Communiqué de la FFQ : « L’exploitation n’est pas une vocation ! »

Au cours des derniers jours, des prochaines semaines et des prochains mois, les étudiantes des CÉGEPS  et des universités dans les différents programmes avec stages non rémunérés font et feront entendre leur voix. Cette voix unie passera un message fort : “Assez, l’exploitation n’est pas une vocation !”

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) offre son soutien inconditionnel aux étudiantes qui luttent pour leur droit et appuie l’ensemble des moyens qu’elles décideront d’utiliser.

Les stages non rémunérés sont au coeur des structures sexistes du système d’éducation: iniquité à l’emploi, inégalités des chances et moindre valeur accordée au travail des femmes.  Les programmes en enseignement, en travail social et dans le secteur de la santé non seulement forcent les étudiantes à donner gratuitement leur travail, mais en plus exige ce travail non rémunéré afin d’obtenir leur diplôme. Une étudiante doit payer jusqu’à un an de frais afférant et de frais de scolarité pour une année passée à l’extérieur des murs de son établissement à offrir un travail indispensable pour plusieurs institutions et organismes. La logique discriminatoire à l’égard du travail des femmes est consistante d’un bout à l’autre.

Les secteurs d’emploi à prédominance féminines sont constamment sous attaques et font les frais des coupures et compressions des politiques néo-libérales des gouvernements. Le gouvernement québécois, en ne rémunérant pas les stages des étudiantes, s’assure de bien former ces nouvelles travailleuses à des conditions de travail inadéquates et à vivre avec peu. Plus révélateur encore des structures de domination hommes-femmes est d’apprendre que les secteurs plus libéraux comme la médecine, l’avocature ou le notariat, où une majorité d’hommes sont inscrits, offrent des stages très bien rémunérés avec à la clé des possibilités d’emplois.

L’obligation de ce stage et la non rémunération de celui-ci joue aussi sur la capacité des étudiantes racisées, membres des communautés LGBTQ et vivants avec un handicap à négocier des environnements de travail qui n’ont pas l’expertise et parfois l’ouverture pour les accueillir convenablement et avec le respect auquel elles ont droit. Le pouvoir d’une étudiante de faire valoir ses droits est presque inexistant. L’égalité des chances pour toutes les femmes, spécifiquement dans un contexte de stage non rémunéré est un idéal encore loin d’être atteint. Ce système perpétue une image traditionnelle de la femme qui s’occupe des soins et des enfants, sans rémunération, et qui le voit comme une vocation. Ce stéréotype est encore plus fort pour celles qui vivent à la croisée des oppressions.

Plusieurs de nos membres comptent sur le travail de ces étudiantes et doivent souvent faire le choix d’accepter ces tâches non rémunérées pour être en mesure d’offrir des services ainsi qu’une chance d’apprentissage à ces nouvelles travailleuses. Ce choix se fait souvent avec déchirement et aussi parfois avec résignation. Comment peut-on tolérer que le droit des étudiantes à un travail bien rémunéré, décent et sécuritaire soit bafoué à ce point ? Jours de congé de maladie inexistants, obligation de débourser une assurance privée,  incapacité de préparer son avenir, par exemple celle de fonder une famille ou d’acquérir un bien immobilier. Et tout cela sans compter la nécessité de devoir trouver un travail rémunéré, en plus des heures accordées à son organisme. Bien que les étudiantes doivent souvent accepter une charge de travail complète, elles sont des travailleuses de deuxième classe.

Nous appelons nos membres et les organismes communautaires qui accueillent les stagiaires à soutenir ces dernières durant ces batailles profondément féministes.

Nous demandons aux CÉGEPS et institutions universitaires de faire peuvent de jugement et de solidarité envers leur étudiantes en minimisant les impacts sur leurs parcours académiques.

Nous en appelons directement au gouvernement de mettre fin au sexisme institutionnel qu’est la non rémunération des stages.

La FFQ est déterminée à défendre le droit de toutes les femmes et à lutter pour “l’égalité pour toutes et l’égalité entre toutes”.  Le soutien aux étudiantes qui luttent pour leurs droits fait parti de ce mandat.

La participation des femmes dans les organismes féministes mixtes

En blanc sur fond rouge : "la participation des femmes dans les organismes féministes mixtes : de la théorie à la pratique !"

 

Plusieurs femmes qui militent dans les organismes mixtes se découragent. Beaucoup s’épuisent. Nombreuses continuent de se battre et sont constamment à la recherche de nouvelles stratégies pour soutenir les femmes.  Mais comment ça se fait que ces obstacles perdurent encore aujourd’hui ?  Et quelles sont les stratégies utilisées par les militantes pour les surmonter ? Ces stratégies prennent-elles en compte les discriminations vécues par toutes les femmes ? Comment faire mieux dans des contextes de ressources limitées ?

Pendant 3 ans (2017-2020), la FFQ va travailler avec des femmes militantes dans des organismes féministes mixtes pour les soutenir. Après une année de recherche (2017-2018), nous travaillons cette année (2018-2019) à la réalisation de deux plans d’action auprès de deux organismes partenaires : le Front commun des personnes assistées sociales du Québec et le Syndicat des travailleurs et travailleuses du CIUSSS du Centre Sud de l’Île de Montréal (STTCCSMTL-CSN). L’année prochaine (2019-2020), nous organiserons un grand forum et lancerons une boîte à outils en ligne.

 

Prise de parole pour les un an du #metoo

Le 14 octobre 2018, au Quai des brumes, se tenait une conférence de presse pour souligner le premier anniversaire du #metoo au Québec. Alexandra Laberge a pris la parole pour la FFQ et voici le texte de son intervention, sous  la vidéo de la conférence.

Vidéo :

Texte de l’intervention :

Bonjour à toutes et tous,

Je me nomme Alexandra Laberge, je représenterai la Fédération des femmes du Québec (FFQ) en tant que  coresponsable du 4e comité de travail soit Féminisme Corps, Sexualité, Image, Genre et Violences.

Avant tout, il nous semble important à la FFQ de rappeler que le #metoo n’est pas né il y a un an aujourd’hui par l’audace d’Alyssa Milano. Nous tenons à resituer l’origine du #metoo, il y a 12 ans, à New York, grâce à Tarana Burke, une activiste afro-américaine. Nous tenions à lui redonner toute la légitimité qui lui revient sur ce que nous soulignons aujourd’hui, les un an de la vague de dénonciations des agressions sexuelles à travers le monde par le biais des # ainsi que la mise en lumière de la violence vécue par les femmes.

Je suis ici entre autres pour rappeler à nos élus.es qu’un bon nombre de documents, mémoires, recherches, témoignages, etc. créer par des expertes, des survivantes, des femmes qui sont-elles mêmes très à même de vous guider, existent. Ils peuvent vous aider et vous montrer ce qui pourrait être fait pour améliorer la condition des femmes du Québec, et que, bien qu’elle ne possède pas autant de micros, de droits de parole, d’audiences, et même d’écoute, elles ont des voix, des voix pertinentes et intelligentes, car il s’agit du vécu de celle-ci, elles en sont les expertes. Que celles-ci sont les meilleures pour trouver les moyens les plus appropriés dont le Québec pourrait se doter pour changer réellement les conditions de toutes les femmes.

De ce fait, bien qu’il existe un nombre considérable de sources reliées aux agressions sexuelles toutes plus pertinentes les unes que les autres. Je me ferai porte-parole d’une seule, le mémoire présenté par la FFQ dans le cadre de la commission avec le citoyen sur la mise en œuvre du Plan d’action gouvernemental 2008-2013 en matière d’agression sexuelle, publié en 2015. Celui-ci est appuyé par la Fédération du Québec pour le planning des naissances et le Centre contre l’oppression des genres. Il a également été rédigé avec la collaboration du Conseil des Montréalaises, d’Action des femmes handicapées de Montréal et de Martine Delvaux.

Celui-ci traitant du NOUS femmes, dans toute sa pluralité et à l’intersection des facteurs de vulnérabilités, je ne peux aujourd’hui vous présenter toutes les femmes qui sont victimes d’agressions sexuelles, rappelons-nous qu’il s’agit d’une femme sur trois. On m’a donc mandaté de me diriger vers celles que le #metoo, #moiaussi a peut-être rendu moins visible, mais a toutefois permis à leurs filles, arrières petites filles, arrières arrières petites filles à dénoncer leurs agressions sexuelles, et nous croyons qu’elles méritent la même visibilité et qu’aujourd’hui est un bon moment pour les mettre au-devant. Je me ferai donc, humblement, porte-voix des femmes ainées, victimes d’agressions sexuelles à partir de la section qu’on retrouve sur le sujet dans le mémoire de 2015, un résumé d’un document rédigé par Karine Tremblay, RQCALACS Le Regroupement québécois des CALACS (Centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel)

Toutes les femmes vivent le tabou entourant la dénonciation d’acte de violences sexuelles, mais celui-ci persiste davantage chez les victimes aînées. D’abord parce qu’il y a le temps, soit le fait que ce qu’elles ont vécu date de leur enfance,  adolescence ou de leur vie d’adulte, et que la dénonciation, n’étant pas facile aujourd’hui, n’était pratiquement pas accessible à l’époque. Puis, celui-ci devient davantage insidieux lorsqu’on parle de sexualité des femmes âgées. La non-considération du corps sexué femme des personnes âgées invisibilise la possibilité qu’elle en soit victime. Leur vie sexuelle étant soi-disant terminée, elles seraient à l’abri. On croit aussi, à tort, que les femmes âgées ne peuvent pas être violées parce qu’elles ne s’habillent pas sexy, qu’elles ne sont plus « désirables ». L’agression sexuelle ne constitue surtout pas un acte de désir, mais bien un geste de violence, de pouvoir et de domination.  On estime à 3000 le nombre de femmes aînées victimes de violences à caractères sexuelles par année.

Malheureusement, la personne âgée est souvent victime de plus d’une forme de violence : c’est ce que l’on nomme « intersections des violences ». Abus médical, violence financière, violence physique, violence émotionnelle, négligence, violation du droit de liberté, etc. Elles ne sont pas plus faibles, aucune femme n’est faible devant la violence et la domination. Elles sont par contre davantage vulnérables par notamment des conditions de santé, d’éducation, et de traumatismes qui n’ont pu être traités à l’époque et qui participent à minimiser ce qu’elles vivent.

Briser le tabou, c’est une première étape pour mettre en lumière cette triste réalité et permettre aux victimes de sortir du silence dans lequel, dans bien des cas, elles vivent depuis longtemps, car les agressions à caractère sexuel peuvent aggraver, amplifier et accélérer les facteurs normaux de vieillissement.

Que le gouvernement du Québec adopte une loi obligeant toutes les institutions hébergeant des personnes aînées ou en perte d’autonomie d’adopter des protocoles et des politiques de lutte à la violence envers les femmes, incluant la violence sexuelle.

Que le gouvernement du Québec modifie la Loi sur l’IVAC contre le délai de prescription pour les victimes d’avant 1975.

Pour conclure, je sortirais quelques minutes du rôle qui m’impute aujourd’hui pour remercier ma grand-mère, elle-même victime d’agressions sexuelles toute jeune. Elle a tout fait pour qu’à mon tour je ne sois pas aussi une victime. Dès l’enfance, les avertissements sur les inconnus, barrer les portes, me protéger. Malheureusement, l’éducation d’une seule femme à une autre ne suffit pas à nous protéger de celle reçue dans cette société. L’agression sexuelle ne constitue surtout pas une faute de la victime, quelque chose qu’elle n’aurait pas bien fait ou pas ou peu importe. C’est un geste de violence, de pouvoir et de domination.  Et j’en ai été finalement victime comme mes paires, mes amies, mes connaissances. L’éducation est un facteur essentiel dans la reconnaissance de la violence faite aux femmes et de sa non-reproduction. Mais elle doit être porté par tous comme une valeur et éthique humaine de non-violence et non pas comme une responsabilité portée par les survivantes. Merci grand-maman de ton prendre soin à l’égard de ce corps que je n’ai pas choisi. Je sais que tu as fait ton possible pour me protéger, je laisse maintenant la responsabilité à nos élus d’en faire autant pour toi, pour moi, pour toutes les femmes du Québec, passées, présentes et futures.

Trois propositions adoptées lors de l’AGE 2018 !

Ceci est le logo de la FFQ. Sur l'image il est écrit: "Fédération des femmes du Québec. Égalité pour toutes, égalité entre toutes."

Ce dimanche 28 octobre s’est tenue l’assemblée générale de la Fédération des Femmes du Québec à Montréal. Pendant ce moment important de concertation entre les membres de la Fédération, les débats ont abouti à l’adoption de trois propositions au sujet de :

  • La gestion féministe
  • Les pratiques intersectionnelles
  • Les femmes et l’industrie du sexe

Nous tenons à remercier l’ensemble des membres pour avoir fait de ce moment un temps rassembleur et d’écoute.

Voici le texte des propositions adoptées hier lors de l’Assemblée Générale Extraordinaire.

Gestion féministe

Attendu que la FFQ utilise et tient à continuer à utiliser des principes de gestion féministe,

Attendu que les documents de la FFQ (statuts et règlement, contrats de travail, positions adoptées en AGA) ne définissent ou n’expliquent pas les tenants et les aboutissants de la gestion féministe,

Attendu que la pré-consultation sur la restructuration a mis à jour un besoin de solidifier et d’uniformiser la compréhension des principes de gestion féministe,

1- QUE la FFQ travaille à identifier et rendre accessible les bonnes pratiques de gestion féministe en puisant entre autres dans le travail et l’expérience de plusieurs de ses membres »

2- QUE la FFQ travaille à implanter ces pratiques dans ses structures

3- QUE la FFQ fasse la promotion des bonnes pratiques auprès de ses membres et des organismes avec lesquels elle travaille.

Pratiques intersectionnelles

Attendu que la FFQ n’est engagée dans un parcours intersectionnel que depuis 2013,

Attendu que le champ d’action Féminisme, intersectionnalité et solidarité existe seulement depuis le Congrès d’orientation de 2016,

Attendu que peu d’organismes féministes au Québec utilisent en pratique l’intersectionnalité,

Attendu que la FFQ en est encore à une inclusion symbolique du terme et de l’approche,

4- QUE LA FFQ fasse la promotion du cahier de propositions d’orientations sur les quatre champs d’action adopté en 2016 avec les modifications nécessaires pour tenir compte des résolutions effectivement adoptées au Congrès

5- QUE LA FFQ, crée des outils de vulgarisation et un guide de pratique liés au cahier de propositions

6- Que la FFQ travaille à définir l’approche intersectionnelle en consultant ses membres associatives et individuelles et travaille à identifier les bonnes pratiques intersectionnelles récentes et disponibles

7- Que la FFQ mette les bonnes pratiques identifiées au cœur de ses structures, de ses prises de décisions, et que ces bonnes pratiques soient inscrites dans son modèle de gestion avec ses membres de toutes les régions

Femmes et industrie du sexe

Attendu que la FFQ travaille à favoriser le développement de la pleine autonomie de toutes les femmes et la reconnaissance véritable de l’ensemble de leur contribution à la société,

Attendu que la FFQ se veut représentative du pluralisme de la société québécoise et de la diversité du mouvement des femmes, particulièrement des femmes marginalisées ou vivant des oppressions multiples,

Attendu que la FFQ lutte pour l’émancipation des femmes et l’affirmation de leur droit à une participation intégrale et libre à la vie sociale, culturelle, politique et économique,

Attendu que la FFQ adopte une approche féministe intersectionnelle, ce qui inclut le principe de reconnaître l’expertise des premières concernées,

Attendu que la FFQ et ses membres militent activement pour créer un espace d’engagement sans oppression pour toutes les femmes,

Attendu que des femmes s’identifiant clairement comme travailleuses du sexe sont présentes au sein de la FFQ et contribuent à la vie associative depuis des décennies,

Attendu que les femmes dans l’industrie du sexe considèrent leurs pratiques comme un travail incluant le droit d’accéder aux protections des normes du travail, de santé et sécurité au travail et autres protections liées à l’emploi,

Attendu qu’au moins 10 femmes dans l’industrie du sexe ont été assassinées au Canada en 2017, que 79% des femmes incarcérées en prison provinciale ont une expérience dans l’industrie du sexe et que les relations antagonistes avec l’État et ses agents sont un facteur de risque majeur pour le VIH et autres ITSS et pour la santé globale,

Attendu que La FFQ est une organisation ouverte aux questions controversées et émergentes,

12. Que la FFQ reconnaisse l’agentivité des femmes dans la prostitution/industrie du sexe incluant le consentement à leurs activités

13. QUE le FFQ lutte contre la stigmatisation et les barrières d’accès à la pleine participation à la société qui suivent ces femmes toute leur vie, même si elles quittent l’industrie, mais également contre la violence et les obstacles à la sortie de la prostitution/industrie du sexe que subissent les femmes qui sont dans cette industrie et celles qui en sortent

14. Que la FFQ reconnaisse l’importance de défendre, tant pour celles qui choisissent de vivre de la prostitution/l’industrie du sexe que pour celles qui veulent en sortir, leurs droits, à la sécurité, la santé, à l’autonomie, à la liberté d’expression et d’association et à des conditions décentes tant dans l’exercice de leur pratique que dans les autres sphères de leur vie

15. QUE la FFQ travaille à la différenciation entre l’industrie du sexe, les échanges consensuels, les situations d’exploitation et la traite humaine ; Que la FFQ lutte contre l’exploitation et les violences faites aux femmes dans la prostitution/industrie du sexe et défende le droit de toutes les femmes à l’intégrité physique et mentale, à la dignité, à la santé et à la sécurité.

16. QUE la FFQ continue de lutter contre la pauvreté, la marginalisation et les relations antagonistes avec l’État et ses agents, particulièrement pour les femmes qui vivent de multiples oppressions

Encore merci à vous toutes ! Nous pensons que le combat féministe se construit sur les fondations d’un travail d’écoute de toutes les femmes, et dimanche dernier, c’est exactement cet effort qui s’est déployé au cours de la journée de votre part.

Nous voulons un gouvernement féministe. Maintenant.

Sur l'image il est écrit "Un gouvernement féministe. Maintenant. FFQ." Il y a aussi le logo de la FFQ.

Quelques jours après l’élection d’un gouvernement majoritaire de la Coalition Avenir Québec (CAQ), la Fédération des femmes du Québec invite ses membres et la population à garder un regard critique face à la promesse de changement faite par le nouveau Premier ministre M. François Legault. La Fédération presse la population à résister aux discours simplistes sur les enjeux de société importants et complexes comme ceux présentés lors de la campagne électorale.

La FFQ a comme slogan « Égalité pour toutes, égalité entre toutes ». Nous espérons voir chaque parti mettre en œuvre ces valeurs. Bien qu’un grand nombre de femmes aient été élues, nous rapprochant d’une certaine parité, la Fédération est loin d’être rassurée quant aux politiques et aux propositions mises de l’avant par le parti au pouvoir.  Les silences sur des sujets féministes tels le droit au logement et l’environnement sont tout aussi inquiétants. En effet, nous voyons mal comment les promesses de test des valeurs, d’expulsion de personnes migrantes, de non-respect des droits et libertés par l’utilisation de la clause nonobstant et d’exploration pétrolière à Anticosti sont des signes d’un changement pour une plus grande justice et inclusion sociale. Les réponses maladroites et inexactes à propos des ententes avec les peuples autochtones n’inspirent pas confiance. Nous doutons que les appels à l’inclusion du parti au pouvoir se traduisent en un Québec plus juste pour toutes et tous. C’est pourquoi nous invitons les groupes féministes et les autres acteurs et actrices de la société civile à garder le cap et continuer le travail d’éducation, de partage d’information, de militance et surtout de résistance. Nos efforts communs sont plus que jamais nécessaires, surtout que pour plusieurs les résultats des élections sont inquiétants et ceux-ci pourraient avoir un impact direct sur les vies des femmes de nos communautés qui sont marginalisées, migrantes, racisées ou vivant en situation de pauvreté.

 

La parité a-t-elle été atteinte?

Quant à l’approche d’une certaine parité, 41.6% des élu-e-s sont des femmes, bien qu’elles formaient 47.4% des candidatures des quatre principaux partis. Nous invitons les partis politiques à reconnaître le manque de diversité dans le nombre de candidates élues. De l’ensemble des femmes élues hier, seulement quatre femmes sont racisées. Cet état de fait doit être un incitatif pour les partis de faire mieux et de donner aux femmes de la diversité, plus de place dans les circonscriptions où elles ont de réelles chances de gagner.

 

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Mode de scrutin

Nous demandons aussi au gouvernement Legault de respecter son engagement envers un changement du mode de scrutin et d’en faire une priorité pour les prochaines élections.

 

Du féminisme de façade?

N’oublions pas qu’en 2012, M. Legault a déclaré que « [l]es filles attachent moins d’importance au salaire que les garçons ».

M. Legault n’a pas vu le problème avec cette déclaration. Il s’est plutôt justifié en disant : « J’ai vu nombreuses études [à ce sujet] quand j’étais ministre de l’Éducation. J’ai même été étonné que les gens soient surpris par cette affirmation. […] Ce n’est pas sexiste, à la limite, c’est flatteur. Les garçons, plutôt que de considérer à 100% leurs intérêts, attachent plus d’importance au salaire que les filles. »  Que va donc faire un gouvernement caquiste pour adresser l’inégalité salariale ?

En 2016, M. Legault s’est aussi senti à l’aise de commenter et vouloir contrôler l’habillement des femmes dans les médias, lorsqu’il a exprimé qu’il avait « un problème avec le burkini ». Du même souffle, il a insisté que son « test de valeurs » servirait à protéger l’égalité des sexes, pour interdire certains nouveaux arrivants d’obtenir la citoyenneté. Il est inacceptable qu’encore une fois, les corps des femmes soient instrumentalisés pour des fins racistes.

L’égalité des sexes mérite d’être discutée par elle-même et non comme excuse pour mettre en place des structures qui vont servir à discriminer contre les immigrants. Rappelons que durant la campagne préélectorale, la CAQ n’a même pas cru bon d’adresser la violence sexuelle mise à la lumière par le #MoiAussi. Le projet de loi-cadre pour la conciliation famille-travail-étude n’a pas non plus été adressé, malgré l’effort de plusieurs groupes communautaires d’ouvrir la discussion sur cet enjeu de société majeur. Les femmes autochtones disparues et assassinées, la violence envers les femmes, la discrimination dans les milieux de travail et pour l’accès au logement n’ont pas été adressées. M. Legault a dit vouloir se pencher sur le problème d’épuisement des infirmières, ce que nous saluons, mais lorsque cela vient au prix d’effriter les services publics et d’avoir recours au secteur privé comme l’a proposé M. Legault, nous sonnons l’alarme.

Durant la campagne électorale, la CAQ a été accusée de faire preuve d’un « féminisme de façade ». Est-ce que l’accusation est juste ? Nous espérons voir la preuve du contraire dans les prochains mois.

Contact média :
gbouchard@ffq.qc.ca

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Pour l’accès des demandeurs et demandeuses d’asile aux services de garde éducatifs

Cette image est le logo de la FFQ.

Montréal, le 25 septembre 2018 – Appuyé-e-s par plus de 20 organisations, des demandeurs et demandeuses d’asile publient une lettre ouverte (voir plus bas) aux chef-fes de partis pour demander la fin de leur exclusion des services de garde subventionnés et des centres de la petite enfance (CPE).

Pour lire la lettre complète et signer la pétition, vous pouvez cliquer ici.

Nous, demandeurs et demandeuses d’asile, avons formé un comité pour revendiquer l’accès aux services de garde éducatifs subventionnés pour nos enfants. Pour le moment, seulEs les réfugiéEs ayant obtenu leur statut (après une attente de deux ans ou plus) peuvent disposer de ces services. Le 10 avril dernier, le Ministère de la Famille a clarifié l’article 3 du Règlement sur la contribution réduite, dans une lettre adressée aux Centres de la Petite Enfance (CPE): les enfants des personnes demandeuses d’asile ne sont pas admissibles à leurs services (ni d’ailleurs aux services éducatifs reconnus et subventionnés offerts par les responsables de services de garde (RSG) en milieu familial). Or, comme nous n’avons pas davantage accès aux versements anticipés du crédit d’impôt remboursable pour frais de garde d’enfants (CFGE), il est d’autant plus important d’avoir accès aux services subventionnés. Cette politique nous isole, nous et nos enfants, de la société à laquelle nous souhaitons contribuer et affecte surtout les femmes qui demandent l’asile. Bien qu’aucune organisation gouvernementale ne peut confirmer le nombre exact de personnes affectées par cette clarification du règlement, nous sommes en droit de penser que nous sommes des centaines dans cette situation.

[…]

Une discrimination qui touche d’abord les femmes et les enfants

Les services de garde subventionnés (CPE, RSG et autres) ont été mis sur pied pour permettre aux femmes d’avoir une vie professionnelle. Les femmes demandeuses d’asile et leurs enfants paient donc le prix fort du manque d’accès aux services de garde subventionnés : elles se trouvent isolées, privées de formation, d’emploi et de revenu puisqu’elles sont plus souvent monoparentales que les hommes, et plus susceptibles de rester à la maison (en 2018, les hommes gagnent encore un meilleur salaire que les femmes au Québec). Elles subissent directement les impacts de la mise en veille de leur parcours professionnel. Les enfants subissent aussi des conséquences lorsque les revenus de leur famille sont réduits, et que la famille est isolée et peu en contact avec la langue française. La récente entrée en vigueur du projet de loi 144, “Loi modifiant la Loi sur l’instruction publique et d’autres dispositions législatives concernant principalement la gratuité des services éducatifs et l’obligation de fréquentation scolaire” promet l’accès à des services éducatifs abordables pour toute personne qui n’est pas résidente au Québec. Or, cette restriction d’accès aux services de garde subventionnés freine directement l’accès des enfants à des espaces éducatifs et socialisants indispensables.

 

“Je ne peux pas m’intégrer dans la société, et apprendre le français. Au lieu de cela, je vis de l’aide sociale allouée par le gouvernement en attendant ma date d’audience qui est encore indéterminée. (…) Cette situation a aussi un impact sur mon fils qui ne peut pas socialiser avec les enfants de son âge: il passe ses journées seul avec moi. Tous les autres enfants de son âge vont soit à la prématernelle, soit à la garderie”.

– Blessing, mère monoparentale de cinq enfants. Arrivée du Nigéria en avril, elle a dû refuser deux offres d’emploi faute d’accès à un service de garde abordable.

 

“J’aimerais travailler mais je ne peux pas étant donné que je dois rester à la maison m’occuper de ma fille…Elle a besoin de socialiser, d’apprendre et de s’intégrer. Je me sens impuissante, déprimée et fatiguée parce que je ne peux pas m’impliquer dans ma nouvelle vie ici. J’ai peur de l’avenir”.- Shamima, demandeuse d’asile du Bangladesh arrivée en août 2017 et mère monoparentale d’une fille de 2 ans.

Un message pour la journée nationale des peuples autochtones

En cette Journée nationale des peuples autochtones, nous ne pouvons pas rester silencieuses, surtout après avoir lu les commentaires discriminatoires et racistes de Gaétan Barette,  ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, qui a renforcé le stéréotype que les personnes autochtones sont toujours en état d’intoxication.  De plus, face aux nouvelles des atrocités qui sont commises à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, incluant la séparation des enfants de leurs parents, plusieurs Québécois-es et Canadien-ne-s semblent avoir oublié l’histoire du pays dans lequel iels vivent.

Il n’y a pas si longtemps l’État canadien soutenait et finançait les écoles résidentielles, qui sont responsables pour l’enlèvement et l’abus des enfants autochtones. Ces enfants étaient aussi arraché-e-s des bras de leurs parents, de leurs tantes, de leurs oncles, de leurs grands-parents. Puis cela ne relève pas du passé lointain — la dernière école résidentielle au Québec a fermé en 1996.

Encore en 2018, nous voyons des échos des écoles résidentielles. Comme la militante mohawk Ellen Gabriel l’a remarqué cette semaine, la pratique d’empêcher les parents d’enfants malades d’accompagner leur enfant lorsqu’il ou elle doit prendre l’avion-ambulance en est un de ces échos. De plus, on ne peut pas passer à côté du fait qu’il y a plus d’enfants autochtones dans le système de placement familial aujourd’hui qu’à n’importe laquelle autre période dans l’histoire canadienne.

La colonisation n’est pas terminée. Elle a évolué. La brutalité et la cruauté ne sont pas exclusivement des phénomènes américains. Il y en a au Canada et au Québec aussi. Tant que la colonisation, puis le manque de respect et d’empathie profond qui l’accompagne ne sont pas adressés, les femmes autochtones ne pourront vivre en sécurité.

 

Que pouvez-vous faire? Parlez de la colonisation. Reconnaissez que vous vivez sur un territoire autochtone non cédé. Donnez aux organisations qui aident les femmes autochtones telles que:

 

Puis ne faisons pas non plus semblant que le Canada traite les migrant-e-s et les réfugié-e-s de manière exemplaire. Les femmes sans statut n’ont pas accès au système de santé, ni au système de justice, ni au marché de travail régulé par des lois qui protègent les travailleuses et les travailleurs.

Pour lire le protocole de solidarité entre la Fédération des femmes du Québec et Femmes Autochtones du Québec, c’est par ici.

Loi sur la neutralité religieuse de l’État: deux nouvelles demandes d’intervention

L'image est celui d'un journal. Il est écrit "cliquez sur l'image our lire le communiqué de presse"

Ceci est une image du logo de l'association des juristes progressistes. Sur l'image il y a quatres barres rouges, parallèles les unes aux autres, qui forment un carré. Il est écrit "l'association des juristes progressistes"

COMMUNIQUÉ
Pour diffusion immédiate

Montréal, 12 avril 2018 – La Fédération des femmes du Québec (FFQ) et le Concordia Student Union (CSU) ont déposé des demandes afin de pouvoir intervenir dans le recours initié par le Conseil national des musulmans Canadiens (CNMC), Marie-Michèle Lacoste et l’Association canadienne des droits et libertés (ACDL) demandant de déclarer inconstitutionnelle la Loi favorisant le respect de la neutralité religieuse de l’État et visant notamment à encadrer les demandes d’accommodements pour un motif religieux dans certains organismes (aussi connu sous le nom de Projet de loi 62).

La FFQ, en appui à sa demande, fait valoir son expertise en matière de défense des droits des femmes, de leur droit à l’égalité ainsi qu’en matière d’analyse intersectionnelle. Le CSU quant à lui cherche à contribuer au débat sur la constitutionnalité de cette loi, particulièrement en ce qui a trait à son application dans le milieu de l’éducation supérieure. Tous deux se préoccupent gravement du caractère discriminatoire de cette législation et de ses impacts négatifs sur l’accès aux droits des femmes musulmanes et racisées en général.

Ces demandes d’intervention sont organisées en collaboration avec l’Association des juristes progressistes (AJP), association dont les avocates désignées au dossier sont membres.

 

Pour entrevues ou toute demande d’information additionnelle, veuillez contacter :
Walter Tom, directeur de la Clinique d’information juridique du CSU, 514-848- 2424 poste 5491
Gabrielle Bouchard, présidente de la FFQ, 514-232-4847
Me Sau Mei Chiu, Ouellet Nadon et associé.es, 514-528-7228
Me Richard-Alexandre Laniel, AJP, 514-690-2988

Lucy doit rester! La FFQ demande un statut pour toutes et tous

L'image est rouge. Sur l'image il y a une main qui sert la main d'une autre personne, pour l'aider à se mettre debout. Le texte sur l'image dit "Lucy doit rester".

Ce qui suit est une version écrite du discours de Caroline Jacquet, organisatrice communautaire et chargée de projets de la FFQ, prononcé lors du point de presse pour arrêter l’expulsion de Lucy Francineth Granados le 25 mars 2018. Visionnez la vidéo intégrale du point de presse en cliquant ici.

D’abord, la Fédération des femmes du Québec tient à transmettre toute sa solidarité et son soutien à Lucy Francineth Granados, à sa famille, à ses ami-e-s, à ses comilitants et militantes du Collectif des femmes sans statut de Montréal et de l’Association des travailleurs et travailleuses d’agences de placement.  À la Fédération des femmes du Québec, nous représentons des centaines de membres associatives et membres individuelles à travers le Québec. C’est toutes ensemble que nous dénonçons fermement l’arrestation violente et dégradante de Lucy, blessée par les agents de l’Agence des services frontaliers du Canada lors de leur irruption à 6h du matin à son domicile. Nous dénonçons son incarcération, alors qu’aucun crime n’a été commis, et sa déportation imminente, alors qu’elle vit à Montréal depuis neuf ans. En tant que mère monoparentale, elle soutient ses trois enfants et elle risque d’être en danger suite à son expulsion.

L'image est rouge avec du texte. L'image dit "Urgence: Lucy Francineth Granados: Au Canada depuis 9 ans Mère de 3 enfants Arrêtée violemment pour « avoir commis le crime » d'être migrante Menacée de déportation avant même qu'une décision soit prise quant à sa demande de résidence permanente. Madame la maire, madame la maire, elle est où ta « ville sanctuaire » ?"

Il est trop facile de la part de nos responsables politiques de dénoncer les violences faites aux femmes publiquement, la main sur le cœur et la larme à l’œil, de se dire féministe, mais de se taire, de fermer les yeux, de trouver des excuses et de laisser faire lorsque ce sont nos institutions et nos lois qui commettent des violences et alors qu’ils et elles peuvent agir maintenant.  Car ce sont bien nos lois d’immigration, sexistes et racistes sous bien des aspects, qui mettent des dizaines et en fait probablement des centaines de milliers de femmes et d’hommes dans une précarité extrême au Canada, au Québec, à Montréal. Ce sont nos lois qui séparent des familles, des mères de leurs enfants, qui les mettent en danger. Ce sont bien nos services de police et nos agences d’immigration, qui peuvent— à tout moment et sous n’importe quel prétexte—les arrêter et ainsi les maintenir dans la peur, le stress, l’absence de recours et la vulnérabilité à toutes sortes de violences et toutes sortes d’abus. Ce sont nos institutions d’éducation, de justice, de santé qui refusent de fournir les services essentiels et fondamentaux pour ces femmes, au risque de leur santé, au risque de laisser faire les pires abus, au risque d’empêcher leurs enfants d’aller à l’école. Ce sont nos institutions capitalistes qui maintiennent particulièrement les femmes racisées et migrantes dans des catégories d’emplois précaires, exploitables et jetables. C’est exactement ce que dénonçait Lucy, en tant que militante, et que dénonce encore Lucy, en tant que militante pour les droits des femmes sans statut.

Il est inacceptable que notre société continue de créer ces catégories de personnes jetables et expulsables.  En tant que fédération féministe, nous ne pouvons pas laisser faire l’expulsion de Lucy comme si elle était jetable. En tant que fédération féministe, nous dénonçons toutes les violences envers les femmes, y compris celles faites par nos institutions, nos lois. Et nous demandons à nos responsables politiques aux trois paliers de gouvernement d’agir dès maintenant pour stopper l’expulsion de Lucy.  En particulier, nous demandons au ministre de l’Immigration du Québec d’agir et de faire des représentations au fédéral et nous demandons à la mairesse de Montréal, Valérie Plante, de prendre publiquement position en soutien à Lucy, d’intervenir dès maintenant auprès du gouvernement canadien dans ce dossier et plus généralement, pour que cela ne puisse plus se reproduire, de se positionner publiquement en faveur d’une véritable ville sanctuaire—c’est-à-dire où le statut migratoire des personnes n’a aucun impact sur le respect de leurs droits fondamentaux—de rencontrer les premières concernées et de se concerter avec tous les organismes qui travaillent au quotidien pour les soutenir, pour s’assurer qu’elles puissent avoir accès à des services sécuritaires.

Pour la Fédération des femmes du Québec, il est hors de question que des expulsions comme celle-là se déroulent dans le silence et l’indifférence. Avec Lucy, avec le collectif, avec l’Association des travailleurs et travailleuses d’agence de placement et avec sa famille nous demandons un statut pour tous et toutes.

L'image est rouge. Sur l'image il y a une main qui sert la main d'une autre personne, pour l'aider à se mettre debout. Le texte sur l'image dit "Lucy doit rester".