« Québec, who cares ? »

Le travail des femmes noires et racisées dans les métiers du soin a été salué. Mais avons-nous analysé leur réalité de façon systémique ? Lettre ouverte signée par deux administratrices de la FFQ, Marlihan Lopez et Laïty Fary Ndiaye, publiée le 12 mai 2020 sur Ricochet.

Contrairement à l’expression populaire, nous ne sommes pas toutes et tous dans le même bateau. S’il y a une chose que nous apprenons avec la crise sanitaire actuelle, c’est qu’il n’est plus possible de continuer à ignorer collectivement les inégalités systémiques.

La crise du COVID-19 a tout changé; nous sommes tou.te.s abasourdi.e.s par la mort et la maladie à un niveau jamais vu dans notre vie. C’est ce qu’affirme la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw dans son podcast Intersectionality Matters. En effet, cette pandémie et la gestion qui en est faite ont accentué des violences structurelles que nos sociétés ont héritées de l’esclavage et du colonialisme.

Division sexuelle et raciale du travail

Rappelons quelques faits. Au Canada, les femmes blanches gagnent 67% du salaire des hommes blancs, alors que les femmes racisées font 59 % de ce salaire (Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée du Centre Canadien de politiques alternatives, 2019). Les femmes noires et racisées font ainsi face à un fossé salarial fondé sur le genre et la race, conséquence d’un marché du travail genré et racialisé.

Cette réalité est un phénomène global où les personnes noires et racisées constituent le cheap labor du régime capitaliste.

Or, pour expliquer cette réalité, plusieurs ont essayé de mettre des mots sur la surreprésentation des femmes noires et racisées dans les métiers du soin, plus précisément dans les CHSLD et autres services de soins. Des centres-conseils en emploi, qui ont une grande clientèle immigrante, soutiennent que le parcours des femmes immigrantes est influencé par différents facteurs, dont leurs statuts d’immigration les rôles sociaux traditionnels occupés par les femmes, etc.

Nous soutenons que cette situation doit être analysée de façon systémique. Les femmes noires et racisées, même lorsqu’elles sont nées au Québec, font face à des obstacles systémiques à l’accès à l’emploi qui sont également liés à diverses formes de discrimination, fondées sur le genre, la race, la classe sociale, la citoyenneté. C’est à cause de ces discriminations qu’elles se retrouvent surreprésentées dans des emplois « traditionnellement féminins », souvent dévalorisés, sous-payés et très précaires.

Pourtant, il est décevant de voir à quel point cette réalité est, à quelques exceptions près, invisibilisée dans les discours gouvernementaux et dans le traitement médiatique des effets de la Covid-19. Celles que certain.e.s appellent nos héroïnes aujourd’hui, car elles s’occupent de nos ainé.e.s, sont aussi les femmes haïtiennes qui étaient « indésirables » en traversant le chemin Roxham lors de la Crise des migrants en 2017.

L’image de la préposée aux bénéficiaires noire qui se valoriserait en prenant soin des autres est sans nul doute le prolongement de la figure de la fameuse nounou noire (Mammy).

Femmes noires, stéréotypes et travail du care

Dans le cas précis des femmes noires, la précarité des emplois et l’écart salarial vont de pair avec des stéréotypes racistes et sexistes véhiculés sur elles dans leur rapport au soin. Ces stéréotypes qui datent du temps de l’esclavage les essentialisent, que ce soit à propos de leurs aptitudes au travail ou par rapport au fait qu’elles soient Noires.

Rappelons le stéréotype de la Mammy ou nounou noire, encore très présent dans l’imaginaire collectif nord-américain qui servait à romantiser les relations entre esclave et maître. Ce stéréotype représente la femme noire comme étant une figure maternante, une travailleuse domestique loyale et dévouée qui peut tout tolérer et qui ne se fatigue jamais. L’image de la préposée aux bénéficiaires, noire, qui se valoriserait en prenant soin des autres est sans nul doute le prolongement de la figure (fantasmée?) de la fameuse nounou noire.

À cet égard, un centre-conseil en emploi a affirmé que, en faisant référence aux femmes préposées aux bénéficiaires,«culturellement elles se valorisent en prenant soin des autres ». Cet argument sert à déculpabiliser la société et le groupe dominant de sa responsabilité dans le maintien des structures de pouvoir qui perpétuent le racisme, la discrimination et le sexisme que vivent les femmes noires. Cela revient à dire, quelque part, « si elles font ces emplois précaires, c’est qu’elles aiment ça! « . Nous reconnaissons là le mécanisme qui fait porter aux victimes le fardeau de la violence qu’elles subissent. Faut-il rappeler que les communautés noires sont parmi les plus pauvres au Québec et au Canada, et que si les femmes noires occupent en grande partie les emplois dangereux et précaires de préposées aux bénéficiaires, c’est davantage par contraintes que par choix.

Les mots de l’écrivaine afro-américaine Zora Neale Hurston résonnent plus que jamais: « Si tu gardes le silence face à ta peine, ils te tueront et ils diront que tu as aimé ça. »

Nous avons collectivement la responsabilité de dénoncer les mécanismes discriminatoires qui confinent les femmes noires et racisées dans des emplois précaires. Résistons à toute lecture culturaliste qui ne remet nullement en question les inégalités structurelles. Il est nécessaire d’interroger les discours que nous choisissons de valoriser en étant attentifs à la division sexuelle et raciale du travail et à la façon dont elle affecte des travailleuses qui ne devraient pas avoir à prendre soin de nos aîné.e.s à n’importe quel prix.

Source : https://ricochet.media/fr/3106/quebec-covid19-racisme-coronavirus-caring

Covid-19 : Le droit à la santé est-il un privilège?

En ces temps de pandémie, la Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble une centaine d’organisations pancanadiennes, nationales, régionales et locales (la Fédération des femmes du Québec en est membre), s’inquiète pour ses groupes membres ainsi que les populations qu’ils desservent. Certaines de ces dernières, parmi les plus vulnérables et marginalisées de notre société, paient plus fort que les autres le prix de la crise sanitaire actuelle. Respecter les mesures de confinement et de distanciation sociale est un luxe et un privilège que tous·tes ne peuvent pas se permettre.

Les  travailleur·euse·s de première ligne qui œuvrent notamment en éducation et santé sexuelles dans le milieu communautaire, le font dans des conditions de plus en plus difficiles et dangereuses et le matériel de distribution (condoms, matériel d’injection stérile, produits désinfectants, etc.) ainsi que les ressources manquent. Ces employé·e·s font face à une augmentation de l’agressivité et de la détresse de la part des personnes usagères qui, elles, (sur)vivent dans des conditions d’autant plus précaires, n’ayant plus accès, ou de manière limitée, à des services et du matériel de base.

D’ailleurs, la tangente vers la répression policière prise par le gouvernement afin de faire observer les mesures de distanciation sociale et de confinement ainsi que l’esprit de délation que cela amène dans la population en général, ne fait qu’exacerber la problématique, car elle affecte démesurément ces personnes – dont plusieurs en situation d’itinérance – qui, dans bien des cas, ne peuvent tout simplement pas toutes les respecter. En leur donnant des amendes, règlera-t-on vraiment la situation?

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) s’est même récemment prononcée sur cette pratique qu’elle a qualifiée de discriminatoire. En ce sens, la Coalition pour l’éducation à la sexualité appuie la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) dans son appel au gouvernement «pour une réponse solidaire et communautaire à la Covid-19». Ces personnes issues de diverses communautés marginalisées ont plutôt besoin de services (hébergement, nourriture, soins de santé, etc.) et cet enjeu, tout comme les conditions de vie et de travail des personnes en CHSLD et dans les résidences pour aîné·e·s, est loin d’être nouveau.

Dans la même veine, bien qu’il soit tout à fait légitime de limiter la circulation d’argent comptant, qui peut être un important vecteur de transmission du virus, le fait que des services ou commerces listés comme essentiels l’interdisent complètement impacte les personnes vivant de l’économie informelle ou se trouvant déjà dans une situation financière précaire, qui ne possèdent pas de cartes de crédit ou de débit et qui se retrouvent soudainement dans l’incapacité d’acheter le minimum essentiel pour vivre.

Ces enjeux, de même que la fermeture et la réduction de nombreux services communautaires et publics ainsi que la redirection de certains effectifs du système de santé afin de combattre la COVID-19 entraînent plus d’isolement, de détresse et de précarité chez diverses communautés, dont les droits, incluant celui à la santé (physique, mentale, sexuelle, etc.), ne sont pas toujours respectés. Par exemple, beaucoup de jeunes LGBTQ+ isolé·e·s de leur réseau d’attache vivent de la répression et de l’incompréhension de la part de leur famille, plusieurs personnes aînées ou en situation de handicap qui recevaient des soins à domicile n’en reçoivent plus et l’accès ralenti et plus difficile à des services en santé sexuelle et reproductive, notamment à la contraception et la pénurie de condoms à prévoir, entravent principalement les droits des filles, des femmes, des personnes trans et non binaires et des travailleuse·eur·s du sexe qui seront plus à risque de vivre une grossesse non désirée. Une hausse des cas d’ITSS, nommément du VIH, serait également à prévoir dans le cas d’une production insuffisante de préservatifs, principalement chez les populations plus à risque.

En terminant, les fonds publics d’urgence qui ont été débloqués pour le milieu communautaire sont essentiels pour que les organismes puissent adapter et continuer à offrir des services de manière sécuritaire aux populations les plus marginalisées, qui sont les plus affectées par la crise. La Coalition pour l’éducation à la sexualité craint cependant que ces mêmes populations ne fassent également les frais de l’après-crise, c’est-à-dire qu’elles soient visées par des coupures, notamment faites dans le milieu communautaire, afin de rétablir un certain équilibre budgétaire. Nous souhaitons que ces fonds soient plutôt maintenus, car ces enjeux ne sont pas nouveaux. Ils existaient avant la crise sanitaire, qui les a exacerbés, et continueront d’exister ou s’amplifieront après celle-ci, si le soutien financier diminue.

Références:

La Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble aujourd’hui environ une centaine de groupes membres, a été formée à partir de la pétition «L’éducation à la sexualité, ça va pas s’faire par magie»: https://fqpn.qc.ca/educsex/

Source : http://www.fqpn.qc.ca/actualites/covid-19-le-droit-a-la-sante-est-il-un-privilege/

Contact presse :
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) – Julie Robillard 514-915-3102

10 idées pour sortir les femmes de la crise

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. Ce qui veut dire que bien des solutions sont déjà connues !

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. La pandémie de COVID-19 ne fait que les accentuer. Des mesures ciblées, à court terme, peuvent faire une différence concrète dans la vie de plusieurs femmes. Toutefois, pour contrer les problèmes de fond ancrés dans des inégalités normalisées au fil des décennies, il est aussi impératif de mettre de l’avant des idées ambitieuses.  Il faut que la société d’après-crise réponde mieux à ses promesses entre les hommes et les femmes, et entre toutes les femmes.

Tout comme les problèmes, les pistes de solution les plus évidentes ne sont pas nouvelles non plus. Le mouvement féministe québécois, la FFQ et un grand nombre d’organismes en défense des droits portent ces combats et cherche à faire évoluer les politiques publiques depuis des décennies. Il semble toutefois qu’en ces temps troubles, l’importance revendications amenées par tant de personnes depuis si longtemps est peut-être plus saillante que jamais aux yeux du grand public. Il est plus que temps d’agir.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par la COVID-19 ?

  • Les femmes sont plus touchées par l’augmentation du chômage des dernières semaines, qui touchent particulièrement les emplois à temps partiel et les emplois dans le secteur des services tels l’hébergement et la restauration.
  • Les femmes sont plus nombreuses dans les emplois de première ligne du système de santé, où les risques de contamination sont les plus élevés. De manière globale, 80 % des emplois dans le domaine de la santé sont occupés par des femmes.
  • Ce sont aussi les femmes qui occupent les emplois où les interactions avec le public sont les plus importantes au sein des commerces essentiels. Ce sont les caissières, par exemple, dans les épiceries et les pharmacies. 
  • Il y a encore un écart de salaire moyen important entre les hommes et les femmes au Québec et au Canada, et la pauvreté est encore largement une réalité féminine. En situation de crise économique, les femmes sont donc surreprésentées parmi les populations les plus vulnérables. 
  • Toutes les problématiques ci-haut sont encore accentuées pour les femmes racisées. Elles sont encore plus surreprésentées que leurs pairs dans les emplois sous-payés des services essentiels et les emplois à statut précaire, particulièrement en ce qui a trait au soin des aînés en milieu hospitalier ou à domicile ; leur taux de chômage est plus élevé, et même en temps normal, et elles sont plus nombreuses à vivre sous le seuil de la pauvreté.
  • Les mesures de confinement amplifient par ailleurs les risques de violence envers les femmes et les enfants. Celles qui sont prises à la maison avec un conjoint violent ont aussi moins d’occasions de s’éloigner pour demander de l’aide, même si les ressources sont disponibles. 
  • Plusieurs communautés autochtones sont particulièrement vulnérables à la pandémie, notamment à cause de la pénurie de logements qui force tant de familles à vivre dans des espaces trop restreints où la distanciation sociale est impossible. Les risques de violence envers les femmes et les enfants autochtones occasionnés par les mesures de confinement sont donc donc plus importants dans ces milieux. 
  • Les femmes sont plus nombreuses à la tête des familles monoparentales. Par ailleurs, la charge des enfants et des tâches domestiques leur revient encore disproportionnellement au sein des familles. La fermeture des écoles a donc un impact démesuré sur les mères québécoises, leur santé mentale et physique. La pandémie affecte plus la capacité des femmes à concilier travail et famille.

Dans ce contexte, la Fédération des femmes du Québec souhaite donc (re)mettre de l’avant 10 idées pour sortir les femmes de la crise.

1 – Améliorer les conditions de travail des « anges gardiennes », de manière durable

Cela passe notamment par une augmentation substantielle des salaires et une amélioration drastique des conditions de travail. Nous sommes conscientes que cela requiert un grand chantier. Il devrait s’agir là d’une priorité nationale.

Si les inégalités de rémunération et de conditions de travail dans le système de santé québécois ont fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Or, elles ne sont pas nouvelles.

Traditionnellement, les médecins étaient des hommes et les infirmières des femmes. Si la valorisation des professions aussi inégales, les vieux relents du patriarcat sont en grande partie à blâmer.

Les femmes racisées occupent aussi les rôles de care et de travail dans nos sociétés depuis très longtemps. Encore aujourd’hui, elles sont très nombreuses parmi les préposées aux bénéficiaires et le personnel d’aide à domicile pour nos aînés — dans la grande région de Montréal, certes, mais pas seulement. Si ces rôles sont aussi mal rémunérés, c’est aussi à cause d’inégalités sociales profondes qui ne datent pas d’hier. Nos sociétés rémunèrent encore différemment le travail en fonction de qui, en bonne partie, occupe un rôle ou un autre. 

On voit bien aujourd’hui comment ces iniquités ne servent personne : ni les travailleuses ni les bénéficiaires. La sous-valorisation du travail traditionnellement féminin amplifie de facto la capacité du gouvernement à agir efficacement en période de crise de santé publique.

Remercier les « anges gardiennes » ne suffit pas. Il faut aussi cesser de les exploiter et revaloriser leur travail par des mesures concrètes.

2 – Instaurer un revenu minimum d’urgence

Trop de personnes sont encore inadmissibles aux mesures d’aide d’urgence annoncées par les gouvernements provincial et fédéral. Par exemple, certaines femmes qui étaient en congé de maternité ne sont pas admissibles à l’assurance-chômage. Plusieurs femmes actives dans l’industrie du sexe, femmes sans statut et femmes impliquées dans les économies informelles passent sous le radar des catégories gouvernementales. De manière générale, les femmes sont plus nombreuses à vivre de sources de revenus précaires, qui entrent mal dans les définitions classiques.

Toutes ont droit à un revenu décent, en tout temps. Un revenu minimum garanti imposable permettrait de mieux aider toutes celles qui en ont le besoin que les programmes à la pièce où il y a toujours des exclues.

3 – Augmenter le salaire minimum à 15$

On qualifie d’essentielles toutes celles qui maintiennent les services dans les pharmacies et les épiceries, qui maintiennent les lieux publics propres, qui offrent des soins aux aînés, qui tiennent le filet social dans les organismes communautaires. Pouvons-nous désormais les rémunérer justement ?

4 – Donner des suites sérieuses aux revendications des femmes autochtones

Cela fait des années que l’on nomme les solutions aux multiples problématiques qui fragilisent les communautés autochtones, et en particulier les femmes, les filles et les personnes bispirituelles. Les rapports de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, de la Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, et de la Commission de vérité et réconciliation existent. On ne devrait pas attendre une pandémie avant d’accélérer l’action politique. Mais il n’est pas trop tard pour s’y mettre.

5 – Mieux connaître l’impact différencié de la pandémie et des mesures d’urgence, pour mieux intervenir

L’élaboration et l’évaluation des politiques publiques doivent s’ancrer dans une connaissance des faits. Quel est l’impact des mesures d’urgence sur les hommes et les femmes ? Quelles communautés sont le plus affectées par la pandémie, et pourquoi ? Quelles interventions faut-il planifier en conséquence ?

Depuis longtemps, des chercheurs dénoncent le manque de données détaillées pour mieux comprendre l’état de la santé publique au Québec et au Canada. Pourtant, aucun centre d’expertise et de référence en matière de santé publique au Québec,  n’a encore diffusé d’information statistique ventilée selon l’appartenance ethnoculturelle, le sexe, le genre,  la classe sociale et; la situation d’handicap, en lien avec le virus. Il faut mieux connaître le portrait de la situation pour les femmes, et mieux comprendre quelles femmes sont les plus touchées par le virus ou encore oubliées par les mesures d’urgence.

L’analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle (ADS+) permettrait aussi de répondre à ce besoin crucial d’informations et donc de prendre des décisions plus éclairées pour le bien collectif.

6 – Sensibiliser la population à l’épidémie de violence genrée

L’an dernier, une femme ou une fille était tuée au Canada à chaque trois jours, en moyenne. Et bien sûr, les statistiques sur les meurtres ne constituent que la pointe de l’iceberg de la violence envers les femmes. Avec les mesures de confinement, le portrait macabre dressé par les chiffres est sûrement appelé à s’assombrir.

Par ailleurs, on sait que les personnes LGBTQIA2+ et les personnes en situation de handicap, par exemple, font partie des groupes les plus vulnérables à la violence familiale.

En cette période de crise, il est important de répondre aux besoins des maisons d’hébergement et des autres organismes qui viennent en aide à toutes les personnes qui vivent de la violence.

Il est aussi nécessaire d’opérer un changement de culture et de mettre fin à la normalisation de la violence genrée qui mène encore tant de médias à caractériser ces situations de « conflit familial » ou de « blessures amoureuses ». Les besoins en sensibilisation et en éducation populaire du grand public sont criants.

Il faut continuer de travailler à mieux soutenir les victimes tout en prenant les mesures nécessaires pour stopper la violence avant qu’elle n’affecte encore une autre génération.

7 – Respecter les droits humains des femmes incarcérées

Au 18 avril, plus de la moitié des détenues de l’Établissement Joliette, dans Lanaudière, ont été déclarées positives au coronavirus. Là-bas, des unités d’isolement sont utilisées pour tenir les détenues malades à part, une mesure punitive, inhumaine et inefficace pour contenir le virus. Au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSI), une quinzaine de personnes sont toujours détenues alors qu’un gardien y a été déclaré positif.

Il est urgent de se pencher sur la situation de toutes les personnes qui pourrait avoir accès à la libération conditionnelle sans que la sécurité publique en soit affectée. On parle notamment des demandeurs d’asile, des personnes dont la peine arrivait à terme sous peu, celles qui se qualifieront bientôt à la libération conditionnelle et celles qui ont été incarcérées pour des crimes non violents.

8 – Bonifier le financement à la mission des organismes communautaires

Les mesures d’austérité des dernières années les avaient déjà particulièrement fragilisés. Pourtant, on prend maintenant conscience plus que jamais de l’importance cruciale des services que ces organismes rendent à la population.

Il faut par ailleurs noter que la crise du sous-financement est encore plus aigüe au sein des organismes qui desservent les femmes racisées et les femmes autochtones, lesquelles sont particulièrement vulnérables en situation de crise pour les raisons déjà nommées.

Vraisemblablement, la pression sur ces organismes restera élevée bien après le déconfinement progressif de la société. Une solution durable passe par un retour à un niveau viable de financement à la mission de ces organismes

9 – Veiller sur la santé mentale et physique des femmes

La pression sur le système de santé, les limites imposées aux personnes accompagnatrices lors des examens de grossesse et les accouchements et la suspension des accouchements à domicile: tous ces facteurs peuvent augmenter les risques de violences obstétricales et gynécologiques (VOG) et compliquer la santé maternelle. Par ailleurs, la fermeture temporaire de certaines cliniques a compliqué l’accès à l’avortement dans plusieurs régions au Québec. Dans ces circonstances, il est important de travailler de concert avec les expertes et les organismes pertinents pour évaluer l’impact des mesures d’urgence sur la santé gynécologique et obstétricale.

Par ailleurs, dans une situation incertaine où le stress augmente, l’anxiété, la dépression et plusieurs autres enjeux de santé mentale peuvent aussi devenir un enjeu de santé publique encore plus critique. Les femmes qui doivent concilier le soin des enfants avec les exigences du travail, par exemple, sont à risque d’épuisement. Or, les services en santé mentale publics, gratuits et accessibles à toutes sont encore loin d’être une réalité. Le prix onéreux des psychothérapies aux privés est dénoncé depuis longtemps.

Il est important d’améliorer l’accessibilité de ces services, maintenant, et de manière pérenne.

10 – Offrir des services adéquats aux femmes en situation d’itinérance

Bien que la Ville de Montréal ait temporairement réquisitionné des espaces pour créer des centres d’hébergement pour les personnes itinérantes, il arrive souvent que ceux-ci soient pleins. Un très grand nombre d’organismes ont par ailleurs dû cesser de servir des repas aux personnes itinérantes. Les toilettes publiques des centres commerciaux et des restaurants ne sont plus accessibles. Les installations sanitaires manquent cruellement. La fermeture des banques complique l’accès à l’aide sociale. Et les rues étant désertes, les femmes ne peuvent plus compter sur les dons de la population.

Dans ces conditions, la situation des femmes en situation d’itinérance à Montréal s’est grandement précarisée dans les dernières semaines. Tout porte à croire que la réalité est aussi grave un peu partout au Québec.  Il est impératif d’améliorer le service à ces populations pour qu’elles passent à travers de la crise, au-delà des seules mesures de contrôle de la contagion. Ce n’est pas que le coronavirus, mais aussi les mesures de confinements elles-mêmes qui mettent grandement leurs vies en danger à l’heure actuelle.

Pour le bien des femmes, le retour à la « normale » n’est pas une option

Nous savons aussi que les problématiques susnommées touchent plus les femmes, certes, mais pas seulement les femmes. Nous savons aussi que les solutions mises de l’avant peuvent aussi améliorer les conditions de vie d’un grand nombre d’hommes. C’est normal: le combat féministe se fait toujours dans l’objectif de plus d’équité et de justice pour toutes les collectivités.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Nous souhaitons avancer. Et lorsque les femmes avancent, c’est toute la société qui s’en porte mieux. 

Pour visualiser le document remis vendredi le 24 avril à la Mme Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, c’est par ici !

Non, les femmes ne gagnent pas 85% du salaire des hommes

Lors des 12 jours d’actions contre les violences envers les femmes et lors de nos prises de position au quotidien, la FFQ n’a pas cessé de souligner qu’il était faux de mettre de l’avant que l’inégalité hommes-femmes sur le marché du travail se résumait à la statistique “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”. Nous n’avons cessé d’expliquer que cette statistique invisibilisait les femmes racisées et immigrantes et les mécanismes de discrimination genrés et racistes. 

Le rapport “Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée ” du Centre Canadien de politiques alternatives publié ce lundi 9 décembre vient confirmer notre analyse : Au Canada, les femmes racisées gagnent 59% du salaire d’un homme blanc quand une femme blanche gagne 67% des salaires d’un homme blanc.

Aussi, dans la majorité des statistiques et rapports, il est mis de l’avant que les femmes non-racisées gagnent 85% du salaire des hommes. Nous apprenons ici qu’elles ne gagnent en réalité que 67% du salaire des hommes blancs. Nous apprenons aussi que les femmes arabes sont les plus touchées par les discriminations structurelles dans l’emploi: elles ne gagnent que 50% du salaire des hommes blancs. 

C’est parce que l’étude ne se base pas sur la seule différence entre le taux horaire mais aussi sur toutes les autres contraintes que subissent les femmes (temps partiel, temps de chômage plus long), et encore plus les femmes racisées, que les chiffres diffèrent. 

C’est aussi parce qu’elle prend en compte que le marché du travail n’est pas seulement genré, mais aussi racisé. Ainsi, le rapport met de l’avant la nécessité d’une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations, comme ne le cesse de répéter la FFQ : 

Les recherches en politique publique adoptent de plus en plus une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations. Cette approche considère l’impact cumulatif et cumulé des différentes formes que prend la discrimination. Par exemple, la discrimination peut-être basé sur des combinaisons de genre, race, classe, sexualité, statut d’immigration, situation de handicap ou autre identités politiques et sociales

p7 du rapport Canada’s Colour Coded Income Inequality – traduction libre

Enfin, l’étude ne s’arrête pas à l’analyse des inégalités dans le marché du travail, elle explore aussi les inégalités des revenus sur le capital. Sans surprise, les femmes racisées sont au bas de l’échelle. 

La FFQ est régulièrement accusé de “diviser le mouvement féministe”.

Or, ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que lorsque nous analysons ce qui arrivent aux populations situées aux marges, nous pouvons comprendre les mécanismes de discriminations systémiques. 

Ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que nous faisons du tort dans l’avancement des droits de toutes les femmes lorsque nous prétendons que l’inégalité des salaires hommes-femmes s’arrête à la seule statistique que “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”.

Ici, nous nous rendons compte qu’en ne comparant la situation qu’entre plus prévilégié.e.s (hommes non-racisées travaillant à temps plein contre femmes non-racisées travaillant à temps plein), nous avons invisibilisé les mécanismes de discrimination qui nous permettaient de comprendre et donc d’agir. 

Cachez cette violence qu’on ne saurait voir !

Texte d’opinion rédigé par Stéphanie Germain pour le site de la FFQ :

Il y a quelques semaines, l’émission Dans les médias, diffusée sur les ondes de Télé-Québec, recevait l’écrivaine Kim Thùy pour parler de ses livres mais surtout de la  vision de son immigration au Québec. L’entrevue m’a laissé perplexe et avec un goût un peu amer. Qu’on se le dise tout de suite, Thùy est une écrivaine dont la réputation n’est plus à faire et elle est une femme inspirante à bien des égards.

Cependant, je ne vous cache pas le malaise que j’ai éprouvé en l’écoutant  louanger le Québec ainsi que son accueil qui, pour elle fût parfait. Elle a été très bien accueillie et elle s’estime heureuse d’avoir immigrée au Québec. Tant mieux pour elle.

Son discours flatte le Québec  dans le sens du poil.

Elle a même parler du fait qu’on n’évoque pas  assez souvent les bons gestes du quotidien, en prenant en exemple la madame qui concocte une tarte pour son voisin immigrant. Offrir une tarte j’en conviens, est un geste de partage et de bienveillance. Encore une fois, tant mieux.

Là où le bât blesse, c’est cette absence de critique de la société qui l’a accueillie et dont elle semble y être, pour toujours, redevable.

Ok. Maintenant, selon moi, ce genre de discours qui flatte une société dans le sens du poil est à double tranchant.

D’une part, ce type de discours contribue à décrédibiliser  et invalider le vécu de personnes immigrantes qui vivent de grandes difficultés d’intégration, et ce, pour plusieurs raisons. Notons par exemple, la couleur de la peau, l’orientation sexuelle ou la confession religieuse,  pour ne nommer que ceux ci.

D’autre part, cela donne des arguments aux individus qui justement ne sont pas portés à croire que les personnes immigrantes peuvent vivre des défis qui sont hors de leur contrôle. Certains seraient tentés de dire «bien voilà, elle est s’est bien intégrée et elle a réussi, les autres ont juste à faire pareil».

Je le sais parce que je suis moi même immigrante de deuxième génération. Et ce  genre de propos je l’ai entendu et je l’entends encore aujourd’hui. Penser que le  fardeau de la réussite repose principalement sur le dos de la personne immigrante est un classique trop récurrent.

Cela m’amène à vous partager deux autres réflexions :

1. la loi 21, qui  aura et a déjà un impact négatif directement sur l’intégration de personnes issues de minorités culturelles et plus précisément sur les femmes de confession musulmanes. Sur le terrain, j’entends les femmes parler de leur souffrance. Elles dénoncent également les violences qu’elles subissent dans les rues, les regards hostiles, qui s’empirent avec  l’adoption de ces lois discriminatoires.

2. Le lundi 25 novembre marquait  le début officiel des 12 journées internationales contre toutes les violences faites aux femmes. Vous vous demandez où je veux en venir. Attendez, j’arrive.

Des violences faites aux femmes, se déroulent aujourd’hui, ici, au Québec.

Ce même Québec qu’on aime louanger  à la télévision sans nuances.

Les femmes racisées sont-elles  aussi victimes de violences. Des formes de  violence qui attaquent leur intégrité, leur humanité et leur existence. Encore en plein début des 12  jours d’action contre les violences envers les femmes, une jeune femme musulmane dénonçait une situation de violence raciste vécue alors qu’elle travaillait. Elle s’est fait traiter  de sale arabe par une cliente.

Comment pensez-vous qu’elle décrirait son intégration ?

Elle qui doit sans doute avoir vu le jour au Québec. Même si  cela est sans importance.

Plusieurs cas démontrent que certains groupes vivent davantage d’exclusion et de haine que d’autres.

Je tenais à partager cette réflexion au sujet du mythe de l’immigrante modèle afin qu’on ne perdre pas de vue d’essentiels nuances.

Ainsi, en cette période  de soutien aux femmes victimes de violences, je vous dis bon courage chère consœurs autochtones, rasicées, vivant plusieurs couches de discriminations et subissant de multiples violences dont celles institutionnelles et systémique. Je suis avec vous. Je suis parmi vous. Je suis l’une t’entre vous. Je sais qu’on peut faire mieux en tant que société.

Une tarte c’est ben  bon, mais une société inclusive c’est encore mieux !

Stéphanie Germain, immigrante de deuxième génération

3 réponses aux commentaires islamophobes les plus fréquents

À l’ère des chroniqueurs auto-patenté.e.s en experte “laïcité” et “féminisme”, la toute récente saga du mouvement #monvoilemonchoix pourrait se découper en série de feuilletons illustrant la désertion de l’esprit critique et du savoir factuel.

Qu’à cela ne tienne, la bassesse des commentaires haineux sur la loi 21 et le foulard sont à l’image d’un processus législatif bâclé et expéditif. En l’espace de quelques mois, et ce de façon arbitraire avec l’utilisation à la fois du baillon et de la clause nonobstant, un gouvernement a choisi de figer dans le marbre une vision exclusive de la laïcité au Québec avec des conséquences désastreuses pour les populations visées et le climat social au Québec. 

Nous le voyons dans les commentaires que nous recevons. La parole de haine s’est libérée au Québec. Nous avons décidé de faire oeuvre utile en démontant en trois points les 3 commentaires islamophobes qui reviennent les plus régulièrement dans le débat public.

1) “Nos grand-mères se sont battues pour nos droits” 

De nombreuses féministes se sont effectivement battues contre le pouvoir politique et institutionnel de l’Église catholique, parmi elles de nombreuses chrétiennes. Rappelons que lorsque Claire Kirkland-Casgrain fit adopter en 1964 la Loi sur la capacité juridique de la femme mariée, elle la présenta en Chambre comme s’inspirant de la philosophie du mariage du pape Jean XXIII et comme un retour au principe chrétien de l’égalité dans le mariage. 

Les religions ne sont en elles-mêmes ni oppressives, ni émancipatrices. 

Par ailleurs, si la religion catholique a pu à un moment avoir un certain poids institutionnel au Québec, la religion musulmane n’a strictement aucun pouvoir institutionnel au Québec. Au contraire les femmes musulmanes sont discriminées par la Loi et sont justement exclues des postes d’autorité. Ne nous laissons pas prendre par les amalgames et confusion de mouvements conservateurs et racistes.

2) “Il y a des femmes à qui on force de porter le foulard alors il faut interdire le foulard”

À ce type de rhétorique, nous répondons une seule chose en écho à ce qu’avait déclaré une militante française antiraciste, Sonia Guedgued: pourquoi, alors que des femmes ont déjà été forcées de se marier (plus de 200 000 mineurs ont été mariés sur le sol américain entre 2000 et 2015), les femmes qui se disent “contre” le voile parce que certaines femmes sont forcées de le porter ne sont-elles pas non plus contre le mariage ? Par ailleurs, cet argument occulte complètement les réalités politiques dans lesquelles s’insèrent les violences faites aux femmes. Au Québec, en 2019, ce sont bien les femmes musulmanes qui ont été visées par une loi institutionnelle leur interdisant l’accès à des postes de pouvoir. Les féministes soutiennent l’auto-détermination des femmes partout et tout le temps. 

3) Le voile est un symbole de soumission

Cet argument est habituellement suivie d’exemples de luttes de militantes en Iran qui lutte contre l’imposition du voile. L’argument consisterait à penser que parce qu’à un endroit, des femmes sont forcées de le porter, alors le voile serait en lui-même un symbole de soumission qu’il conviendrait d’interdire partout. 

À cet argument, nous répondrons que la leader dans le mouvement contre l’imposition du voile en Iran a aussi…manifesté son soutien pour les femmes visées parce qu’elles portent le foulard en Occident. 

C’est ainsi que Masih Alinejad (une des fondatrices du mouvement contre l’obligation) a déclaré dans une entrevue avec le réseau CBCNews que “je suis pour la liberté de choix, et mon rêve est de pouvoir marcher avec ma mère qui porte le voile en France sans avoir de jugements ou de quelquonques attaques” 

Parce que ces femmes n’imposent pas leur vision, elles luttent contre l’imposition. C’est la même au Québec. Nous n’imposons pas notre vision mais nous luttons résolument contre l’imposition dans la lignée de l’héritage des mouvements féministes au Québec “Mon corps, mon choix”. Enfin, alors que tantôt le voile est décrié comme un symbole de “soumission”, il est aussi, selon les humeurs, décrié comme un “symbole politique”. Il est intéressant à cet effet de constater que ce vocable apparaît dès lors que les femmes musulmanes affirment publiquement leur libre-choix de porter le foulard. 

Ce n’est pas la première fois qu’une loi raciste est passée au nom de la laïcité au Canada. En 1930, la loi scolaire de la Saskatchewan était amendée  par le nouveau premier ministre, James Anderson, un proche du Ku Klux Klan alors à son apogée. Les signes et habits religieux étaient à ce temps-ci interdits dans l’école publique. 

Si officiellement c’est dans le but de séculariser l’école, personne n’est dupe: ces amendements visaient directement l’assimilation des Canadiens français catholiques qui se mobilisèrent massivement contre ce racisme évident avec le soutien du Québec. 

Quelle ironie n’est-ce pas ? 89 ans plus tard, dans un autre contexte politique, il s’agit maintenant de viser une autre minorité au sein d’une majorité. 



Lancement de la boîte à outils collective

Politiques de langage inclusif, guides d’embauche anti-oppressif, stratégies d’accessibilité, codes de vie, programmes d’équité, guides de pratiques anti-oppressives, pratiques intersectionnelles. Nos organismes sont plein de ressources. La FFQ lance une vaste boîte à outils collective en ligne : on a besoin de vous pour contribuer et diffuser !

Retour sur l’atelier collectif de mai 2019

Merci à toutes les participantes pour vos idées et suggestions pendant l’atelier sur le Forum et la Boîte à outils collective ! Le 25 mai 2018, nous avons pu présenter le projet aux membres de la FFQ. Militantes en milieu syndical et commentaires ont échangé sur les formations et outils dont elles ont besoin pour transformer leurs organismes en véritables milieux féministes et intersectionnels. Les notes de l’atelier sont téléchargeables ici.

Étude – L’intersectionnalité en débat : pour un renouvellement des pratiques féministes au Qc

Étude réalisée dans le cadre du Service aux collectivités de l’UQAM en partenariat avec la Fédération des femmes du Québec (FFQ). Par Geneviève Pagé et Rosa Pires, Université du Québec à Montréal

Faits saillants

Présentation de la recherche

Cette recherche avait comme objectif principal de permettre à la FFQ de mieux comprendre la relation qu’entretiennent ses membres avec l’approche de l’intersection des oppressions afin qu’elle puisse, dans une étape éventuelle, adapter ses outils et approches en fonction des résultats qui auront été obtenus.Nous avons conservé une définition de l’intersection des oppressions, ancrée dans trois prémisses : 1) les oppressions (de sexe, de race, de classe, etc.) sont vécues de manières simultanées et difficilement différentiables les unes des autres; 2) les systèmes d’oppression s’alimentent et se construisent mutuellement tout en restant autonomes; 3) ainsi, la lutte ne peut être conçue comme un combat contre un seul système d’oppression; les systèmes doivent être combattus simultanément et ils ne peuvent être hiérarchisés dans la lutte (Pagé, 2012a).

En résumé, nous avons tenté de répondre aux questions suivantes : quelle est la compréhension (définition) des membres de la FFQ de l’intersectionnalité des oppressions?Quelles sont leurs craintes et leurs réserves en regard du concept lui-même et en regard de son applicabilité dans leur contexte particulier? Croient-elles dans les promesses de plus grande justice sociale de cette approche?En combinant une méthode quantitative et qualitative, cette recherche reflèteles connaissances et les perceptionsde la mise en pratique de l’approche intersectionnelle recueillies auprès de 121membres de la FFQ, dont 82 membres individuelles et 36 membres associatives (3 membres n’ayant pas précisé leur type d’affiliation). De plus, deux entretiens collectifs regroupant 14 femmes ont permis de recueillir des impressions et des explications plus développées.

Quelques faits saillants qui ressortent de cette recherche

Connaissance de l’approche intersectionelle

    •  La plupart des membres de la FFQ (78,5 %) disent avoir une moyenne, bonne ou très bonne compréhension de ce que signifie l’approche intersectionnelle. Cette donnée a été confirmée dans les définitions que les répondantes ont fournies dans le questionnaire ainsi que par les entretiens collectifs.

Ce qui reste à clarifier de l’approche intersectionnelle (analyse qualitative)

    • Le tiers (33 %)des membres ont mentionné que la mise en pratique de cette approche restait ambiguë.
    • Cependant, lorsque l’on a demandé aux membres associatives de qualifier leurs difficultés avec l’approche de l’intersection des oppressions, plus des trois quarts (85 %) de ces dernières ont nommé la difficulté à traduire leurs savoirs théoriques dans la praxis quotidienne comme étant source de problème.

Attitudes vis-à-vis l’approche intersectionnelle

Les membres de la FFQ ayant répondu au sondage démontrent une attitude clairement favorable envers l’approche de l’intersection des oppressions.

    • 90 % considèrent que l’approche intersectionnelle enrichit le mouvement féministe.
    • 83 % considèrent que cette approche est nécessaire au mouvement des femmes pour restituer le dialogue entre les femmes.
    • 74 % sont en désaccord ou fortement en désaccord qu’en utilisant l’analyse intersectionnelle, le mouvement féministe s’éloigne de sa mission.
    • 76 % sont fortement en accord avec l’idée que les divers systèmes d’oppression interagissent entre eux.
    • Près de la moitié des membres disent déjà utiliser l’approche de l’intersection des oppressions dans leur travail (46 %) ou leur militantisme (51 %).
    • Une petite minorité (6 à 12 %, en fonction des questions) démontre une attitude négative par rapport à l’approche de l’intersection des oppressions et s’oppose à son utilisation par la FFQ.

Perceptions vis-à-vis des différents systèmes d’oppressions

Les répondantes étaient presque unanimes à considérer que le patriarcat, le racisme, le classisme et le colonialisme envers les peuples autochtones sont des structures très présentes dans notre société et qui créent des injustices importantes chez les femmes.

Consulter l’étude