Le Canada doit protéger les droits des travailleuses du sexe pendant la COVID-19 en garantissant l’accès à un soutien financier d’urgence

Cette lettre a été signée par plusieurs organisations, dont la Fédération des femmes du Québec

Le 22 mai, plus de 20 organisations de défense des droits des femmes et de l’égalité au Canada ont écrit une lettre conjointe au gouvernement fédéral, appelant à un soutien financier d’urgence à faible barrière pour les travailleuses du sexe, qui jusqu’à présent ont été exclues de la riposte à la pandémie au Canada. En réponse, plutôt que d’aller de l’avant avec un mécanisme pour fournir un soutien financier aux travailleuses du sexe, le gouvernement a répondu lors d’une réunion ultérieure avec des défenseurs en suggérant que les organisations locales travaillant avec les travailleuses du sexe appliquent au Fonds de soutien communautaire d’urgence de 350 millions de dollars annoncé en mai par le ministre de Familles, enfants et développement social Ahmed Hussen. La plupart des groupes de défense des droits des travailleuses du sexe et d’autres organisations de base au service des communautés marginalisées ne répondent pas aux critères énoncés pour demander de tels fonds car ils ne sont souvent pas des organisations à but non lucratif ou caritatives enregistrées et sont constitués des individus marginalisés qui ont été exclus de la réponse à une pandémie. De plus, le Fonds ne couvre pas les remplacements de revenu.

Plus récemment, Centraide – l’une des trois organisations qui distribuent des subventions par le biais du Fonds – a mis à jour sa section FAQ pour souligner que «Ce financement est destiné aux services communautaires de première ligne pour l’aide liée à la COVID-19. Il ne peut être utilisé pour fournir un remplacement de revenu aux individus. Les organismes qui répondent à nos critères d’admissibilité et fournissent des services et un soutien aux personnes nécessitant une aide au revenu, comme les sans-papiers ou les travailleurs du sexe, peuvent assurément demander un financement pour servir ces communautés en menant des activités admissibles liées à la sécurité alimentaire, au soutien en santé mentale, etc. »

Bien que la sécurité alimentaire sous forme de cartes d’épicerie soit importante, les travailleuses du sexe ont besoin d’un soutien financier pour couvrir d’autres besoins tels que le loyer et les médicaments.

Trois mois après le début de la riposte à la pandémie, le Canada continue de faire échouer les membres de sa communauté les plus marginalisés en négligeant de faire respecter les droits des travailleuses du sexe. Sans fin de la pandémie en vue, le gouvernement doit agir de toute urgence pour fournir aux travailleuses du sexe des soutiens financiers d’urgence accessibles et à faible barrière ou des équivalents de trésorerie via les organismes communautaires qui les servent.

L’ONUSIDA a appelé « tous les pays à prendre des mesures critiques immédiates, fondées sur les principes des droits de l’homme, pour protéger la santé et les droits des travailleuses du sexe », notamment en garantissant « L’accès aux programmes nationaux de protection sociale pour les professionnel(le)s du sexe, y compris aux plans d’aide liés à la perte de revenus. »

Le manque d’action du gouvernement du Canada sur cette question est honteux.


Lettre conjointe au gouvernement:

22 mai 2020

Ministre Maryam Monsef
Ministre des femmes, de l’égalité des sexes et du développement économique rural
22 rue Eddy
Gatineau, QC J8X 2V6

OBJET: Un revenu de soutien d’urgence pour les travailleuses du sexe est nécessaire de toute urgence

Chère ministre Monsef,

Merci de votre engagement indéfectible en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes, y compris votre action rapide pour mobiliser des fonds pour faire face aux impacts spécifiques au genre durant la pandémie. Nous vous écrivons pour insister sur le fait que – conformément à votre mandat de veiller à ce que l’ACS + soit menée dans toutes les décisions du gouvernement – vous vous assurez que les travailleuses du sexe, les autres femmes et les personnes avec d’autres identités de genre travaillant dans des économies informelles et des contextes criminalisés ne sont pas exclus de la réponse à la COVID-19.

Les travailleuses du sexe sont l’un des groupes les plus marginalisés au Canada. Depuis le début de la pandémie, de nombreuses travailleuses du sexe ont cessé le travail du sexe par contact direct pour se conformer aux directives relatives à l’éloignement social. D’autres sont sans travail avec la fermeture des clubs de danse érotique et des salons de massage. Certaines travailleuses du sexe – y compris les plus marginalisées – ne sont pas en mesure d’arrêter de travailler et font face à un risque accru de surveillance. La plupart des travailleuses du sexe ont brusquement perdu tous leurs revenus, mais en raison de la nature précaire et criminalisée de leur travail, de nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas éligibles au PCU ou à d’autres aides d’urgence au revenu.

À l’échelle internationale, l’ONUSIDA a publié une déclaration à la presse le 8 avril 2020, soulignant la préoccupation que «la pandémie de COVID-19 place les travailleuses du sexe du monde entier face à des épreuves, à une perte totale de revenus, ainsi qu’à une hausse de la discrimination et du harcèlement». La déclaration a noté que «lorsque ces personnes sont exclues des ripostes à la COVID-19 pour ce qui est de la protection sociale, elles se retrouvent confrontées au choix difficile de mettre leur sécurité, leur santé et leur vie en danger juste pour survivre». L’ONUSIDA «invite les pays à prendre des actions essentielles et immédiates dans le respect des droits humains afin de protéger la santé et les droits des travailleuses du sexe», notamment en garantissant «L’accès aux programmes nationaux de protection sociale pour les travailleuses du sexe, y compris aux plans d’aide liés à la perte de revenus».

Face à cette situation, de nombreuses organisations de travailleuses du sexe à travers le Canada ont organisé des collectes de fonds communautaires, accordant dans la plupart des cas des allocations de $100 aux travailleuses du sexe. Mais $100 n’est pas suffisant pour que les travailleuses du sexe puissent couvrir les frais de logement, de nourriture et d’autres éléments essentiels pour leurs familles.

Les travailleuses du sexe sont stigmatisées et ciblées par le public, les forces de l’ordre et le gouvernement, et de nombreuses travailleuses craignent légitimement la discrimination et évitent tout contact avec le gouvernement et les services sociaux. Les travailleuses plus marginalisées peuvent ne pas avoir de compte bancaire. La criminalisation du travail du sexe est un obstacle direct pour les travailleuses du sexe qui ne peuvent pas et ne veulent pas risquer d’interagir avec les agences gouvernementales. Cela signifie que tous les efforts du gouvernement pour inclure ces communautés marginalisées dans le soutien du revenu d’urgence doivent s’appuyer sur des organisations de la société civile ayant de solides liens communautaires qui sont les mieux placées pour recevoir des fonds et les acheminer directement vers les personnes qui en ont besoin, et peuvent assurer l’anonymat et la sécurité.

Le Premier ministre a déclaré: « Pour nous protéger, il faut d’abord nous protéger les uns les autres. » Afin de se protéger mutuellement et de faire en sorte que les droits humains soient au cœur de la réponse du Canada en cas de pandémie, la réponse du gouvernement fédéral en cas de pandémie doit reconnaître les vulnérabilités de certaines communautés et être non discriminatoire. Le Canada doit garantir l’égalité d’accès au soutien du revenu pour les travailleuses du sexe.

Madame la Ministre Monsef, nous vous demandons de prendre des mesures pour vous conformer aux recommandations urgentes de l’ONUSIDA. Comme premières étapes immédiates qui devraient inclure:

  1. d’allouer d’urgence des fonds aux organisations de la société civile travaillant directement avec les travailleuses du sexe, avec des mécanismes d’octroi flexibles permettant aux organisations de transmettre des fonds à l’aide de cartes de débit prépayées et d’autres méthodes à faible barrière aux communautés qu’elles servent; et
  2. de rencontrer des organisations de défense des droits des travailleuses du sexe pour discuter de leurs préoccupations et élaborer conjointement des stratégies de réponse.

Nous nous félicitons vivement de la rapidité avec laquelle votre ministère a transféré des fonds à Refuge pour femmes Canada, ce qui a permis à cette organisation d’affecter des fonds directement aux refuges pour femmes à travers le pays. Nous vous demandons de faire de même pour garantir que certaines des femmes les plus marginalisées et des personnes avec d’autres identités de genre aient le même accès aux soutiens au revenu d’urgence que les autres sans emploi à travers le Canada.

Nous espérons avoir de vos nouvelles bientôt. L’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, une alliance de 26 groupes de défense des droits des travailleuses du sexe à travers le Canada – dont la majorité est dirigée par et pour des personnes qui vendent ou échangent des relations sexuelles – est disponible pour vous rencontrer virtuellement le plus tôt possible pour discuter plus en détail cette question. Pour plus d’informations et pour planifier une réunion, veuillez envoyer un courriel à Jenn Clamen, coordonnatrice nationale, à contact@sexworklawreform.com. Nous prévoyons de publier cette lettre ouverte le 30 mai et nous espérons pouvoir inclure d’ici là des informations actualisées sur la réponse du gouvernement à ces préoccupations.

Merci beaucoup pour votre attention concernant ce problème urgent des droits humains. Nous attendons avec impatience d’avoir de vos nouvelles de votre part et de vos fonctionnaires.

Cordialement,

Signée par:

  1. Action Canada for Sexual Health and Rights
  2. Amnesty International Canada (English)
  3. Amnistie internationale Canada francophone
  4. BC Civil Liberties Association
  5. Canadian Alliance for Sex Work Law Reform
  6. Canada Without Poverty
  7. Canadian Labour Congress
  8. Canadian Civil Liberties Association
  9. DisAbled Women’s Network of Canada
  10. Egale Canada
  11. Fédération des femmes du Québec
  12. International Women’s Rights Project
  13. Inter Pares
  14. Oxfam Canada
  15. National Association of Women and the Law
  16. Ontario Council of Agencies Serving Immigrants (OCASI)
  17. Social Planning Council of Winnipeg
  18. West Coast LEAF
  19. Women’s Legal Education & Action Fund (LEAF)
  20. Women’s Shelters Canada
  21. YWCA Canada

Appuyés par:

  1. Barbra Schlifer Commemorative Clinic
  2. Oxfam-Québec

CC: Ministre Chagger Bardish, ministre de la diversité et de l’inclusion; La ministre Karla Qualtrough, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’inclusion des personnes handicapées; La ministre Patty Hajdu, ministre de la Santé; et le ministre David Lametti, ministre de la Justice


Télécharger la lettre en format PDF

Télécharger le modèle de lettre (en format Word) et la signer (organisations seulement, s’il-vous-plaît), puis l’envoyer d’ici le 22 juin 2020, à jhansen@amnesty.ca

M. Legault, plus que des remerciements : cap vers une société égalitaire!

Une lettre d’opinion signée par la table de concertation féministe, le Groupe des 13*, dont la Fédération des femmes du Québec est membre

Publiée ici par Le Soleil, le 9 juin 2020, à la rubrique Opinions


Le gouvernement – représenté par une délégation de 14 hommes et quatre femmes – est à dessiner la relance économique. Bien qu’un certain retour à la normale soit souhaité, espérons que nous tirerons des leçons de cette crise.

Bien des belles promesses, d’éloquents remerciements et de beaux discours ont été prononcés par nos leaders et dirigeants. Des applaudissements même! Pourtant, si on mesure la valeur d’une société au traitement qu’elle réserve à ses plus démuniEs, reconnaissons d’emblée que la crise a mis en lumière les failles du système et les changements urgents qui s’imposent.

Intervenantes, professeures, infirmières, préposées, caissières, coiffeuses, mamans, proches aidantes, etc. – mais aussi principales victimes de la pandémie, surreprésentées à l’aide sociale, dans les emplois à temps partiel, en termes de statuts d’immigration précaires, etc. : le travail réalisé par les «anges gardiennes» est incommensurable. Et souvent invisible, autant que dévalorisé. S’il a été mis en lumière ces derniers mois, c’est généralement encore sans le nommer clairement. Par souci d’inclusion sûrement, on a donc surtout évoqué les «anges gardiens».

Il est maintenant temps d’en tirer d’importantes leçons pour passer à autre chose. Voici quelques propositions, loin d’être exhaustives.

Il est temps de considérer l’apport et le travail des femmes à la hauteur de ce qu’ils représentent. Il est temps de financer correctement les groupes communautaires pour que les femmes autochtones, immigrantes, monoparentales, handicapées, violentées, et toutes les autres, soient soutenues et trouvent leur place dans la société. Il est temps d’élever significativement le salaire minimum afin que travailler ne rime plus avec pauvreté. Il est temps d’élever les montants d’aide sociale et les petites retraites pour permettre de vivre dignement. Il est plus que temps pour l’équité salariale pour toutes les femmes. Il est temps de construire massivement du logement social, pour permettre de vivre, tout simplement. La liste pourrait s’allonger encore.

Monsieur Legault, vous avez reconnu que les femmes portent un lourd fardeau, durant la crise, mais toute l’année aussi. Il est donc essentiel qu’elles soient impliquées dans les discussions sur les choix de la société d’après. Évidemment, la ministre de la Condition féminine doit impérativement siéger au comité de relance. De plus, les femmes de la société civile – vos anges gardiennes – doivent également être présentes autour de la table.
Nous vous offrons notre soutien. Nous demandons à être consultées à titre de professionnelles – pour notre expertise.

Nous sommes le porte-voix pour l’ensemble des réalités diverses des femmes des 17 régions du Québec*. Nos organismes et les femmes que nous soutenons sont sur la ligne de front souvent 24/7 et toujours 365 jours par année. Nous lançons ici un cri du cœur au premier ministre pour ne pas faire de cette occasion unique un rendez-vous manqué. Il est grand temps de mettre le cap vers une réelle société égalitaire!

Vingt-cinq ans après la Marche du Pain et des Roses, les fées ont toujours soif et, pour l’instant, la fontaine ne coule plus. Nos organisations le crient depuis des années, et pas seulement en temps de pandémie. Les propositions ne manquent pas, encore faut-il avoir la volonté politique nécessaire.

* Le G13 est une table de concertation formée de groupes et regroupements représentant les femmes autochtones, en situation de handicap, immigrantes, violentées et de la diversité sexuelle, de l’employabilité au soutien aux familles monoparentales et recomposées; des tables de groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel; des centres de femmes à la santé globale, sexuelle et reproductive; de la défense des droits à la prestation de services, du milieu de vie à l’éducation populaire, etc. Nous représentons plusieurs centaines de groupes et des milliers de femmes au Québec, souvent parmi les plus vulnérables et marginalisées.


Organisations membres
Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale
Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle
Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail
DAWN Canada
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Fédération des femmes du Québec
Fédération des maisons d’hébergement pour femmes
Fédération du Québec pour le planning des naissances
Femmes Autochtones du Québec
L’R des centres de femmes du Québec
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
Regroupement Naissances respectées
Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel
Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec
Réseau des lesbiennes du Québec – Femmes de la diversité sexuelle
Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec
Réseau québécois d’action pour la santé des femmes
Relais-Femmes
Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes

Covid-19 : Le droit à la santé est-il un privilège?

En ces temps de pandémie, la Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble une centaine d’organisations pancanadiennes, nationales, régionales et locales (la Fédération des femmes du Québec en est membre), s’inquiète pour ses groupes membres ainsi que les populations qu’ils desservent. Certaines de ces dernières, parmi les plus vulnérables et marginalisées de notre société, paient plus fort que les autres le prix de la crise sanitaire actuelle. Respecter les mesures de confinement et de distanciation sociale est un luxe et un privilège que tous·tes ne peuvent pas se permettre.

Les  travailleur·euse·s de première ligne qui œuvrent notamment en éducation et santé sexuelles dans le milieu communautaire, le font dans des conditions de plus en plus difficiles et dangereuses et le matériel de distribution (condoms, matériel d’injection stérile, produits désinfectants, etc.) ainsi que les ressources manquent. Ces employé·e·s font face à une augmentation de l’agressivité et de la détresse de la part des personnes usagères qui, elles, (sur)vivent dans des conditions d’autant plus précaires, n’ayant plus accès, ou de manière limitée, à des services et du matériel de base.

D’ailleurs, la tangente vers la répression policière prise par le gouvernement afin de faire observer les mesures de distanciation sociale et de confinement ainsi que l’esprit de délation que cela amène dans la population en général, ne fait qu’exacerber la problématique, car elle affecte démesurément ces personnes – dont plusieurs en situation d’itinérance – qui, dans bien des cas, ne peuvent tout simplement pas toutes les respecter. En leur donnant des amendes, règlera-t-on vraiment la situation?

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) s’est même récemment prononcée sur cette pratique qu’elle a qualifiée de discriminatoire. En ce sens, la Coalition pour l’éducation à la sexualité appuie la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) dans son appel au gouvernement «pour une réponse solidaire et communautaire à la Covid-19». Ces personnes issues de diverses communautés marginalisées ont plutôt besoin de services (hébergement, nourriture, soins de santé, etc.) et cet enjeu, tout comme les conditions de vie et de travail des personnes en CHSLD et dans les résidences pour aîné·e·s, est loin d’être nouveau.

Dans la même veine, bien qu’il soit tout à fait légitime de limiter la circulation d’argent comptant, qui peut être un important vecteur de transmission du virus, le fait que des services ou commerces listés comme essentiels l’interdisent complètement impacte les personnes vivant de l’économie informelle ou se trouvant déjà dans une situation financière précaire, qui ne possèdent pas de cartes de crédit ou de débit et qui se retrouvent soudainement dans l’incapacité d’acheter le minimum essentiel pour vivre.

Ces enjeux, de même que la fermeture et la réduction de nombreux services communautaires et publics ainsi que la redirection de certains effectifs du système de santé afin de combattre la COVID-19 entraînent plus d’isolement, de détresse et de précarité chez diverses communautés, dont les droits, incluant celui à la santé (physique, mentale, sexuelle, etc.), ne sont pas toujours respectés. Par exemple, beaucoup de jeunes LGBTQ+ isolé·e·s de leur réseau d’attache vivent de la répression et de l’incompréhension de la part de leur famille, plusieurs personnes aînées ou en situation de handicap qui recevaient des soins à domicile n’en reçoivent plus et l’accès ralenti et plus difficile à des services en santé sexuelle et reproductive, notamment à la contraception et la pénurie de condoms à prévoir, entravent principalement les droits des filles, des femmes, des personnes trans et non binaires et des travailleuse·eur·s du sexe qui seront plus à risque de vivre une grossesse non désirée. Une hausse des cas d’ITSS, nommément du VIH, serait également à prévoir dans le cas d’une production insuffisante de préservatifs, principalement chez les populations plus à risque.

En terminant, les fonds publics d’urgence qui ont été débloqués pour le milieu communautaire sont essentiels pour que les organismes puissent adapter et continuer à offrir des services de manière sécuritaire aux populations les plus marginalisées, qui sont les plus affectées par la crise. La Coalition pour l’éducation à la sexualité craint cependant que ces mêmes populations ne fassent également les frais de l’après-crise, c’est-à-dire qu’elles soient visées par des coupures, notamment faites dans le milieu communautaire, afin de rétablir un certain équilibre budgétaire. Nous souhaitons que ces fonds soient plutôt maintenus, car ces enjeux ne sont pas nouveaux. Ils existaient avant la crise sanitaire, qui les a exacerbés, et continueront d’exister ou s’amplifieront après celle-ci, si le soutien financier diminue.

Références:

La Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble aujourd’hui environ une centaine de groupes membres, a été formée à partir de la pétition «L’éducation à la sexualité, ça va pas s’faire par magie»: https://fqpn.qc.ca/educsex/

Source : http://www.fqpn.qc.ca/actualites/covid-19-le-droit-a-la-sante-est-il-un-privilege/

Contact presse :
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) – Julie Robillard 514-915-3102

10 idées pour sortir les femmes de la crise

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. Ce qui veut dire que bien des solutions sont déjà connues !

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. La pandémie de COVID-19 ne fait que les accentuer. Des mesures ciblées, à court terme, peuvent faire une différence concrète dans la vie de plusieurs femmes. Toutefois, pour contrer les problèmes de fond ancrés dans des inégalités normalisées au fil des décennies, il est aussi impératif de mettre de l’avant des idées ambitieuses.  Il faut que la société d’après-crise réponde mieux à ses promesses entre les hommes et les femmes, et entre toutes les femmes.

Tout comme les problèmes, les pistes de solution les plus évidentes ne sont pas nouvelles non plus. Le mouvement féministe québécois, la FFQ et un grand nombre d’organismes en défense des droits portent ces combats et cherche à faire évoluer les politiques publiques depuis des décennies. Il semble toutefois qu’en ces temps troubles, l’importance revendications amenées par tant de personnes depuis si longtemps est peut-être plus saillante que jamais aux yeux du grand public. Il est plus que temps d’agir.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par la COVID-19 ?

  • Les femmes sont plus touchées par l’augmentation du chômage des dernières semaines, qui touchent particulièrement les emplois à temps partiel et les emplois dans le secteur des services tels l’hébergement et la restauration.
  • Les femmes sont plus nombreuses dans les emplois de première ligne du système de santé, où les risques de contamination sont les plus élevés. De manière globale, 80 % des emplois dans le domaine de la santé sont occupés par des femmes.
  • Ce sont aussi les femmes qui occupent les emplois où les interactions avec le public sont les plus importantes au sein des commerces essentiels. Ce sont les caissières, par exemple, dans les épiceries et les pharmacies. 
  • Il y a encore un écart de salaire moyen important entre les hommes et les femmes au Québec et au Canada, et la pauvreté est encore largement une réalité féminine. En situation de crise économique, les femmes sont donc surreprésentées parmi les populations les plus vulnérables. 
  • Toutes les problématiques ci-haut sont encore accentuées pour les femmes racisées. Elles sont encore plus surreprésentées que leurs pairs dans les emplois sous-payés des services essentiels et les emplois à statut précaire, particulièrement en ce qui a trait au soin des aînés en milieu hospitalier ou à domicile ; leur taux de chômage est plus élevé, et même en temps normal, et elles sont plus nombreuses à vivre sous le seuil de la pauvreté.
  • Les mesures de confinement amplifient par ailleurs les risques de violence envers les femmes et les enfants. Celles qui sont prises à la maison avec un conjoint violent ont aussi moins d’occasions de s’éloigner pour demander de l’aide, même si les ressources sont disponibles. 
  • Plusieurs communautés autochtones sont particulièrement vulnérables à la pandémie, notamment à cause de la pénurie de logements qui force tant de familles à vivre dans des espaces trop restreints où la distanciation sociale est impossible. Les risques de violence envers les femmes et les enfants autochtones occasionnés par les mesures de confinement sont donc donc plus importants dans ces milieux. 
  • Les femmes sont plus nombreuses à la tête des familles monoparentales. Par ailleurs, la charge des enfants et des tâches domestiques leur revient encore disproportionnellement au sein des familles. La fermeture des écoles a donc un impact démesuré sur les mères québécoises, leur santé mentale et physique. La pandémie affecte plus la capacité des femmes à concilier travail et famille.

Dans ce contexte, la Fédération des femmes du Québec souhaite donc (re)mettre de l’avant 10 idées pour sortir les femmes de la crise.

1 – Améliorer les conditions de travail des « anges gardiennes », de manière durable

Cela passe notamment par une augmentation substantielle des salaires et une amélioration drastique des conditions de travail. Nous sommes conscientes que cela requiert un grand chantier. Il devrait s’agir là d’une priorité nationale.

Si les inégalités de rémunération et de conditions de travail dans le système de santé québécois ont fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Or, elles ne sont pas nouvelles.

Traditionnellement, les médecins étaient des hommes et les infirmières des femmes. Si la valorisation des professions aussi inégales, les vieux relents du patriarcat sont en grande partie à blâmer.

Les femmes racisées occupent aussi les rôles de care et de travail dans nos sociétés depuis très longtemps. Encore aujourd’hui, elles sont très nombreuses parmi les préposées aux bénéficiaires et le personnel d’aide à domicile pour nos aînés — dans la grande région de Montréal, certes, mais pas seulement. Si ces rôles sont aussi mal rémunérés, c’est aussi à cause d’inégalités sociales profondes qui ne datent pas d’hier. Nos sociétés rémunèrent encore différemment le travail en fonction de qui, en bonne partie, occupe un rôle ou un autre. 

On voit bien aujourd’hui comment ces iniquités ne servent personne : ni les travailleuses ni les bénéficiaires. La sous-valorisation du travail traditionnellement féminin amplifie de facto la capacité du gouvernement à agir efficacement en période de crise de santé publique.

Remercier les « anges gardiennes » ne suffit pas. Il faut aussi cesser de les exploiter et revaloriser leur travail par des mesures concrètes.

2 – Instaurer un revenu minimum d’urgence

Trop de personnes sont encore inadmissibles aux mesures d’aide d’urgence annoncées par les gouvernements provincial et fédéral. Par exemple, certaines femmes qui étaient en congé de maternité ne sont pas admissibles à l’assurance-chômage. Plusieurs femmes actives dans l’industrie du sexe, femmes sans statut et femmes impliquées dans les économies informelles passent sous le radar des catégories gouvernementales. De manière générale, les femmes sont plus nombreuses à vivre de sources de revenus précaires, qui entrent mal dans les définitions classiques.

Toutes ont droit à un revenu décent, en tout temps. Un revenu minimum garanti imposable permettrait de mieux aider toutes celles qui en ont le besoin que les programmes à la pièce où il y a toujours des exclues.

3 – Augmenter le salaire minimum à 15$

On qualifie d’essentielles toutes celles qui maintiennent les services dans les pharmacies et les épiceries, qui maintiennent les lieux publics propres, qui offrent des soins aux aînés, qui tiennent le filet social dans les organismes communautaires. Pouvons-nous désormais les rémunérer justement ?

4 – Donner des suites sérieuses aux revendications des femmes autochtones

Cela fait des années que l’on nomme les solutions aux multiples problématiques qui fragilisent les communautés autochtones, et en particulier les femmes, les filles et les personnes bispirituelles. Les rapports de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, de la Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, et de la Commission de vérité et réconciliation existent. On ne devrait pas attendre une pandémie avant d’accélérer l’action politique. Mais il n’est pas trop tard pour s’y mettre.

5 – Mieux connaître l’impact différencié de la pandémie et des mesures d’urgence, pour mieux intervenir

L’élaboration et l’évaluation des politiques publiques doivent s’ancrer dans une connaissance des faits. Quel est l’impact des mesures d’urgence sur les hommes et les femmes ? Quelles communautés sont le plus affectées par la pandémie, et pourquoi ? Quelles interventions faut-il planifier en conséquence ?

Depuis longtemps, des chercheurs dénoncent le manque de données détaillées pour mieux comprendre l’état de la santé publique au Québec et au Canada. Pourtant, aucun centre d’expertise et de référence en matière de santé publique au Québec,  n’a encore diffusé d’information statistique ventilée selon l’appartenance ethnoculturelle, le sexe, le genre,  la classe sociale et; la situation d’handicap, en lien avec le virus. Il faut mieux connaître le portrait de la situation pour les femmes, et mieux comprendre quelles femmes sont les plus touchées par le virus ou encore oubliées par les mesures d’urgence.

L’analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle (ADS+) permettrait aussi de répondre à ce besoin crucial d’informations et donc de prendre des décisions plus éclairées pour le bien collectif.

6 – Sensibiliser la population à l’épidémie de violence genrée

L’an dernier, une femme ou une fille était tuée au Canada à chaque trois jours, en moyenne. Et bien sûr, les statistiques sur les meurtres ne constituent que la pointe de l’iceberg de la violence envers les femmes. Avec les mesures de confinement, le portrait macabre dressé par les chiffres est sûrement appelé à s’assombrir.

Par ailleurs, on sait que les personnes LGBTQIA2+ et les personnes en situation de handicap, par exemple, font partie des groupes les plus vulnérables à la violence familiale.

En cette période de crise, il est important de répondre aux besoins des maisons d’hébergement et des autres organismes qui viennent en aide à toutes les personnes qui vivent de la violence.

Il est aussi nécessaire d’opérer un changement de culture et de mettre fin à la normalisation de la violence genrée qui mène encore tant de médias à caractériser ces situations de « conflit familial » ou de « blessures amoureuses ». Les besoins en sensibilisation et en éducation populaire du grand public sont criants.

Il faut continuer de travailler à mieux soutenir les victimes tout en prenant les mesures nécessaires pour stopper la violence avant qu’elle n’affecte encore une autre génération.

7 – Respecter les droits humains des femmes incarcérées

Au 18 avril, plus de la moitié des détenues de l’Établissement Joliette, dans Lanaudière, ont été déclarées positives au coronavirus. Là-bas, des unités d’isolement sont utilisées pour tenir les détenues malades à part, une mesure punitive, inhumaine et inefficace pour contenir le virus. Au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSI), une quinzaine de personnes sont toujours détenues alors qu’un gardien y a été déclaré positif.

Il est urgent de se pencher sur la situation de toutes les personnes qui pourrait avoir accès à la libération conditionnelle sans que la sécurité publique en soit affectée. On parle notamment des demandeurs d’asile, des personnes dont la peine arrivait à terme sous peu, celles qui se qualifieront bientôt à la libération conditionnelle et celles qui ont été incarcérées pour des crimes non violents.

8 – Bonifier le financement à la mission des organismes communautaires

Les mesures d’austérité des dernières années les avaient déjà particulièrement fragilisés. Pourtant, on prend maintenant conscience plus que jamais de l’importance cruciale des services que ces organismes rendent à la population.

Il faut par ailleurs noter que la crise du sous-financement est encore plus aigüe au sein des organismes qui desservent les femmes racisées et les femmes autochtones, lesquelles sont particulièrement vulnérables en situation de crise pour les raisons déjà nommées.

Vraisemblablement, la pression sur ces organismes restera élevée bien après le déconfinement progressif de la société. Une solution durable passe par un retour à un niveau viable de financement à la mission de ces organismes

9 – Veiller sur la santé mentale et physique des femmes

La pression sur le système de santé, les limites imposées aux personnes accompagnatrices lors des examens de grossesse et les accouchements et la suspension des accouchements à domicile: tous ces facteurs peuvent augmenter les risques de violences obstétricales et gynécologiques (VOG) et compliquer la santé maternelle. Par ailleurs, la fermeture temporaire de certaines cliniques a compliqué l’accès à l’avortement dans plusieurs régions au Québec. Dans ces circonstances, il est important de travailler de concert avec les expertes et les organismes pertinents pour évaluer l’impact des mesures d’urgence sur la santé gynécologique et obstétricale.

Par ailleurs, dans une situation incertaine où le stress augmente, l’anxiété, la dépression et plusieurs autres enjeux de santé mentale peuvent aussi devenir un enjeu de santé publique encore plus critique. Les femmes qui doivent concilier le soin des enfants avec les exigences du travail, par exemple, sont à risque d’épuisement. Or, les services en santé mentale publics, gratuits et accessibles à toutes sont encore loin d’être une réalité. Le prix onéreux des psychothérapies aux privés est dénoncé depuis longtemps.

Il est important d’améliorer l’accessibilité de ces services, maintenant, et de manière pérenne.

10 – Offrir des services adéquats aux femmes en situation d’itinérance

Bien que la Ville de Montréal ait temporairement réquisitionné des espaces pour créer des centres d’hébergement pour les personnes itinérantes, il arrive souvent que ceux-ci soient pleins. Un très grand nombre d’organismes ont par ailleurs dû cesser de servir des repas aux personnes itinérantes. Les toilettes publiques des centres commerciaux et des restaurants ne sont plus accessibles. Les installations sanitaires manquent cruellement. La fermeture des banques complique l’accès à l’aide sociale. Et les rues étant désertes, les femmes ne peuvent plus compter sur les dons de la population.

Dans ces conditions, la situation des femmes en situation d’itinérance à Montréal s’est grandement précarisée dans les dernières semaines. Tout porte à croire que la réalité est aussi grave un peu partout au Québec.  Il est impératif d’améliorer le service à ces populations pour qu’elles passent à travers de la crise, au-delà des seules mesures de contrôle de la contagion. Ce n’est pas que le coronavirus, mais aussi les mesures de confinements elles-mêmes qui mettent grandement leurs vies en danger à l’heure actuelle.

Pour le bien des femmes, le retour à la « normale » n’est pas une option

Nous savons aussi que les problématiques susnommées touchent plus les femmes, certes, mais pas seulement les femmes. Nous savons aussi que les solutions mises de l’avant peuvent aussi améliorer les conditions de vie d’un grand nombre d’hommes. C’est normal: le combat féministe se fait toujours dans l’objectif de plus d’équité et de justice pour toutes les collectivités.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Nous souhaitons avancer. Et lorsque les femmes avancent, c’est toute la société qui s’en porte mieux. 

Pour visualiser le document remis vendredi le 24 avril à la Mme Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, c’est par ici !

Être féministes en temps de pandémie

Fédération des femmes du Québec - Égalité pour toutes, égalité entre toutes

Le Québec comme le monde qui nous entoure traverse à l’heure actuelle une période bien particulière. Et comme en toute période de crise, ce sont les personnes plus vulnérables qui sont les plus affectées. Plus particulièrement, cela veut dire les femmes.

D’une part, les femmes sont de loin les plus nombreuses dans les emplois de première ligne pour contrer la pandémie, où les conditions de travail imposées sont de plus en plus difficiles. D’autre part, les mesures de distanciation physique augmentent les risques de violence et d’iniquités envers les femmes et les enfants et exacerbent la précarité financière.

Devant la crise, l’importance des luttes féministes est particulièrement évidente. La Fédération des femmes du Québec est solidaire de toutes les femmes et nous tâcherons, dans les prochaines semaines, d’être particulièrement vigilantes face aux différents enjeux affectant les femmes en temps de pandémie.

Nous vous invitons à nous écrire pour nous faire part des situations sur lesquelles l’attention de notre mouvement féministe devrait se porter.

Nous partageons régulièrement les initiatives pertinentes sur nos réseaux sociaux. Lorsque cela concerne les femmes et la crise sanitaire, nous utilisons le mot-clic #FemmesCOVID19 :

  • Pour accéder aux publications publiques sur Facebook qui contiennent ce mot-clic, faites une recherche avec #FemmesCOVID19 ou consultez la page Facebook de la FFQ.

N’hésitez pas à nous suggérer des nouvelles féministes à partager, soit par Facebook, par Twitter ou par courriel!

Précarité financière : divers milieux à la défense de la Fédération des femmes du Québec

Logo de la Fédération des femmes du Québec

Entourée de dizaines de personnalités et d’organisations alliées, la Fédération des femmes du Québec (FFQ) a lancé aujourd’hui un urgent appel à l’aide. Alors qu’elle célèbre son 50e anniversaire, sa survie est menacée en raison d’un sous-financement. La FFQ risque la fermeture complète si elle n’est pas rapidement soutenue.

Des personnalités des milieux féministe, communautaire, syndical et universitaire ont participé à la conférence de presse pour témoigner de l’importance de la FFQ dans la société québécoise. En plus d’encourager la population à soutenir généreusement son travail, elles ont lancé une campagne d’appui, appelant la population à écrire aux deux paliers de gouvernements, en appui aux demandes de financement de la FFQ.

« La situation est urgente et découle des effets cumulés de décisions gouvernementales, à Québec comme à Ottawa, a annoncé d’entrée de jeu la présidente de la FFQ, Mélanie Sarazin. À la fin des années 2000, le gouvernement Harper a coupé les fonds destinés aux organismes de femmes et à ceux en défense des droits, tout en soumettant les projets à des conditions que la FFQ ne pouvait pas remplir sans détourner sa mission. Pour la FFQ, c’était la fin d’un financement d’environ 250 000 $ par an venant du programme Promotion de la femme (PPF). Une perte de cette envergure ne se comble pas par les programmes actuellement disponibles, d’autant plus que, du côté de Québec, la FFQ ne reçoit que 75 000 $ du Secrétariat à l’action communautaire autonome et aux initiatives sociales (SACAIS) pour son fonctionnement. »

Au début de l’automne, la FFQ a dû mettre à pied deux des quatre travailleuses, alors qu’il s’agissait déjà d’une équipe réduite: la FFQ comptait sept travailleuses permanentes en 2011.

« Que la participation de l’État ne compte que pour à peine 20% du budget d’un organisme comme la FFQ est tout bonnement insoutenable, poursuit Madame Sarazin. Des démarches ont été entreprises et nous attendons les résultats, mais pour mettre fin à la précarité de la FFQ il faut un financement stable et suffisant; les projets ponctuels ne sont pas des solutions à long terme. »

Pour Michèle Asselin, qui a présidé la FFQ de 2003 à 2009, « la FFQ a contribué aux transformations majeures qui ont marqué la vie des Québécoises et aussi des Québécois. L’égalité de droits, si chèrement acquise, est loin d’être une réalité de fait pour toutes les femmes. Après 50 ans, la FFQ a encore toute sa pertinence. Le gouvernement doit agir avant qu’il ne soit trop tard.» N’ayant pu se déplacer pour l’occasion, Mesdames Alexa Conradi et Françoise David, ayant également présidé la FFQ, ont transmis des messages de soutien abondant dans le même sens.

Pour la présidente de Femmes autochtones du Québec (FAQ), Viviane Michel, «la collaboration entre la FFQ et FAQ est une richesse qu’il faut préserver. Nos échanges se font dans un grand respect, dans un contexte de nation à nation, respect dont les gouvernements auraient avantage à s’inspirer. La FFQ doit avoir les moyens de poursuivre ses activités. »

Le soutien du mouvement des femmes s’est aussi concrétisé par les témoignages de Rushdia Mehreen, du Centre communautaire des femmes Sud-Asiatiques et de Carolle Mathieu, de l’R des centres de femmes du Québec. Des personnalités du monde universitaire et des communications ont aussi pris la parole pour appuyer la FFQ, soit Sandrine Ricci, coordonnatrice du Réseau québécois en études féministes (RéQEF, Aurélie Lanctôt, journaliste et Will Prosper, documentariste et journaliste.

Toutes les organisations syndicales nationales ont transmis leur appui à la FFQ, mandatant Manon Therrien, 2e vice-présidente du Syndicat de professionnelles et de professionnels du gouvernement du Québec, pour témoigner en leur nom. « Le mouvement syndical reconnaît à sa juste valeur la contribution de la FFQ à de nombreuses luttes sociales. C’est grâce à la FFQ qu’il y a eu la Marche mondiale des femmes et la marche Du pain et des roses en 1995. Sa contribution a été capitale dans l’obtention de nombreuses lois : équité salariale, perception automatique des pensions alimentaires, etc. Elle doit pouvoir continuer d’être un pôle majeur de concertation entre nos mouvements. »

L’apport de la FFQ a été souligné par plusieurs organisations mixtes, notamment par Martine Eloy, du conseil d’administration de la Ligue des droits et libertés. « Comme nous, la FFQ est convaincue que la lutte pour les droits des femmes passe par la défense collective des droits. Elle intervient aussi bien pour dénoncer les conditions des détenues de la prison Leclerc, défendre les droits des personnes à l’aide sociale, que pour dénoncer le racisme systémique. Il faut pouvoir compter encore longtemps sur la FFQ et je suis convaincue qu’elle recevra de nombreuses lettres d’appuis. ». Des témoignages similaires ont également été livrés par Nicole Jetté, militante au Front commun des personnes assistées sociales et par Sylvie Lévesque, porte-parole de la Coalition pour la conciliation famille-travail-études, directrice générale de la Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec.

En réclamant un financement adéquat, la FFQ s’inscrit dans la campagne Engagez-vous pour le communautaire. Cette campagne revendique notamment du gouvernement québécois l’ajout de 475 millions de dollars par an pour financer les 4 000 groupes d’action communautaire autonomes. La FFQ a d’ailleurs participé aux actions entre du 7 au 9 novembre dernier.

La conférence de presse marquait le lancement de plusieurs actions en lien avec le financement de la FFQ. « Dans les prochaines semaines, nous ferons appel au public de différentes façons, notamment sous le titre de #FFQ50deplus, par une campagne de lettres d’appui à nos demandes et par une prochaine campagne de socio-financement, » de conclure Chantal Locat, trésorière de la FFQ.

À propos de la Fédération des femmes du Québec

La Fédération des femmes du Québec est une organisation féministe autonome et non partisane. Elle travaille à la transformation et à l’élimination des rapports sociaux de sexe et des rapports de domination dans toutes les sphères de la vie, en vue de favoriser le développement de la pleine autonomie de toutes les femmes et la reconnaissance véritable de l’ensemble de leur contribution à la société. Elle compte 227 membres associatives et plus de 450 membres individuelles de partout au Québec.

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Renseignements :

Marie-Eve Imonti, Attachée de presse, CSQ, 514 917-9641, imonti.marie-eve@lacsq.org

Mélanie Sarazin, présidente de la FFQ, 514-717-4847, http://www.ffq.qc.ca/ Twitter : @LaFFQ

 

Vous pouvez maintenant visionner la conférence de presse en ligne, en cliquant ici

 

Un commentaire

Femmes détenues au Leclerc : la FFQ et la LDL entendent mener une mission d’observation

Montréal, le 7 juin 2016 –La Fédération de femmes du Québec (FFQ) et la Ligue des droits et libertés (LDL) jugent sans fondement le refus du cabinet du ministre de la Sécurité publique d’autoriser leur demande de mission d’observation des conditions de détention des femmes transférées de la maison Tanguay vers l’établissement de détention Leclerc de Laval. Les deux organisations demandent au Ministre de réviser cette décision. Elles ont l’appui de diverses organisations dont certaines interviennent directement auprès des détenues.

Les deux organisations ont présenté leur demande au ministre de la Sécurité publique, le 10 mai dernier puis rencontré la directrice de cabinet, madame Isabelle Mignault le 18 mai, faisant valoir la pertinence que deux organisations de défense collective des droits crédibles et indépendantes, puissent jeter un regard externe sur la situation. Madame Mignault a fait connaître son refus le 27 mai, invoquant des motifs de sécurité et faisant valoir notamment que des correctifs avaient été apportés à la situation.

« Notre demande de mission s’appuie sur les informations et témoignages qui ont filtré dans les médias à l’effet que les conditions de détention au Leclerc ne respectent pas la dignité humaine, le droit à l’égalité et les autres droits fondamentaux des femmes qui y sont incarcérées », explique Lucie Lemonde, porte-parole de la LDL. « Nous sommes très préoccupées de cette situation qui fait craindre d’importants reculs quant aux droits des femmes détenues. Le cabinet du Ministre invoque de vagues motifs de sécurité pour nous refuser l’accès aux lieux de détention alors que nous avions précisé que notre présence sur les lieux de détention pouvait se limiter à une durée de deux jours seulement», poursuit Lucie Lemonde.

« Selon les dires du cabinet du Ministre, des correctifs auraient été apportés à certaines situations, » ajoute Mélanie Sarazin, présidente de la FFQ. « Cependant, ces améliorations à la pièce ne sont pas de nature à répondre aux problèmes systémiques que laissent entrevoir les témoignages parus dans les médias. De notre côté nous estimons, et c’est ce que nous voulons vérifier, que ces problèmes systémiques sont liés, notamment, à la mixité de la clientèle au Leclerc ou encore à l’insuffisance de personnel. Il y a aussi l’architecture et l’approche correctionnelle d’un établissement à sécurité élevée pour hommes qui sont inadéquates pour les femmes transférées de Tanguay », explique Madame Sarazin.

Les deux organisations sont déterminées à mener cette mission d’observation. Elles rappellent que le ministre de la Sécurité publique a l’obligation, en vertu de la Loi sur les services correctionnels du Québec, « de fournir des programmes et des services qui prennent en compte particulièrement les besoins propres aux femmes et aux autochtones ». Rappelons également que les Règles minima de l’ONU pour le traitement des détenus interdisent que les femmes soient détenues dans les mêmes lieux que les hommes.

Dans les démarches qu’elles entendent poursuivre auprès du Ministre, la FFQ et la LDL ont reçu jusqu’à maintenant l’appui d’organismes tel que l’Association des religieuses pour les droits des femmes (ARDF), l’Association des services de réhabilitation sociale du Québec (ASRSQ), l’Association des avocats et avocates de la Défense de Montréal (AADM), l’Association des avocates et avocats en droit carcéral du Québec (AAADCQ), Femmes autochtones du Québec, ainsi que d’autres organisations intervenant quotidiennement auprès des détenues, telles que la Société Élizabeth Fry du Québec, Alter Justice, Stella et Continuité Famille auprès des Détenues (CFAD).

 

À propos de la Ligue des droits et libertés

La LDL est un organisme à but non lucratif, indépendant et non partisan, issu de la société civile québécoise et affilié à la Fédération internationale des ligues des droits de l’homme (FIDH). Depuis plus de 50 ans, elle milite en faveur de la défense et de la promotion de tous les droits humains reconnus par la Charte internationale des droits de l’homme.

 

À propos de la Fédération des femmes du Québec

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) est un organisme non partisan de défense collective des droits des femmes, d’éducation et d’action politique, qui offre aux féministes un espace démocratique de militantisme et d’action, d’analyse et de réflexion, de débat, de formation, de concertation en solidarité avec les femmes au Québec, au Canada et à travers le monde, qui créent des alternatives aux systèmes d’oppression les affectant.

 

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Pour informations et entrevues :

Cybel Richer-Boivin, responsable des communications, Fédération des femmes du Québec, 514-717-4847

Lysiane Roch, responsable des communications, Ligue des droits et libertés, 514-715-7727

 

Réaction à chaud sur le budget du gouvernement du Québec

La FFQ souhaite réagir à chaud au budget déposé hier pour le gouvernement du Québec. Le ministre Leitao affirme que nous ne sommes pas en période d’austérité, pourtant la lecture que nous faisons de ce budget nous dit le contraire. Nous persistons et nous soulignons, que tant que le gouvernement n’analysera pas d’abord les mesures budgétaires et fiscales en utilisant une analyse différenciée selon les sexes, permettant d’évaluer les effets de ces mesures sur les droits des femmes à l’égalité et la justice, il perpétuera et renforcera les inégalités entre les hommes et les femmes, et entre les femmes elles-mêmes.

Le budget du gouvernement, c’est :

  • Trop peu d’investissements dans le système d’éducation (3%) et le système de santé et services sociaux (2%) afin de rétablir les dommages causés par l’austérité. Les femmes sont nombreuses à travailler dans ces secteurs, elles vivent à la fois les effets de ces coupures comme travailleuses, mais également comme citoyennes, comme proches aidantes, comme usagères.
  • 2 M$ sur 5 ans pour les 2 stratégies (ce ne sont donc plus des politiques d’où découlaient des plans d’action, mais des stratégies) pour l’égalité entre les femmes et les hommes et pour la lutte contre les violences sexuelles. C’est clairement insuffisant ! Après les coupures importantes à la condition féminine des dernières années, nous doutons que ce 2 M$ permette d’opérer des changements concrets et durables pour l’égalité de fait et pour le droit des femmes à vivre dans une société sans violence sexiste.
  • Très peu de mesures pour aider concrètement les familles. Oui, il y a une réduction de 50 % (rétroactive à partir de 2015) pour un deuxième enfant en CPE (ce qui représente environ 30 000 familles selon la FAFMRQ), mais les familles devront tout de même absorber des hausses d’impôt.
  • Le maintien du PL70, qui met en place des mesures discriminatoires envers les personnes recevant de l’aide sociale.
  • L’abolition progressive de la taxe santé à partir de cette année est une bonne nouvelle, il faut par contre rester vigilant.es afin que le gouvernement ne privatise pas et ne tarifie pas davantage les services de santé.
  • Le gouvernement continue de favoriser un développement économique basé sur l’exploitation des ressources naturelles. Il y aura des investissements majeurs dans le Plan Nord et une augmentation des crédits d’impôt pour les minières. Ce type de développement n’est pas sans conséquence, pour l’environnement, bien sûr, mais aussi pour les communautés qui vivent sur ces territoires et en particulier pour les peuples autochtones. Rappelons, entre autres, que des hausses du taux de violences et d’agressions sexuelles envers les femmes, plus particulières les femmes autochtones, ont été observées à proximité des grands chantiers.
  • Il y a une attention particulière pour aider financièrement les peuples autochtones, mais ce n’est pas suffisant et cette aide est trop souvent accordée pour le profit du développement du Plan Nord.

 

Toutes ces mesures budgétaires sont nettement insuffisantes pour permettre l’atteinte de l’égalité entre les femmes et les hommes, entre les femmes elles-mêmes et entre les peuples. Ces mesures ne permettent pas d’atteindre une véritable justice sociale.

Un 8 mars fait de rencontres, de solidarités et d’actions

La semaine dernière était une semaine bien remplie pour la FFQ. Le 8 mars est toujours un temps de l’année important pour souligner les luttes pour les droits des femmes. Avec pour thème Appel à toutes pour se faire entendre de nombreuses activités ont été organisées partout au Québec et la FFQ a participé à plusieurs à d’entre-elles.

Avec le Collectif 8 mars, nous avons rencontré la nouvelle ministre à la Condition féminine, Lise Thériault. C’est non sans appréhension que nous nous sommes rendues à cette rencontre avec la ministre Thériault, ces déclarations sur le féminisme ont choqué et ont soulevé des questionnements quant à sa capacité à collaborer avec le mouvement féministe. Contre toute attente, nous avons été positivement surprises par la maîtrise des dossiers démontrée par la ministre et par une certaine ouverture aux revendications du Collectif 8 mars. Bien que certains engagements aient été pris par la ministre, nous surveillons de près le dépôt du prochain budget. Y aura-t-il de nouvelles coupures au Secrétariat à la condition féminine ? Les politiques de « relance économique » favoriseront-elles des secteurs économiques où les femmes sont minoritaires ? Y aura-t-il d’autres coupures dans les services et les programmes sociaux ? Les mesures fiscales privilégiées par le gouvernement vont-elles nuire à l’autonomie économique des femmes ? C’est avec ces questions en tête que nous analyserons ce budget ! Nous serons également très attentives à l’automne lors de la sortie du nouveau plan d’action en matière d’égalité femme-homme.

Si la ministre a réitéré sa position en faveur du développement des garderies privées, au détriment d’un réseau public de service de garde éducatif, nous réitérons notre volonté de défendre ce réseau qui a été obtenu, entre autres, grâce aux luttes féministes. On ne lâche rien !

Célébrer  la tradition militante de la Journée internationale pour les droits des femmes

Outre la rencontre entre la Ministre Thériault, nous avons profité de moments de solidarité et nous avons milité aux côtés de nombreuses féministes. Nous avons participé au rassemblement à Sorel-Tracy organisé par les militantes du Mur de femmes contre les oléoducs et les sables bitumineux. Cette initiative, née dans le cadre de la Marche mondiale des femmes, continue de réunir des féministes dans l’action pour contrer les projets qui participent à la destruction de l’environnement et mettent à risque de nombreuses communautés. Nous avons également collaboré avec le Comité 8 mars de Femmes de diverses origines. J’ai pris la parole lors d’un panel abordant différentes luttes menées par des féministes (antiraciste, anticolonialiste, entre autres). J’ai partagé avec les militantes réunies notre perspective sur l’action féministe collective et nos luttes aux politiques d’austérité. J’y ai aussi beaucoup appris. Je me suis également rendue à Trois-Rivières à l’invitation de la CSN, pour parler des nouvelles orientations de la FFQ et de la manière dont elles invitent les membres à travailler conjointement et différemment pour faire avancer un projet féministe de société. Pendant ce temps, mes collègues ont aussi été actives, entre autres, en offrant un atelier avec Femmes autochtones au Québec, au camp de formation féministe organisé par le comité femmes de l’ASSÉ et en assistant à une discussion avec Viviane Michel et Maguy Mettelus sur le racisme et le colonialisme ainsi que les solidarités entre les femmes autochtones et les femmes noires au Québec. Une discussion qui se déroulait autour de la parution en français du livre de bell hooks (figure importante du black feminism), Ne suis-je pas femme?, 30 ans après sa parution originale en anglais. Finalement, de nombreuses militantes se sont jointes à Femmes de diverses origines pour la manifestation annuelle du 8 mars à Montréal, une belle manière de souligner la tradition militante de cette journée. J’ai terminé moi-même, cette semaine d’actions, de partage de connaissances et d’apprentissages avec des femmes de ma région, en Outaouais. Une semaine riche qui nous rappelle pourquoi nous luttons et qui nous donne la force et l’énergie de poursuivre !

Nous sommes féministes

La discussion sur le féminisme, grâce ou malgré les propos de la Ministre Thériault et de d’autres élu.es du gouvernement, a pris beaucoup de place dans l’espace public et a certainement éveillé des consciences sur l’importance d’atteindre l’égalité pour toutes. Si certaines femmes, on choisi d’emboîter le pas et d’affirmer qu’elle n’était pas féministes à coup d’arguments basés trop souvent sur une vision stéréotypée du féminisme et des féministes, plusieurs autres ont répondu avec enthousiasme : « Je suis féministe ». Des initiatives comme « Nous sommes féministes » ou encore le reportage « Féministes et fières de l’être nous ont permis de nous rappeler que nous sommes nombreuses à nous identifier comme féministes et à faire vivre les luttes féministes au quotidien.

Dans ce monde où il est encore très difficile pour les femmes de faire leur place, où l’argent et le capital viennent avant le bien-être, la santé, l’éducation et les droits des femmes, le féminisme devient l’outil privilégié pour mener la lutte pour l’égalité entre les hommes et les femmes, entre les femmes elles-mêmes et entre les peuples.

Quoi que l’on puisse dire, notre société est complexe et de nombreux enjeux font en sorte que nous devons comme féministe continuer les luttes importantes et dénoncer les injustices. Toutes ensemble, nous devons nous battre pour mettre fin aux inégalités, au patriarcat, au racisme, au colonialisme et au capitalisme.

Mais force est de constater que ces dernières années nos actions produisent peu de gains. Doit-on lutter pour une amélioration du système actuel ou en inventer un tout autre reflétant davantage le monde que nous souhaitons ? Je n’ai malheureusement pas la réponse à cette question. Je sais par contre que les mouvements féministes ont toujours su travailler de façon différente. Une de nos grandes forces est de nous construire nous-mêmes comme mouvement et sujet politique. Bien que la résistance puisse prendre différentes formes et que certaines organisations le font différemment, il importe pour la FFQ et le mouvement féministe auquel elle adhère de lutter pour l’émancipation des femmes et l’affirmation de leur droit à une participation intégrale et libre à la vie sociale, culturelle, politique et économique. Nous nous devons aussi de rejeter tout système et toute pratique d’oppression et de domination qui génèrent et entretiennent la violence, la pauvreté, l’intolérance, la discrimination et l’exclusion. Mais comment lutter ensemble, quand nos expériences et nos vécus nous amènent à privilégier des moyens et des stratégies différentes pour mener ces luttes ?

Nous devons nous rappeler que nous travaillons pour une cause plus grande que notre mouvement. Nous travaillons pour une réelle transformation sociale et politique à l’image d’un projet féministe de société.

Le projet féministe de société est ambitieux, car il ne s’arrête pas à l’égalité comparative. Il cherche à éliminer toutes formes de dominations, d’inégalités et de privilèges. Il vise à consolider la solidarité, à dynamiser le mouvement féministe, à développer et à renforcer nos luttes, à accroître notre fierté et notre sentiment d’appartenance à ce mouvement.

Bien évidemment, le mouvement féministe n’est pas homogène. Je considère ce fait comme étant une force et non une faiblesse. Et je garde en tête que le féminisme que nous devons pratiquer est celui qui permet l’erreur : autrement comment pourrait-on permettre l’apprentissage ? Il est celui qui ose parler franchement, autrement comment pourrait-on nous écouter ? Et il doit permettre à une diversité de visions de se rencontrer et de se confronter, sinon, comment pourrait-on faire avancer les enjeux importants des droits des femmes ?

Considérant la société patriarcale, colonialiste, capitaliste et cette logique néolibérale, le féminisme prend tout son sens et nous devons nous mobiliser et construire une lutte forte de nos résistances pour un projet féministe de société à l’image des valeurs de la Marche mondiale des femmes que sont l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. Et cela me ramène au thème de cette année : Appel à toutes pour ce faire entendre c’est cette solidarité et cette sororité qui nous unit. Nous composons plus de la moitié de la population et ce que nous avons à dire est important. Nous sommes celles qui transforment la société, celles qui changent les mentalités, et celles qui agissent ensemble pour toutes.

Appel à toutes pour se faire entendre exprime comment nous sommes tricotées serrées, mais « lousse », tout en même temps. C’est aussi, pour moi, un écho à “tant que toutes les femmes ne seront pas libres nous serons en marche” ! Et, cette marche elle nous mènera inévitablement à la réalisation d’un projet féministe de société !

 

Mélanie Sarazin

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Un revenu social universel garanti – un revenu pour tout le monde

Les membres de la FFQ seront appelées à adopter une position sur le revenu social universel garanti (RSUG) lors de l’Assemblée générale annuelle 2016. Cette volonté vient des membres qui ont proposé en AGA 2014 et 2015 que la FFQ prenne position sur cet enjeu.

par Marie-Hélène Fortier,
Rose du Nord

Comme moyen de lutte à la pauvreté et inévitablement plusieurs autres problèmes sociaux en découlant, le Front commun des personnes assistées sociales (FCPASQ), a comme projet le Revenu Social Universel Garanti (RSUG). Cette mesure se veut une alternative à plusieurs programmes sociaux incluant la Loi sur l’aide aux personnes et aux familles, plus communément appelé aide sociale. La mise en application de cette dernière a des conséquences discriminatoires sur les femmes. Ce que revendiquent les personnes assistées sociales se démarque des mesures proposées jusqu’à présent, car on vise à remédier aux injustices que vivent les prestataires (discrimination, insuffisance des prestations, étiquetage, contrôle, piège à la pauvreté, etc.). Les préjugés envers les personnes assistées sociales véhiculent un portrait peu glorieux et renforcent une image où elles sont inactives plutôt que présenter les services rendus dans l’invisible, on peut penser au travail de soins accomplis par les femmes (bénévolat, service domestique, proche aidante).

 

Un revenu pour avoir davantage que le minimum

Le RSUG accorderait davantage que le « minimum ». Un revenu suffisant pour couvrir les besoins de bases. Une réflexion faite au sein du FCPASQ a permis d’estimer le montant à 23 000 $ par année (calculé en 2014) qui serait indexable et versé mensuellement. En ce sens, le RSUG se veut davantage un modèle de revenu de citoyenneté parce qu’il réfère à l’intention de redonner une dignité aux personnes, de ne plus faire de distinction entre les méritant-es et non méritant-es. C’est un revenu qui serait garanti donc non-saisissable, non-imposable, seulement les revenus supplémentaires le seraient, entre autres, ceux découlant d’un revenu de travail. Et surtout, il serait versé à l’individu et non à la famille. Ce dernier aspect est important si l’on veut s’assurer que les femmes ne se retrouvent pas pénalisées financièrement et qu’elles aient un revenu indépendamment de leur situation maritale.

Cette allocation ne viendrait pas seule, le RSUG est conditionnel à l’accessibilité et la gratuité des services publics. On pense entre autres aux domaines d’éducation, de services sociaux et de santé, dont les femmes sont les principales travailleuses, mais surtout les principales utilisatrices. L’objectif étant l’atteinte d’un projet de société plus égalitaire, le RSUG ne doit pas servir au désengagement de l’État, mais à son renforcement. C’est en ce sens que le FCPASQ exige que l’État adopte des mesures progressives et abandonne le recours à la tarification et la privatisation.

 

Réfléchir le RSUG dans une perspective féministe

Nous sommes convaincues que le RSUG permettrait des retombées sociales significatives et importantes. Certains questionnements restent toujours à définir et c’est pourquoi le comité femmes du FCPASQ souhaite faire une réflexion auprès de la FFQ afin de s’assurer que le RSUG soit réfléchi et mis en place dans une perspective féministe. En grande majorité, les membres nomment des avantages liés à la sortie des femmes de la pauvreté en permettant les conditions de base vers une meilleure autonomie financière et une plus grande liberté de choix. On pense entre autres que cela pourrait rendre plus facile le refus d’emplois dont les conditions de travail sont mauvaises et ainsi avoir un impact positif sur la qualité des emplois offerts. Enfin, ce revenu permettrait une reconnaissance financière des implications et du travail accompli dans l’ombre, mais plus encore, l’exercice de sa citoyenneté.

« La pauvreté a  un sexe, il est féminin »

 

Quelques ressources supplémentaires

L’équipe de la FFQ a rencontré Sylvia Bisonnette du Groupe de recherche et de formation sur la pauvreté au Québec en janvier dernier pour discuter avec elle du RSUG et des enjeux l’entourant. Nous vous partageons une liste de ressources, suggérées par Sylvia, à consulter pour approfondir vos réflexions.

  • L’argumentaire sur le RSUG
  • Le résumé de l’argumentaire
  •  Conférence avec Ève-Lyne Couturier chercheure à l’Institut de recherche et d’informations socio-économique (IRIS) nous résume le contenu de sa brochure « revenu minimum garanti : trois études de cas ». Plusieurs modèles de revenu minimum garanti existent déjà̀. Des projets pilotes ont été mis en place à différentes époques et dans divers pays, afin d’analyser l’impact d’une telle application. Trois d’entre eux nous sont présentés : le BIG (Basic Income Grant) en Namibie, l’Alaska Permanent Fund Dividend aux États-Unis et le Mincome au Manitoba.
  •  La brochure produite par l’IRIS en lien avec la conférence