3 réponses aux commentaires islamophobes les plus fréquents

À l’ère des chroniqueurs auto-patenté.e.s en experte “laïcité” et “féminisme”, la toute récente saga du mouvement #monvoilemonchoix pourrait se découper en série de feuilletons illustrant la désertion de l’esprit critique et du savoir factuel.

Qu’à cela ne tienne, la bassesse des commentaires haineux sur la loi 21 et le foulard sont à l’image d’un processus législatif bâclé et expéditif. En l’espace de quelques mois, et ce de façon arbitraire avec l’utilisation à la fois du baillon et de la clause nonobstant, un gouvernement a choisi de figer dans le marbre une vision exclusive de la laïcité au Québec avec des conséquences désastreuses pour les populations visées et le climat social au Québec. 

Nous le voyons dans les commentaires que nous recevons. La parole de haine s’est libérée au Québec. Nous avons décidé de faire oeuvre utile en démontant en trois points les 3 commentaires islamophobes qui reviennent les plus régulièrement dans le débat public.

1) “Nos grand-mères se sont battues pour nos droits” 

De nombreuses féministes se sont effectivement battues contre le pouvoir politique et institutionnel de l’Église catholique, parmi elles de nombreuses chrétiennes. Rappelons que lorsque Claire Kirkland-Casgrain fit adopter en 1964 la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée, elle la présenta en Chambre comme s’inspirant de la philosophie du mariage du pape Jean XXIII et comme un retour au principe chrétien de l’égalité dans le mariage. 

Les religions ne sont en elles-mêmes ni oppressives, ni émancipatrices. 

Par ailleurs, si la religion catholique a pu à un moment avoir un certain poids institutionnel au Québec, la religion musulmane n’a strictement aucun pouvoir institutionnel au Québec. Au contraire les femmes musulmanes sont discriminées par la Loi et sont justement exclues des postes d’autorité. Ne nous laissons pas prendre par les amalgames et confusion de mouvements conservateurs et racistes.

2) “Il y a des femmes à qui on force de porter le foulard alors il faut interdire le foulard”

À ce type de rhétorique, nous répondons une seule chose en écho à ce qu’avait déclaré une militante française antiraciste, Sonia Guedgued: pourquoi, alors que des femmes ont déjà été forcées de se marier (plus de 200 000 mineurs ont été mariés sur le sol américain entre 2000 et 2015), les femmes qui se disent “contre” le voile parce que certaines femmes sont forcées de le porter ne sont-elles pas non plus contre le mariage ? Par ailleurs, cet argument occulte complètement les réalités politiques dans lesquelles s’insèrent les violences faites aux femmes. Au Québec, en 2019, ce sont bien les femmes musulmanes qui ont été visées par une loi institutionnelle leur interdisant l’accès à des postes de pouvoir. Les féministes soutiennent l’auto-détermination des femmes partout et tout le temps. 

3) Le voile est un symbole de soumission

Cet argument est habituellement suivie d’exemples de luttes de militantes en Iran qui lutte contre l’imposition du voile. L’argument consisterait à penser que parce qu’à un endroit, des femmes sont forcées de le porter, alors le voile serait en lui-même un symbole de soumission qu’il conviendrait d’interdire partout. 

À cet argument, nous répondrons que la leader dans le mouvement contre l’imposition du voile en Iran a aussi…manifesté son soutien pour les femmes visées parce qu’elles portent le foulard en Occident. 

C’est ainsi que Masih Alinejad (une des fondatrices du mouvement contre l’obligation) a déclaré dans une entrevue avec le réseau CBCNews que “je suis pour la liberté de choix, et mon rêve est de pouvoir marcher avec ma mère qui porte le voile en France sans avoir de jugements ou de quelquonques attaques” 

Parce que ces femmes n’imposent pas leur vision, elles luttent contre l’imposition. C’est la même au Québec. Nous n’imposons pas notre vision mais nous luttons résolument contre l’imposition dans la lignée de l’héritage des mouvements féministes au Québec “Mon corps, mon choix”. Enfin, alors que tantôt le voile est décrié comme un symbole de “soumission”, il est aussi, selon les humeurs, décrié comme un “symbole politique”. Il est intéressant à cet effet de constater que ce vocable apparaît dès lors que les femmes musulmanes affirment publiquement leur libre-choix de porter le foulard. 

Ce n’est pas la première fois qu’une loi raciste est passée au nom de la laïcité au Canada. En 1930, la loi scolaire de la Saskatchewan était amendée  par le nouveau premier ministre, James Anderson, un proche du Ku Klux Klan alors à son apogée. Les signes et habits religieux étaient à ce temps-ci interdits dans l’école publique. 

Si officiellement c’est dans le but de séculariser l’école, personne n’est dupe: ces amendements visaient directement l’assimilation des Canadiens français catholiques qui se mobilisèrent massivement contre ce racisme évident avec le soutien du Québec. 

Quelle ironie n’est-ce pas ? 89 ans plus tard, dans un autre contexte politique, il s’agit maintenant de viser une autre minorité au sein d’une majorité. 



Islamophobie et messages haineux: La FFQ tire la sonnette d’alarme

Voici la teneur des commentaires proprement haineux, islamophobes et transphobes depuis notre appel à relayer la campagne de solidarité #MonVoileMonChoix.

C’est très inquiétant.

Les commentaires haineux que reçoit désormais régulièrement la Fédération des femmes du Québec et les autres organismes de défense de droit à chacune de leurs sorties sur la laïcité n’est qu’un reflet minuscule de ce que subissent les femmes musulmanes dans leur quotidien depuis le passage de la loi. 

Le gouvernement de la CAQ et le ministre Simon Jolin-Barrette ont leur part de responsabilité dans cette libéralisation de la parole haineuse en ayant constamment nié les impacts que la loi 21 aurait sur les femmes musulmanes, et ce  malgré les nombreux avertissements de la société civile.

Aujourd’hui critiqué sur sa gestion de la réforme du #PEQ, force est de constater que la loi 21 a été votée de façon tout aussi cavalière, sans consulter les acteurs de terrain et sans aucune considération pour ses impacts humains. 

La Fédération des Femmes du Québec tire la sonnette d’alarme. 

La FFQ réagit à la vague de commentaires haineux suite à #MonVoileMonChoix

«Le coton ouaté, c’est cute… mais le voile, c’est vraiment badass. Mardi prochain, portez le voile»
Ce simple appel de solidarité à l’égard des femmes portant le foulard a provoqué une nouvelle vague de commentaires de haine à l’égard de notre équipe de travail. 
Ce simple appel, composé de quelques mots, a aussi été repris dans la foulée par plusieurs organes de presse comme étant une initiative de la Fédération des femmes du Québec. Ce n’est pas vrai et ce serait invisibiliser le travail de militantes de terrain. L’initiative a été lancée par Hanadi Saad, fondatrice de Justice Femme, Amel Zaazaa et Tasnim Rekik, engagées depuis le début contre la loi 21. 

La Fédération des femmes du Québec s’est contentée simplement de relayer l’appel, jouant le rôle que nous avons à jouer, en soutien à toutes les femmes. Et l’urgence est bien là. 

Si Catherine Dorion a été interdite d’accès au salon bleu à cause de son habit non conforme aux “règles” du décorum, les femmes portant le foulard viennent d’être ciblées par une loi leur interdisant l’enseignement et les postes de pouvoir. Si l’habillement des femmes n’est pas synonyme de compétence, le degré de contrôle de leur vêtement est proportionnel au pouvoir qu’elles parviennent à arracher dans une société, certaines plus difficilement que d’autres. 

Au-delà de la légalisation de la discrimination des femmes musulmanes aux postes d’enseignement et aux postes de pouvoir, l’urgence se mesure aussi dans les effets de la loi. Les commentaires haineux que reçoit désormais régulièrement la Fédération des femmes du Québec à chacune de ses sorties sur la laïcité n’est qu’un reflet minuscule de ce que subissent les femmes musulmanes dans leur quotidien depuis le passage de la loi. 

Alors qu’il n’y ait pas de malentendu: la FFQ n’appelle pas au “port du voile”.
La FFQ appelle à participer à un événement de solidarité à l’égard des femmes musulmanes en portant occasionnellement un macaron contre la loi 21 ou un foulard dans un contexte où nos luttes féministes doivent absolument ne pas mettre de côté les violences vécues par ces femmes. 

À l’heure où nous sommes régulièrement accusées de “diviser” le mouvement féministe. Nous répondons que la violence des commentaires haineux que nous recevons à chacune de nos sorties sur la laïcité n’est que le reflet de la violence tolérée dans la société québécoise depuis que le gouvernement de la CAQ a choisi de faire passer la loi 21. 

La FFQ tient également à préciser que sa mission est de défendre les droits de toutes les femmes et de répondre aux orientations données par ses membres en cohérence avec nos principes. Cette action de défense des droits, nous sommes déterminées de continuer à la poursuivre aux côtés de la Ligue des droits et libertés et Amnistie internationale Canada francophone, pour ne citer qu’un petit nombre des organismes qui s’étaient levés contre la loi 21. 

À cette fin, et pour répondre à ces campagnes régulières de haine contre la FFQ, nous précisons que notre rôle n’est pas de satisfaire aux demandes de personnes projetant une vision raciste et islamophobe de la lutte pour le féminisme mais bien de défendre le droit de toutes les femmes. 

Polytechnique: Montréal reconnaît un attentat antiféministe

La nouvelle vient de tomber.

#30ansPlusTard , la ville de Montréal reconnaît enfin le meurtre de 14 femmes à Polytechnique le 6 décembre 1989 comme un attentat antiféministe.

La FFQ se réjouit de cette décision de la municipalité.
Nommer les violences telle qu’elles sont est un premier pas décisif pour développer des mécanismes de prévention.

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

Interrogée par le journal La Presse, Mélissa Blais, l’une des deux chercheuses du Regroupement québécois en étude féministe qui a suggéré cette modification avec Diane Lamoureux (lire l’article original paru dans La Presse de la journaliste Judith Lachapelle) a réagi :

Une tragédie, c’est un drame. C’est, par exemple, lorsque quelqu’un meurt trop jeune dans un accident de voiture. Il n’y a pas d’intention dans une tragédie, c’est un accident. Un attentat suppose un acte volontaire et une dimension politique. C’est le propre des attentats terroristes de causer un traumatisme collectif.

[…]

« Il faut appeler un chat, un chat, dit Mélissa Blais. Il faut le faire si on veut vraiment développer des mécanismes de prévention. » Elle rappelle l’existence sur l’internet de forums de discussion qui glorifient le tireur de Poly. « Je pense que c’est un gros problème d’éviter de parler de ces hommes en colère contre les féministes. Cette haine est un moteur d’action qui, parfois, justifie selon eux de tuer des femmes. Et c’est pour ça que nous avons vraiment voulu indiquer dans le texte qu’il s’agissait bel et bien d’un attentat antiféministe. »

Mélissa Blais, dans La Presse le 4 novembre 2019

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

À J-22 du lancement des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes, nous vous rappelons que vous pouvez soumettre vos activités sur notre plateforme web 👇

Sur l'image est écrit: 

"12 jours d'actions contre les violences à l'égard des femmes. 25 novembre - 6 décembre : soumettre une activité"
http://www.12joursdaction.com/

Calendrier des 30 ans des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes !

Ça y est. 

À J-26, le compte à rebours est lancé pour le début de la 30ème édition de la campagne des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes. 

Comme à chaque année, nous vous demandons de soumettre vos activités pour le calendrier des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes !

Cette année est particulière. 

Particulière parce que ce sont les #30ans de la tuerie de Polytechnique.

Particulière parce que 30 ans après, les violences faites aux femmes s’adaptent mais perdurent encore avec une violence accrue pour les femmes aux marges.

Particulière parce que 30 ans après, alors que des femmes ont obtenu des victoires, certaines femmes attendent encore. 

Particulière enfin parce que cette année, le comité des 12 jours travaille fort pour lancer une campagne innovante soulignant les 30 ans de la tuerie de polytechnique ET mettant de l’avant les violences spécifiques qui touchent les femmes à l’intersection de plusieurs violences. 

Nous vous en dirons plus à l’approche du début de la campagne.

En attendant, participez au changement en venant soumettre vos événements sur la plateforme web du comité 12 jours ! Pour identifier vos organismes, nous vous demandons de vous inscrire avec un login. Cela prend quelques clics supplémentaires mais cela va nous aider lister vos organismes et vos événements.

Cliquez sur l’image ou sur le lien pour soumettre votre événement sur notre plateforme:
http://12joursdaction.com

(PS: la plateforme sous sa forme actuelle est provisoire. C’est le 25 novembre que sera révélé sur notre site l’axe et les actions de la 30ème édition des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes)  

Élections fédérales: où sont passés les enjeux féministes ?

Sur l'image est écrit en titre: "LES ENJEUX FÉMINISTES" - en dessous est écrit : "vu par les débats des chefs VS. vu par les expert.e.s de terrain"

Le dernier débat des chefs s’est clôturé hier soir. Encore une fois, nous n’avons que pu constater la superficialité avec laquelle les enjeux féministes étaient discutés quand ceux-ci n’étaient pas carrément ignorés de la discussion.

Pourtant, que ceux-ci soient membres ou non de la FFQ, des groupes syndicaux et communautaires ont formulé des revendications précises quant aux enjeux féministes…

Alors nous avons voulu mettre en image le fossé entre « l’expertise » politique et l’expertise des groupes de terrain lorsqu’il est question des enjeux féministes*:

*Pour avoir une vision plus complète des revendications féministes de ces groupes, rendez-vous sur le site du CDEACF. Un dossier très complet s’y trouve sur les enjeux féministes formulés par les groupes dans le cadre des élections fédérales: http://cdeacf.ca/dossier/elections-federales-2019

Grand Forum : Transformer nos organismes

L'affiche du Forum Transformer nos organismes 27 et 28 mars 2020 avec : et il est écrit : 85% des membres de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel

Pour beaucoup d’entre nous, le féminisme doit être intersectionnel. Mais pour beaucoup d’entre nous aussi, il est encore difficile de passer de la théorie à la pratique. Transformer concrètement nos manières de faire semble difficile, en particulier dans nos organismes mixtes (hommes/femmes/personnes non binaires). 85% de nos membres associatives nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel.

Et pourtant, c’est possible ! C’est même indispensable. Pour s’outiller collectivement, la Fédération des femmes du Québec lance une boîte à outils collective et organise un grand Forum les 27 et 28 mars 2020 à Sherbrooke. Militantes et travailleuses dans les syndicats, les organismes communautaires, les tables intersectorielles, cet espace est pour nous. Égalité pour toutes, égalité entre toutes.

L’inscription est gratuite, mais les places sont limitées ! Vous pouvez déjà vous inscrire maintenant ici. Nous vous offrons la possibilité de donner vous-même un atelier pour partager vos propres outils et stratégies : vous pouvez faire une proposition ici.

Quand Sputnik News découvre le féminisme

Sputnik News dans le monde journalistique, c’est un peu l’équivalent d’Éric Duhaime en terme de crédibilité pour parler de féminisme.

Hier, dans un papier (très sérieux) le journaliste Jérôme Blanchet-Gravel essayait de comprendre l’évolution du féminisme au Québec. Si le sujet se veut informatif, il s’agit surtout d’un article à charge contre la FFQ…basé uniquement sur une entrevue avec Diane Guilbault, présidente de PDFQ. 

Chaque journaliste a droit à ses opinions lorsqu’il/elle s’attaque à un sujet mais de là à produire un papier à charge, sans aucune définition des termes employés et sans un minimum de recul sur l’information collectée en entrevue, il y a un monde. 

C’est pourquoi des organes de presse qui ont construit leur réputation sur leur rigueur journalistique ont déjà fourni un travail de recherche sur le rôle de désinformation voir même de propagande du média Sputnik News. Le New York Times a déjà montré que ce média diffuse intentionnellement de la fausse information et Le Nouvel Observateur a plus généralement montré les liens qui existent entre l’extrême-droite et Sputnik News. 

Ce n’est donc pas très surprenant – bien que franchement maladroit – qu’un groupe conservateur choisisse de donner une tribune à ce « média ». Il est en effet malaisant, mais révélateur, de choisir ce média pour faire part de son opposition aux droits de certaines femmes. 

Voici donc un fact-checking en 7 points de l’article de Sputnik News : 

Paragraphe 1:

Il ne s’agit pas d’une “chamaille” – expression infantilisante et sexiste s’il en est. Quelques femmes conservatrices ont quitté la FFQ lorsque avec  l’ensemble de nos membres – réunies en Congrès d’orientation en 2015 – nous avons choisi de défendre les droits de toutes les femmes.

Il ne s’agit alors pas d’un simple désaccord anecdotique mais d’une urgence politique face à la montée de l’islamophobie et du conservatisme. Les féministes doivent s’unir pour défendre les droits de toutes les femmes. 

Paragraphe 2

La mission et la déclaration de principes de la Fédération des femmes du Québec sont très claires. Elles précisent que l’organisme lutte “pour les droits de toutes les femmes dans une perspective décoloniale et travaille à la transformation et à l’élimination des rapports sociaux de sexe et des rapports de domination dans toutes les sphères de la vie, en vue de favoriser le développement de la pleine autonomie de toutes les femmes.”

Il ne s’agit pas de mettre de l’avant des “prescriptions religieuses” comme le prétend ce propos. Il s’agit de reconnaître que la liberté religieuse est un droit fondamental pour toutes les femmes. Ce droit inclut celui de porter un foulard ou non. La pratique de la religion s’exprime de différente façon et comme Fédération, notre rôle n’est pas de juger de ce choix mais bien de juger du droit des femmes de le faire. 

Par ailleurs, il est contradictoire de la part de PDFQ de comparer “le voile” à un “panneau publicitaire” dans son mémoire sur la loi 21 et de se présenter comme un organisme de défense des droits des femmes. Cela dénote une méconnaissance complète du cadre juridique québécois qu’elles prétendent défendre. En effet, le “voile” tout comme la “kippa”, le « turban sikh » ou la « croix chrétienne » relèvent de la liberté de conscience et de religion (telle qu’évoquée par exemple dans l’article 3 de la charte des droits et libertés de la personne du Québec) et ne saurait être comparée à “un panneau publicitaire”.

Oser une telle comparaison est non seulement déshumanisant mais aussi en contradiction totale des principes de base du droit.

Paragraphe 3:

Encore là, c’est faux.

La FFQ défendait la laïcité de l’État avant même que PDF n’existe : tout comme la Ligue des droits et libertés, Amnesty International, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, la FFQ est en faveur d’une laïcité respectueuse des droits et libertés fondamentales et qui travaille réellement à faire une séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Surtout, nous savons que les attaques contre les droits des femmes musulmanes à travailler librement font parties de la montée générale du conservatisme, du racisme et de l’islamophobie. 

Paragraphe 4:

Faux.

C’est un des letmotiv des mouvements conservateurs que de dénoncer les mouvements sociaux comme “particularistes” ou individualistes”. C’est une stratégie vieille comme le monde pour faire taire les demandes de justice sociale: combien de fois a-t-on demandé aux femmes de ne pas déranger avec leurs “revendications identitaires” ?

À l’inverse, ce sont justement les femmes à travers le monde – et en premier les femmes noires – qui ont développé l’approche intersectionnelle.

Le féminisme est la lutte collective pour l’égalité pour toutes et l’égalité entre toutes. Le féminisme, c’est la lutte pour l’autonomie des femmes, pour leur droits de travailler et de s’habiller comme elles veulent.

Paragraphe 5:

C’est faux.  Il est absurde de croire qu’il y a “un” féminisme américain. En revanche, il est clair qu’il y a une montée des conservatismes à travers le monde. À l’approche de la marche mondiale des femmes, nous espérons créer des solidarités avec les femmes partout à travers le monde que ce soit en France, aux États-Unis ou ailleurs. 

Par ailleurs, dans un mémoire de 30 pages, la FFQ avait développé très précisément son positionnement contre la loi 21. Dans ce mémoire, il est fait nullement mention d’un cadre de référence américain mais plutôt de références universitaires sur les conséquences désastreuses de telles projets législatifs. Il était surtout aussi question de préserver l’héritage de la Charte des droits et libertés du Québec votée à l’unanimité en 1975 par le parlement québécois. 

Paragraphe 6:

Faux.

En réalité, cette attention à son identité trans vient des différents médias ayant jugé utile de pointer du doigt son identité pour attaquer ses positions. Vous avez un exemple ici, ou encore là. En effet, être une femme trans aujourd’hui au Québec se traduit encore par des articles à charge et des propos haineux. C’est ce qui arrive dans une société qui impose ses normes aux femmes minoritaires. 

Paragraphe 7:

Faux. Il n’y a bien que des conservateurs pour croire que les idées respectent les frontières nationales. L’histoire des féminismes au Québec est évidemment bien plus complexe. Il y a des féministes qui luttent pour le droit de toutes les femmes et il y a des groupes reproduisant l’hégémonie conservatrice.

Se définissant comme “universalistes”, ces groupes prennent en otage la défense des droits des femmes en imposant des agendas qui favorisent seulement les plus privilégiées au détriment des femmes les plus vulnérables. 

Avec la montée des conservatismes à travers le monde, il est plus urgent que jamais de créer des coalitions féministes fortes, c’est-à-dire fondées sur la défense des droits de chacune d’entre nous. Avec nos allié.es et nos membres, nous continuerons de défendre le droit de toutes les femmes. 

Les femmes autochtones: grandes oubliées du rapport de la Commission Viens

Crédit photo: Viviane Michel, Présidente de Femmes Autochtones du Québec (site des Femmes Autochtones du Québec)

Communiqué publié initialement sur le site des Femmes Autochtones du Québec

VAL D’OR, le lundi 30 septembre 2019 – Femmes Autochtones du Québec (FAQ) assiste aujourd’hui au dépôt du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès, communément appelée Commission Viens. Les recommandations du mémoire de FAQ à la Commission visaient à sécuriser les femmes autochtones, tant dans leur intégrité physique que psychologique, face au système de justice et dans leurs interactions avec les membres des différents corps policiers. Force est de constater que ces recommandations n’ont pas été retenues et que la sécurité des femmes autochtones n’a pas été considérée comme prioritaire par la Commission.

Rappelons que la Commission avait été mise sur pied suite aux dénonciations des abus policiers commis à l’endroit de femmes autochtones au Québec. FAQ souhaite souligner le courage des femmes de Val d’Or qui ont brisé le silence et dénoncé les abus policiers. Ces femmes ont payé cher leur prise de parole publique, ayant été personnellement ciblées par les membres des forces policières qu’elles dénonçaient au départ en plus d’avoir subi de l’intimidation, notamment par le port des brassards rouges par des policiers de la Sûreté du Québec partout sur le territoire québécois. Convaincue que leurs voix devaient être entendues, FAQ a soutenu ces femmes dans leur demande de justice et dans leur refus de s’incliner devant un système qui plutôt que de les protéger les agresse. Suite à la pression des dénonciations publiques et aux reportages télévisés, la Commission a vu le jour.

Constatant la discrimination systémique à l’égard des Autochtones au Québec, le mandat de la Commission avait alors été élargi afin d’inclure les problèmes de discrimination qui touchent tous les Autochtones qui font appel aux services publics de compétence provinciale. Conséquemment, les appels à l’action énoncés par le Commissaire Viens traitent amplement des failles des services publics provinciaux aux Autochtones. Nous saluons ce travail et espérons qu’enfin ces constats d’échec trouveront des remèdes appropriés et culturellement sécurisants. En revanche, il serait erroné de croire que la Commission a dûment rempli son mandat auprès des femmes autochtones.

FAQ avait demandé une enquête sur les services policiers. L’élargissement du mandat de la Commission a dévié le point focal que formaient les femmes autochtones abusées par les membres des corps policiers et négligées par le système de justice. FAQ travaille déjà au quotidien à sensibiliser ses membres, et donc par extension les communautés autochtones, aux problèmes liés aux agressions à caractère sexuel. La responsabilité de permettre un accès à la justice sécurisant et sécurisé aux femmes est imputable au système de justice et aux membres des corps policiers. Nous sommes donc de retour à la case départ : l’enquête n’a pas mené à des appels à l’action probants à l’égard des services policiers et du système de justice dans l’accueil des femmes autochtones et la Commission a omis l’analyse fondamentale nécessaire qui avait donné naissance à son existence même.

FAQ souhaite réitérer sa main tendue vers le système en place pour une collaboration : la mise en oeuvre des appels à l’action doit se faire avec les organismes de femmes autochtones. Nous interpellons la Protectrice du citoyen à cet égard et avons hâte de pouvoir partager notre expertise avec elle dans le travail de mise en oeuvre et de suivi des appels à l’action de la Commission.

Si seulement nous les avions écoutées plus tôt

Hier nous partagions un article pointant du doigt l’invisibilisation des femmes subissant en premier les effets des impacts du changement climatique dans l’espace médiatique et les raisons sous-jacentes de cette invisibilisation.

Aujourd’hui, pour que vous saisissiez l’ampleur de l’invisibilisation des combats de ces femmes, nous partageons une liste (non exhaustive) de 17 femmes racialisées, activistes pour le climat, et assassinées ces dernières années en raison de leur combat. Que ces assassinats en série ne soient pas plus largement partagés et n’aient pas provoqué un scandale sur l’échelle planétaire pose vraiment question. Sur la seule année 2016, il était recensé au moins 200 assassinats de défenseurs de l’environnement. Parmi ces assassinats, de nombreuses femmes.

  • Laura Leonor Vàsquez  Pineda – Guatemala – assassinée le 20 janvier 2017
  • Francia Marquez – Colombie – tentative d’assassinat le 4 mai 2019
  • Berta Caceres – Honduras –  assassinée le 3 mars 2016
  • Emilsen Mnyoma – Colombie –   assassinée le 17 janvier 2017
  • Yolanda Maturana – Colombie – assassinée le 2 février 2018
  • Juana Raymundo – Guatemala – assassinée le 28 juillet 2018
  • Annaliza Dinopol Gallargo Capinpin- Philippines – assassinée le 22 août 2018
  • Olivia Arévalo Lomas – Pérou –  assassinée le 10 mai 2018
  • Kátia de Sousa Martins- Brésil – assassinée le 4 mai 2017
  • Leonela Tapdasan Pesadilla – Philippines – assassinée le 3 mars 2017
  • Leidiane Drosdoski Machado – Brésil -assassinée le 18 mai 2015
  • Parveen Rehman – Pakistan – assassinée le 13 mai 2013 
  • Jane Julia de Oliveira – Brésil – assassinée le 24 mai 2017
  • Aysin Büyüknohutçu – Turquie – assassinée le 10 mai 2017
  • Guadalupe Campanur Tapia – Mexique – assassinée le 16 janvier 2018
  • Maria da Lurdes Fernandes Silva – Brésil – assassinée le 26 juillet 2017
  • Juventina Villa Mojica – Mexique – assassinée le 28 novembre 2012

Cela souligne de nouveau l’importance de mettre de l’avant l’analyse féministe et intersectionnelle pour parler des enjeux climatiques. Pour rappel, la FFQ sera présence ce vendredi 27 septembre à la marche pour le climat dans un contingent féministe et intersectionnel. Toutes les informations sont ici: https://www.facebook.com/events/448833209174515/