhension de leur part renvoient précisément aux préjugés sexistes auxquelles les femmes font face quotidiennement.

Dans le même article, le Collège des médecins parle de consentement implicite.

Nous aimerions rappeler au Collège des médecins du Québec son propre code déontologique et la loi qui régit la profession de ses membres au Québec, soit que « le médecin doit, sauf urgence, avant d’entreprendre un examen, une investigation, un traitement ou une recherche, obtenir du patient ou de son représentant légal, un consentement libre et éclairé ».

Personne ne donne un consentement implicite à un médecin pour procéder à des examens physiques quelconques simplement en prenant rendez-vous. Il est clair dans les lois et les directives cliniques que chaque examen ou intervention ne peut se faire sans obtenir un consentement explicite, libre et éclairé de la part de la personne qui demande la consultation.

Que le secrétaire du Collège des médecins se demande si, vraiment, c’est pertinent de demander explicitement le consentement à chaque geste posé revient à remettre en cause les lois en vigueur au Québec. C’est aberrant et très grave de la part d’une institution de cette importance.

Nous invitons donc le Collège à relire son propre document de référence sur le consentement aux soins, qui explique tout cela en 79 pages.

Nous l’invitons également à revoir son principe de communication. Le 11 juin dernier, invitée par le Collège, la présidente de la Fédération des femmes du Québec a parlé de la question des violences obstétricales et gynécologiques. Aux vues des propos d’Yves Robert, l’institution s’est contentée d’une invitation de courtoisie sans rien entendre de nos revendications.

Il nous paraît évident que le Collège ne comprend pas ce qu’est une violence obstétricale ou gynécologique, et n’a pas démontré son réel désir d’être à l’écoute des femmes et des personnes utilisatrices de soins obstétricaux et gynécologiques.

Nous demandons des excuses publiques du Collège des médecins.

Dire que le consentement est implicite ne suffit plus. Dire que les violences obstétricales et gynécologiques sont un problème de communication ne suffit plus. En fait, nous soutenons que de dire de telles choses n’est plus acceptable en 2019.

Nous demandons aussi au Collège des médecins d’être conséquent, et de former un comité avec différents partenaires, donc le milieu communautaire, pour imaginer des pistes de solutions afin que ces violences cessent.

Du même souffle, nous interpellons la ministre de la Santé et des Services sociaux de même que la ministre de la Justice afin qu’une enquête soit mise sur pied, qu’une réflexion soit entamée sur le sujet, et que, finalement, des données sur ces violences puissent nous guider sur les actions à prendre collectivement pour qu’enfin les femmes puissent avoir des soins de santé sans avoir peur pour leur intégrité physique.

* Cosignataires : Fédération des femmes du Québec (FFQ) ; Fédération québécoise pour le planning des naissances (FQPN) ; Centre de solidarité lesbienne (CSL) ; Action cancer du sein du Québec (ACSQ) ; Fédération des maisons d’hébergement pour femmes ; L’R des centres de femmes du Québec ; Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTRGFQ) ; Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles ; Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec (FAFMRQ) ; Vivre 100 fibromes ; Réseau d’action des femmes en santé et services sociaux (RAFSSS) ; Institut de recherche et d’actions pour la santé des femmes (IRASF) ; Réseau d’action des femmes handicapées du Canada (DAWN) ; Association québécoise des infirmières et infirmiers (AQII) ; Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine (CDEACF) ; Réseau des lesbiennes du Québec (RLQ)

Appel à témoignages: violences obstétricales et gynécologiques

Sur l'image est écrit : "Violences obstétricales/gynécologiques : appel à témoignages ! RDV sur www.stopvog.org

Cet appel aux témoignages est lancé dans le cadre d’une campagne de sensibilisation et de lutte contre les violences obstétricales et gynécologiques (VOG) qui touchent les femmes, les hommes trans, les personnes non-binaires et bispirituelles.

Vous avez peut-être vécu cette forme de violence si :

– Vous avez ressenti des formes de non-respect de votre corps ou des atteintes à votre dignité.
– On a fait une intervention médicale sans vous en parler et obtenir votre consentement au préalable (par exemple : on a introduit des doigts dans votre vagin sans vous prévenir ou vous demander votre accord).
– On vous a laissé croire que vous n’aviez pas le choix de subir une intervention médicale ou d’accepter la présence d’étudiant.es en médecine et de résident.es lors d’un examen.
– On a fait utiliser la coercition pour vous faire accepter une intervention (par exemple : on vous a demandé de prendre une décision sous la menace ou on a menacé d’appeler la DPJ).
– On vous a empêché de bouger durant votre accouchement, on vous a forcé.e à rester allongé.e sur le dos durant votre accouchement, on vous a empêché.e de boire et de manger.
– On n’a pas pris le temps de vous expliquer les avantages et désavantages ainsi que les conséquences et les alternatives possibles d’une intervention, d’un médicament ou d’une méthode contraceptive.
– On vous a refusé une méthode de contraception temporaire ou définitive.
– On a refusé de vous poser ou de vous enlever un stérilet.
– On vous a refusé le choix de tenter un accouchement vaginal après césarienne, ou on vous a refusé de le faire hors d’un centre hospitalier.
– On s’est adressé à vous avec mépris, on vous a dit des paroles blessantes, on ne vous a pas cru.e lorsque vous disiez ressentir de la douleur.
– Des remarques sexistes, lesbophobes, transphobes ou dégradantes vous ont été faites par le personnel soignant dans un contexte obstétrical ou gynécologique.

– On vous a discriminé.e sur la base d’un handicap ou d’un corps jugé non-conforme lors d’un suivi en gynécologique ou en obstétrique.

(Ceci est une liste non-exhaustive d’exemples, les VOG peuvent se manifester sous d’autres
formes.)

Les VOG sont des violences systémiques et genrées reliées à la santé reproductive et sexuelle.Elles surviennent dans un contexte de suivi gynécologique ou obstétrical. Elles peuvent être vécues lors d’un accouchement, d’une fausse couche ou d’un avortement aussi bien que lors d’un simple rendez-vous gynécologique, d’une échographie ou d’une mammographie.

Les personnes vivant à l’intersection de plusieurs systèmes d’oppressions telles que les femmes racisées, excisées, autochtones, en situation de handicap, lesbiennes et les personnes trans et non- binaires sont encore plus à risque de subir cette violence.

L’existence des VOG prend racine dans un système patriarcal qui méprise les corps des femmes et les corps non-conformes. Ces violences sont également issues d’un système de santé défaillant qui valorise la performance au détriment de l’écoute des personnes. Dans un tel système, les patient.es ne sont pas aux centres des soins.

Les instances décisionnelles refusent de reconnaître le problème; votre témoignage peut faire la différence! Nous appelons toute personne pensant avoir vécu des violences obstétricales ou gynécologiques à déposer son témoignage et à porter plainte aux instances concernées. Toute personne ayant été témoin de VOG sur autrui est aussi invitée à témoigner (professionnel.les de la santé, doulas, étudiant.es, etc.)

Rendez-vous sur le site www.stopvog.org ou sur notre page Facebook Stop violences
obstétricales et gynécologiques – Québec ou par courriel à temoignage@stopvog.org

Cette campagne a été conçue par La collective du 28 mai :

Action Cancer du sein (ACS) ; Action des femmes handicapées (Montréal) (AFHM)  ; Ariane K – Consultante périnatale ; Centre de solidarité lesbienne (CSL) ; Centre des femmes d’ici et d’ailleurs ; Fédération des Femmes du Québec (FFQ) ; Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) ; Regroupement Naissance-Renaissance (RNR) ; Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel (RQCALACS) ; Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec (RAFIQ) ; Réseau des lesbiennes du Québec – Femmes de la diversité sexuelle (RLQ/QLN) ; Réseau des tables régionales de groupes de femmes du Québec (RTRGFQ).

Groupes en appui

L’Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale (L’Alliance 2e étape) ; La CORPS féministe; Fédération des maisons d’hébergement pour femmes (FMHF); On SEXplique ça ; L’R des Centres de femmes du Québec; Relais-femmes; Réseau d’action des femmes en santé et services sociaux (RAFSSS); Table de concertation des organismes communautaires du réseau de l’immigration et de l’intégration du Québec (TCRI); La Table des regroupements provinciaux d’organismes communautaires et bénévoles (Table); Vivre 100 Fibromes

Pour ajouter votre groupe à liste des groupes en appui, veuillez communiquer avec nous à temoignage@stopvog.org