Fleurette Osborne : ses funérailles ce mercredi 15 janvier

Chèr.e.s ami.es, 

Mi-décembre dernier, nous avons lancé une levée de fonds pour Fleurette Osborne à titre posthume. À la fin novembre, à l’âge de 92 ans, cette grande militante canadienne pour le droit des femmes noires est décédée à Hamilton en Ontario, d’où ses restes ont été transportés à Montréal pour y être enterrés. 

Seulement, le décès malheureux de son seul parent vivant, deux jours après son propre décès, avait entraîné des complications administratives qui ont gelé sa succession. 

La Fédération des femmes du Québec, en lien avec les proches de Fleurette Osborne et le salon funéraire Kane Fetterly avait alors lancé en urgence une levée de fonds pour recueillir 11 000$, montant prévu pour assurer la libération du corps de son corps et faciliter la réalisation de son dernier souhait d’être enterrée auprès de sa soeur à Montréal. 

Grâce à la générosité et solidarité de vous toutes et tous, nous avons atteint notre objectif et pu collecter les 11 000$ de fonds. Un chèque réceptionné hier a permis de clôturer la levée de fonds. Merci infiniment pour vos dons, vos relais et vos mots. Ce n’est qu’ensemble que nous avons pu atteindre cet objectif en si peu de temps.

Les funérailles de Fleurette Osborne auront donc lieu au Salon Funéraire Kane Fetterly, situé au 5301 boulevard Décarie mercredi prochain le 15 janvier. Pour lui rendre un dernier hommage, les personnes peuvent s’y rendre dès 10h et la cérémonie aura lieu à 11h. Les ami.es et collègues de Madame Osborne seront présent.e.s. 

Nous invitons toute personne à rendre un dernier hommage à cette grande dame et à montrer notre soutien à la communauté des femmes noires canadiennes. 

Pour en savoir plus sur le parcours de Fleurette Osborne, sa biographie, son combat, vous pouvez vous rendre sur ce chapitre d’un livre écrit à son sujet : 

http://bit.ly/36TMogq

Merci. 

À la mémoire de Fleurette Osborne, nous lançons un appel urgent

(english version following)

Chèr.e.s ami.es, 

À la fin novembre, à l’âge de 92 ans, une grande militante pour le droit des femmes noires au Canada est décédée. 

Défenseure et militante de longue date des droits des femmes et des droits de la personne, Fleurette Osborne est décédée en novembre 2019 à Hamilton, en Ontario, d’où ses restes ont été transportés à Montréal pour y être enterrés.  Le décès malheureux de son seul parent vivant, deux jours après son propre décès, a entraîné des complications administratives qui ont gelé sa succession. La Fédération des femmes lance cet appel urgent pour recueillir rapidement 11 000 $ d’ici mercredi 18 décembre, le montant prévu pour assurer la libération de son corps et faciliter la réalisation de son dernier souhait d’être enterrée à côté de sa sœur.

Fleurette Osborne, première présidente nationale du Congrès des femmes noires du Canada, diplômée de l’Université Concordia et de McGill, membre du Comité national d’action sur le statut de la femme (CNA),  membre du comité canadien de coordination de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing en 1995, et impliquée à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies avec des femmes racialisées du monde entre autres implications importantes. 

Nous encourageons les organisations et les individus à contribuer en temps opportun afin de s’assurer que les dernières volontés de Fleurette Osborne soient respectées.

Vous pouvez contribuer en nous envoyant un chèque à l’ordre de la Fiducie de la Fédération des femmes du Québec à l’adresse 469 rue Jean-Talon Ouest, bureau 319, Montréal, Québec H3N 1R4. Vous pouvez aussi directement vous déplacer nous voir pour déposer le chèque au bureau pendant nos heures de travail de 9h à 17h. Pour suivre la campagne en temps réel, veuillez s’il vous plaît nous envoyer un courriel à iarcoite@ffq.qc.ca avec le montant du chèque envoyé par la poste.

Merci !

Dear friends, 

In late November, at the age of 92, a prominent Black women’s rights activist in Canada passed away. 

A long-time defender and activist for women’s and human rights, Fleurette Osborne died in November 2019 in Hamilton, Ontario, from where her remains were transported to Montreal for burial.  The unfortunate death of her only living relative, two days after her own death, resulted in administrative complications that froze her estate. The Federation des femmes du Québec is launching this urgent appeal to quickly raise $11,000 by next Wednesday 18th of december, the amount planned to ensure the release of her body and facilitate the realization of her last wish to be buried next to her sister.

Fleurette Osborne, first National President of the Congress of Black Women of Canada, a graduate of Concordia University and McGill, a member of the National Action Committee on the Status of Women (NAC), a member of the Canadian Coordinating Committee for the Fourth World Conference on Women in Beijing in 1995, and involved with the United Nations Commission on the Status of Women with racialized women around the world among other important implications. 

We encourage organizations and individuals to contribute in a timely manner to ensure that Fleurette Osborne’s last wishes are respected.

You can contribute by sending us a cheque to the Fiducie de la Fédération des femmes du Québec at 469 rue Jean-Talon Ouest, bureau 319, Montréal, Québec H3N 1R4. You can also come directly to our office to give us the cheque during business hours from 9am to 5pm. Thank you!

Non, les femmes ne gagnent pas 85% du salaire des hommes

Lors des 12 jours d’actions contre les violences envers les femmes et lors de nos prises de position au quotidien, la FFQ n’a pas cessé de souligner qu’il était faux de mettre de l’avant que l’inégalité hommes-femmes sur le marché du travail se résumait à la statistique “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”. Nous n’avons cessé d’expliquer que cette statistique invisibilisait les femmes racisées et immigrantes et les mécanismes de discrimination genrés et racistes. 

Le rapport “Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée ” du Centre Canadien de politiques alternatives publié ce lundi 9 décembre vient confirmer notre analyse : Au Canada, les femmes racisées gagnent 59% du salaire d’un homme blanc quand une femme blanche gagne 67% des salaires d’un homme blanc.

Aussi, dans la majorité des statistiques et rapports, il est mis de l’avant que les femmes non-racisées gagnent 85% du salaire des hommes. Nous apprenons ici qu’elles ne gagnent en réalité que 67% du salaire des hommes blancs. Nous apprenons aussi que les femmes arabes sont les plus touchées par les discriminations structurelles dans l’emploi: elles ne gagnent que 50% du salaire des hommes blancs. 

C’est parce que l’étude ne se base pas sur la seule différence entre le taux horaire mais aussi sur toutes les autres contraintes que subissent les femmes (temps partiel, temps de chômage plus long), et encore plus les femmes racisées, que les chiffres diffèrent. 

C’est aussi parce qu’elle prend en compte que le marché du travail n’est pas seulement genré, mais aussi racisé. Ainsi, le rapport met de l’avant la nécessité d’une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations, comme ne le cesse de répéter la FFQ : 

Les recherches en politique publique adoptent de plus en plus une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations. Cette approche considère l’impact cumulatif et cumulé des différentes formes que prend la discrimination. Par exemple, la discrimination peut-être basé sur des combinaisons de genre, race, classe, sexualité, statut d’immigration, situation de handicap ou autre identités politiques et sociales

p7 du rapport Canada’s Colour Coded Income Inequality – traduction libre

Enfin, l’étude ne s’arrête pas à l’analyse des inégalités dans le marché du travail, elle explore aussi les inégalités des revenus sur le capital. Sans surprise, les femmes racisées sont au bas de l’échelle. 

La FFQ est régulièrement accusé de “diviser le mouvement féministe”.

Or, ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que lorsque nous analysons ce qui arrivent aux populations situées aux marges, nous pouvons comprendre les mécanismes de discriminations systémiques. 

Ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que nous faisons du tort dans l’avancement des droits de toutes les femmes lorsque nous prétendons que l’inégalité des salaires hommes-femmes s’arrête à la seule statistique que “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”.

Ici, nous nous rendons compte qu’en ne comparant la situation qu’entre plus prévilégié.e.s (hommes non-racisées travaillant à temps plein contre femmes non-racisées travaillant à temps plein), nous avons invisibilisé les mécanismes de discrimination qui nous permettaient de comprendre et donc d’agir. 

Suicide de Madame M à la Prison Leclerc : demande d’enquête spéciale

Aujourd’hui, le Groupe G13, table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes, envoie une demande d’enquête spéciale sur le suicide de Madame M à la Prison Leclerc. La lettre est adressée à Mme Geneviève Guilbeault, Ministre de la Sécurité Publique, Mme Sonia Lebel, Ministre de la Justice, Mme Isabelle Charest, Ministre de la condition féminine, Monsieur David Lametti, ministre de la Justice au niveau fédéral et Madame Myriam Monsef, Ministre des femmes et de l’égalité des genres. Voici la lettre et la liste des signataires.

 Objet : Demande d’enquête spéciale 

Le suicide de Madame M au centre de détention Leclerc, logique de criminalisation et d’incarcération des femmes 

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, 

En cette période des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, il nous semble important de parler de celles qui ne sont pas encore crues, celles qui doivent encore faire un travail de survie sans soutien ni reconnaissance de l’État québécois et canadien. 

Le 5 novembre à la prison Leclerc, une femme a mis fin à ses jours. C’est le quatrième suicide qui survient dans cette prison pour femmes en l’espace de deux ans. Au moins dix tentatives ont également eu lieu dans la même période. 

En tant que féministes, nous constatons que les prisons sont des lieux de reproduction de la violence étatique et institutionnelle, où les femmes sont davantage vulnérables. Nous croyons que le système carcéral, et spécifiquement la prison Leclerc, est un facteur aggravant ayant poussé Madame M à mettre fin à son combat de la façon dont elle l’a fait. Les conditions de son incarcération concluent la funeste épopée d’injustices qu’elle a vécue : l’acharnement des États canadien et états-uniens dans la non-reconnaissance des violences post-séparation de son ex-conjoint violent ainsi que la persécution qu’elle a vécue sur une période de 9 ans de notre système de justice, et enfin la négligence de l’administration québécoise. 

“Madame M” était une mère de famille de trois enfants, originaire du Québec, établie aux États-Unis. Elle s’est enfuie avec ses enfants pour retourner au Canada en 2010 pour les protéger de leur père violent. Dix jours après le jugement d’extradition définitif de la Cour Suprême, elle est retrouvée morte dans sa cellule de la prison Leclerc. Loin d’être une séquence vécue sur quelques semaines seulement, Madame M a vécu pendant plus de 9 ans différentes formes de violences étatiques : la non-reconnaissance de celle vécue dans sa relation conjugale ; l’acharnement des gouvernements des Etats-Unis et du Canada pour la punir ; et, finalement, l’internement dans une prison que même le gouvernement fédéral refuse d’utiliser à cause de sa désuétude. Le personnel formé à la prévention du suicide n’a-t-il pas vu ses poignets cicatrisés lorsqu’elle a été incarcérée ? 

Soyons clair.es, c’est en tant que femme dans une société patriarcale que Madame M a enduré une double violence : la violence conjugale et la violence institutionnelle qui la menaçait d’un procès pour “enlèvement” alors qu’elle cherchait à protéger ses enfants, à défaut d’être protégée par les pouvoirs publics. 

Malheureusement, l’histoire de Madame M. n’est pas unique. Les femmes ayant vécu des violences interpersonnelles affirment que le système pénal ne protège pas les personnes marginalisées victimes de relations violentes. Le système carcéral lui-même est une forme de violence dans leur vie, qui reproduit la violence sans se préoccuper de leur réalité. C’est pourquoi aujourd’hui nous exigeons que vous, la Ministre de la Sécurité du Québec, conduise une enquête spéciale sur les conditions de détention des femmes à la prison Leclerc. 

Veuillez agréer, madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses, 

Gabrielle Bouchard & Gaëlle Fedida 

Pour le G13 

Organisations membres du G13 

Formé dès 1986, le G13 est une table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes. Il sert de porte-voix pour l’ensemble des réalités diverses que nos groupes représentent : des femmes autochtones, racisées, en situation de handicap, de la diversité sexuelle; des maisons d’hébergement à l’employabilité, des tables de groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, des centres de femmes à la santé sexuelle et reproductive, des organismes de soutien aux familles monoparentales et recomposées, de la défense de droits à la prestation de services, du milieu de vie à l’éducation populaire. Nous représentons plusieurs centaines de groupes et des dizaines de milliers de femmes, souvent parmi les plus vulnérables et marginalisées. 

Action santé femmes 

Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale 

Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine 

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle 

Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail 

DAWN-RAFH Canada 

Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec 

Fédération des femmes du Québec 

Fédération des maisons d’hébergement pour femmes 

Fédération du Québec pour le planning des naissances 

Femmes Autochtones du Québec 

L’R des centres de femmes du Québec 

Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

Regroupement Naissance-Respectées 

Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel 

Relais-femmes 

Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec 

Réseau des lesbiennes du Québec– Femmes de la diversité sexuelle 

Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec 

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes 

Le plan RADAR porte atteinte dangereusement à la sécurité des femmes dans l’industrie du sexe

Le mardi 28 mai, à quelques jours du Grand Prix de Montréal,  le SPVM a lancé l’opération «RADAR». Cette initiative appelée officiellement à lutter contre “l’exploitation sexuelle” rate sa cible. Elle promet seulement de créer des conditions de vie et de travail plus dangereuses pour les femmes dans l’industrie du sexe.

L’opération RADAR a pour objectif de former des agents du secteur du tourisme et des transports en des agents de surveillance de l’État chargés de dénoncer les femmes dans l’industrie du sexe à la police. L’initiative forme le personnel des secteurs de l’hôtellerie et du tourisme à la détection de plusieurs «indicateurs» des personnes supposées être exploitées.

Si les différences fondamentales entre “traite humaine”, “exploitation sexuelle” et “consentement” ne sont même pas pris en considération par les agents de police, nous doutons que les agents du secteur du tourisme et des transports aient une quelconque compétence pour reporter ce qui relèverait effectivement de l’exploitation sexuelle ou de la traite humaine.

Au lieu de cela, le plan RADAR institue une forme de profilage sur la base de “tenues vestimentaires” jugées convenables ou non par des employés du secteur du tourisme et des transports. Ce sont aussi les femmes les plus marginalisées, appartenant aux communautés migrantes, racisées et qui vivent la pauvreté qui seront visées. Inutile de relever ici l’aspect sexiste et raciste de cette mesure visant à déterminer selon “l’apparence” des personnes supposées être exploitées.

Cette opération, mise en place à quelques jours du lancement du Grand Prix de Montréal, promet juste de créer un climat de délation et de précariser dangereusement les conditions de travail des femmes dans l’industrie du sexe tout en restant parfaitement inefficace contre la traite humaine et l’exploitation sexuelle.

En reconnaissant l’agentivité des femmes dans l’industrie du sexe en octobre 2018 lors de notre assemblée générale extraordinaire, c’est exactement ce que nous souhaitions éviter. Nous devons sortir du schème de pensée renvoyant ces femmes à des personnes dont les droits peuvent-être sacrifiées.

Comprendre la notion de consentement

Nous devons nous engager dans la nuance pour comprendre la différence conceptuelle entre “consentement” et “non consentement”. Cela est essentiel pour trouver les bons outils pour une véritable lutte contre l’exploitation sexuelle et la traite humaine.

Aucune femme ne jouit d’une palette de choix illimitée. Chacune d’entre nous est amenée à faire des choix en fonction des barrières économiques, sexistes, racistes, capacitistes, homophobes, colonialistes – bref toutes barrières structurelles – que nous rencontrons. Par exemple, une femme noire peut faire le choix de garder un travail en deçà de ses qualifications et compétences pour éviter de retourner dans la case “chômage” en raison des discriminations racistes dont elle est la cible. Est-ce que cela ferait un quelconque sens de cibler ses droits sous prétexte que son choix n’est pas considéré comme étant “consentie”, libre de toutes contraintes ? Bien sûr que non. La solution serait de travailler à mettre en place des politiques publiques contre les discriminations racistes à l’embauche. La solution serait d’élargir la palette de ses choix.

Ainsi, en quoi cela fait du sens de mettre des barrières aux femmes dans l’industrie du sexe parce que le choix qu’elles prennent n’est pas en accord avec ce que nous avons défini comme “convenable” ? En quoi cela fait du sens de les désigner comme cibles en mettant en danger leurs santé, leurs droits et leurs sécurité ?

Des impacts concrets sur les droits des femmes dans l’industrie du sexe

L’incapacité à considérer la vente de services sexuels comme étant une activité consentie nous rend inefficace pour lutter réellement contre l’exploitation sexuelle et la traite humaine. Il nous rend aussi complices des violences que subissent les femmes dans l’industrie du sexe.

À les juger sur leur activité, elles sont perçues comme des personnes binaires qui consentent à tout (“consentement présumé”) ou qui ne peuvent pas consentir (“consentement invalidé”).

Cela à des impacts concrets dans la vie de ces femmes: par exemple, comment porter plainte à la police si celle-ci considère que votre consentement à vendre des services sexuels équivaut aussi à consentir à toutes violences dont vous seriez victimes ?

Nous avons une obligation collective d’avoir une meilleure compréhension de ces enjeux.

Au moment de cette période calendaire où les droits des femmes dans l’industrie du sexe sont particulièrement mis en cause, nous restons solidaires de ces femmes. Leurs droits, leurs sécurité, leurs santé sont gravement mis en danger par notre incapacité à reconnaître leur capacité d’agir et de fait leur pleine humanité.

La volonté de prévenir et de détecter l’exploitation sexuelle est une bonne chose. La FFQ n’a jamais insinué le contraire mais encore faut-il le faire de la bonne manière.

Pour cela, dans un document d’une dizaine de pages, la Fédération des femmes du Québec vous donne les outils pour alimenter votre réflexion sur les différences entre consentement, exploitation sexuelle et traite humaine. Nous expliquons aussi en quoi notre incapacité à bien discerner chacune de ces situations a des impacts concrets sur les femmes dans l’industrie du sexe tout en étant inactifs dans une lutte effective contre la traite humaine et l’exploitation sexuelle :

http://bit.ly/2EUJuwI

En cliquant sur l'image, vous accédez à notre formulaire de dons

Travailleuses domestiques exploitées

Sur l'image sont prises en photo des survivantes de la catastrophe du Rana Plaza

Lettre ouverte de la Coordination québécoise de la Marche Mondiale des femmes du Québec (CQMMF) à l’occasion de la journée des 24 heures d’actions féministes en commémoration du tragique événement du Rana Plaza au cours duquel 1127 travailleuses et travailleurs de l’industrie textile ont trouvé la mort.

Le 24 avril est la journée des 24 heures d’actions féministes. Cette journée constitue un appel international de la Marche mondiale des femmes. Aux quatre coins du globe, des dizaines de pays se mobilisent le 24 avril, et ce, depuis le tragique événement du Rana Plaza (2013) où 1 127 travailleuses et travailleurs de l’industrie du textile ont trouvé la mort et plus de 2 500 personnes ont été blessées. L’effondrement de ce lieu de travail est notamment dû à l’exploitation de multinationales exposant ainsi les travailleuses à des conditions inacceptables. C’est ainsi que cette journée est encore soulignée pour dénoncer les effets de la mondialisation capitaliste et patriarcale sur les femmes du monde entier.

Cette année, la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes a choisi de faire la lumière sur les enjeux vécus par les femmes sur le marché du travail. Dans le monde, l’Organisation internationale du Travail (OIT) estime qu’il y a entre 67 et 100 millions de travailleuses domestiques, dont 15,5 millions d’enfants et une très grande majorité de filles et de femmes. Plus précisément, la situation des quelques 150 000 travailleuses domestiques au Canada, dont 25 000 au Québec, nous interpellent particulièrement.

Les travailleuses domestiques sont en très forte majorité des femmes racisées migrantes, plus précisément 80% d’entre elles le sont, dont une forte représentation en provenance des Philippines. Elles sont tenues de travailler 24 mois consécutifs à temps plein pour avoir la possibilité de demander la résidence permanente.

 Les travailleuses domestiques sont souvent considérées comme des « bonnes à tout faire ». Leurs tâches sont multiples : faire le ménage du domicile de l’employeur, cuisiner, faire la lessive et le repassage, s’occuper des enfants, des personnes aînées ou des malades, s’occuper du jardinage, de la piscine, s’occuper des animaux de compagnies.

 C’est ainsi qu’elles se retrouvent à travailler entre 50 et 70 heures par semaine, à un taux horaire d’environ 6$. Elles ne sont pas couvertes par la CNESST et ne possèdent aucune journée en cas de maladie. Les heures supplémentaires ne sont pas payées. À ces conditions, s’ajoutent les menaces et les violences de l’employeur. Les travailleuses domestiques vivent constamment avec la crainte d’être renvoyées. Le travail domestique est pire chez les travailleuses qui vivent chez leur employeur, comparativement à celles ayant un domicile extérieur à la résidence de l’employeur.

En raison d’un manque d’accès à la justice, les travailleuses domestiques migrantes ne connaissent pas leurs droits. C’est pourquoi nous enjoignons le gouvernement du Canada à respecter son engagement pris en 2011 et signer la Convention internationale pour promouvoir les droits des travailleuses domestiques, la Convention no. 189. Nous demandons également au Québec d’harmoniser ses législations à la Recommandation 201 de l’OIT qui accompagne cette convention.

Le mouvement international auquel nous faisons partie tient à dénoncer publiquement la politique du « plus bas prix » permettant l’exploitation des travailleuses. Derrière la logique marchande capitaliste, il y a des femmes.

Revendications du 24 avril de la Marche Mondiale des Femmes

Nous resterons en Marche jusqu’à ce que nous soyons toutes libres!

24 Avril, Jour d’Action Mondiale et de Solidarité Féministe

Crédit photo: flickr.
Illustration de survivantes de l’effondrement du Rana Plaza en théâtre thérapeutique.

Femmes détenues à la prison Leclerc: Jusqu’à la semaine des quatre jeudis?

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Montréal, le 24 septembre 2018 – La Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes au Québec (CASIFQ) presse les candidat.es en campagne électorale de prendre des engagements fermes concernant l’urgence de mettre fin à la détention des femmes à l’établissement Leclerc à Laval.

Lucie Lemonde, porte-parole de la CASIFQ, rappelle que, lors du déménagement des détenues de la Maison Tanguay au centre de détention Leclerc, le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Martin Coiteux, avait déclaré que c’était une solution temporaire. Ce lieu hautement sécuritaire, qui avait été fermé par le gouvernement de Stephen Harper pour cause de vétusté, est totalement inapproprié pour une population féminine vulnérable et peu dangereuse. Grâce à la mobilisation sociale, des améliorations ont été apportées aux conditions de détention et les hommes encore détenus au Leclerc ont été transférés ailleurs. Il n’en reste pas moins que, deux ans et demi plus tard, la situation demeure insoutenable.

« Les femmes sont toujours détenues dans un environnement architectural trop sécuritaire et complètement inadapté à leurs besoins et dans un milieu de vie insensible aux enjeux sexospécifiques. Rappelons que les femmes enfermées au Leclerc sont, en majorité, condamnées pour des crimes liés à la survie et touchées par la pauvreté, la violence et les problèmes de santé », déclare Lucie Lemonde.

Depuis plusieurs mois, un comité mandaté par le ministre Coiteux s’est penché sur la situation au Leclerc et, plus largement, sur les enjeux liés à l’incarcération des femmes. « Les travaux de ce comité se sont déroules derrière des portes closes et nos demandes répétées pour avoir accès à son rapport déposé ce printemps ont toutes été refusées. Les femmes incarcérées et leurs proches n’ont toujours aucune idée de la solution de rechange à l’incarcération des femmes au Leclerc. Envisage-t-on de construire une nouvelle prison, de privilégier une nouvelle approche correctionnelle, de proposer une réduction du recours à l’incarcération comme sanction pour les femmes? » demande Madame Lemonde.

En terminant, la porte-parole de la CASIFQ invite les partis politiques à s’engager publiquement à réfléchir à d’autres options que l’incarcération des femmes. « L’approche pénale actuelle est responsable d’une surpopulation carcérale chronique et favorise le phénomène des portes tournantes. Il est impératif de travailler à la réduction du taux d’incarcération et à réfléchir à des alternatives à l’incarcération des femmes comme solution à un problème social »,  conclut-elle.

Membres de la Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes au Québec (CASIFQ)
  • Centre des femmes de Laval
  • Fédération des femmes du Québec
  • Ligue des droits et libertés
  • Stella, l’amie de Maimie

-30-

Pour informations :
Lysiane Roch, responsable des communications
Ligue des droits et libertés
514-715-7727

Il ne suffit pas de se dire féministe et environnementaliste — Un discours prononcé lors de la manif contre le G7

Ce qui suit est la version écrite du discours de Laurie Gagnon-Bouchard, co-responsable du Comité Féminisme, bien-vivre, écologie et économie,  prononcé le 9 juin lors de la manifestation contre le G7 à Québec. La vidéo du discours ce trouve ici.
 

Aujourd’hui, je prends la parole au nom de la Fédération des femmes du Québec pour dénoncer l’attitude masculiniste et colonialiste du gouvernement de Justin Trudeau ainsi que le mépris dont il fait preuve envers les femmes, les premiers peuples, les populations québécoise et  canadienne. Le 27 et 28 avril lors des rencontres Femmes en résistance face à l’extractivisme à Montréal et  W7 à Ottawa, des femmes du Canada et de partout dans le monde ont lancé un message clair  : Il ne suffit pas de se dire féministe et environnementaliste, il faut que nos gouvernements posent des actions concrètes pour que les violences contre toutes les femmes cessent!

Notre premier ministre Justin Trudeau se targue de pouvoir amener une vision féministe à la table du G7. Nous espérons comme lui, faire de la justice entre tous et toutes une priorité. Toutefois, il semble de plus en plus évident que cela est une simple parure visant à faire taire les femmes. Avec le climat actuel de tensions entre les membres du G7, encore une fois, les enjeux qui Nous tiennent à coeur seront relégués aux sujets de secondes zones. Monsieur Trudeau, le féminisme, ce n’est pas simplement une mode, ce sont des luttes, des luttes où des femmes mettent leurs vies en danger. Une véritable LUTTE contre les inégalités de genre appelle des transformations profondes, dans tous vos champs d’action.

Le gouvernement de Justin Trudeau s’est montré sous son vrai jour en promettant d’acheter l’oléoduc TransMountain. Ainsi, le gouvernement libéral balaie du revers de la main la volonté des populations autochtones, québécoises et canadiennes. Encourager l’industrie pétrolière, c’est par ailleurs cautionner un modèle économique typiquement « masculin » qui pousse les femmes aux marges de l’économie, ce qui a pour effet d’accentuer les violences domestiques, physiques et sexuelles.

Ce projet dévoile l’attitude antidémocratique de Justin Trudeau, ce qui nous rappelle justement qu’en ce moment le G7 se déroule entre les élites mondiales qui décideront de l’avenir de femmes partout dans le monde.  Elles, qui font toujours les frais des conflits politiques et armés, des politiques économiques coloniales, de l’austérité et de la culture du viol, qui a trouvé chez le leader voisin l’un de ses plus spectaculaires promoteurs. Ces gouvernements élitistes n’écoutent pas les femmes quand elles réclament que soient protégés leurs droits fondamentaux et les éléments de base pour leur santé, leur sécurité et leur vie.  Nous venons vous dire que vous n’avez pas fini de nous entendre. Vous devez écouter les femmes qui vivent les conséquences de vos décisions. Vous devez prendre en compte leurs multiples voix et les oppressions qu’elles connaissent mieux que vous.

Les femmes demandent que soient considérées avec sérieux les luttes contre la violence, contre la pauvreté, contre la destruction de tout ce qui nous permet, et permettra aux futures générations, de vivre dignement. Nous l’avons déclaré dans la Charte mondiale des femmes pour l’humanité et n’avons cessé de le réitérer : il est temps d’écouter ce que les populations hurlent. Nous n’en pouvons plus, de l’austérité. La planète n’en peut plus, de l’exploitation intensive de ses terres. Les habitants du monde n’en peuvent plus de ces politiques guerrières. Les femmes ne supportent plus que les décisions soient prises par des groupes d’hommes riches qui n’écoutent personne. Nous sommes venues vous dire, ÇA SUFFIT!! Nous demandons que l’humain soit prioritaire dans chacune des décisions internationales. De véritables politiques féministes, ça se fait avec Nous. Justin Trudeau nous vous refusons le titre de féministe que vous désirez tant!

7 revendications pour un G7 plus féministe et plus intersectionnel!

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: 1 Adopter une approche féministe intersectionnelle

[Ceci est une version abrégée du communiqué de presse qui se trouve ici. Le communiqué est le résultat d’une rencontre entre 60 féministes du Canada, des pays du G7 et de partout dans le monde. La présidente de la FFQ, Gabrielle Bouchard, était présente à cette rencontre.]

Nous sommes un regroupement de plus de 60 féministes du Canada, des pays du G7 et de partout dans le monde. Nous représentons des organismes et militantes féministes qui travaillent à une multitude d’enjeux transversaux pour répondre à la discrimination et aux inégalités fondées sur le sexe et sur d’autres facteurs interreliés. Nous sommes aux premières lignes de la résistance et du progrès concernant des enjeux qui vont du changement climatique à la violence fondée sur le sexe, en passant par les soins aux enfants et les politiques étrangères.

Nous nous sommes unies afin d’établir une vision féministe pour le G7 de 2018 et audelà.

Les décisions prises par le G7 ont des répercussions mondiales. L’apport d’une approche féministe au G7 a le potentiel de transformer le processus décisionnel (– et de changer la donne, entre gagnants et perdants). Les féministes sont largement absentes des espaces décisionnels du G7. Si le G7 veut réellement faire progresser l’égalité entre les sexes, il devra écouter les leaders féministes et adopter des approches féministes.

Nous exhortons les dirigeants du G7 à adopter une approche féministe visant à abolir les inégalités structurelles et systémiques et à transformer les systèmes de pouvoir et de privilège, dont plusieurs sont ancrés dans des constructions sociales du genre et des tentatives patriarcales de contrôler les corps et les choix des femmes. Une approche féministe significative contribue à mettre fin aux lois, aux politiques et aux programmes discriminatoires en assurant que tous ont la capacité d’agir, l’autonomie, le choix, l’habilitation et l’espace nécessaires pour s’impliquer à tous les paliers décisionnels. Selon nous, une approche féministe :

  • Intègre l’intersectionnalité
  • Se concentre sur la diversité des expériences vécues et des expertises, en particulier celles qui sont les plus touchées par les décisions, politiques et programmes du G7
  • Garantit des ressources aux mouvements et à l’organisation féministes
  • Établit un nouveau modèle économique
  • Repose sur l’imputabilité

NOUS INCITONS LES LEADERS DU G7 À PRENDRE LES MESURES SUIVANTES :

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: Adopter une approche féministe à la santé sexuelle et aux droits reproductifs."

Il faut:

  • Collecter des données désagrégées
  • Garantir un financement de base
  • Créer une structure gouvernementale fondée sur l’ACS+
  • Instaurer une base décisionnelle partagée

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: Mettre les femmes et les survivantes de conflits au centre des efforts pour bâtir un monde plus pacifique et sécuritaire."

Il faut:

  • [S’assurer que les droits humains et les droits des femmes sont respectés au niveau mondial]
  • [S’assurer que 50% des investissement du G7 aient des retombées positifs pour les femmes]
  • [S’assurer d’atteindre la parité dans tous les discussions et les événements du G7]

[La revendication écrite sur l'image est: "Développer un modèle économique qui facilite l'autonomisation et l'agentivation des femmes"

Il faut:

  • Niveler les inégalités
  • Assurer des emplois et des modes de subsistance décents
  • Investir dans la prestation universelle de protection sociale et de services publics

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: Lutter ensemble contre le changement climatique."

Il faut:

  • Renforcer et mettre en œuvre les engagements de l’Accord de Paris visant à limiter à 1,5 degré l’élévation de la température mondiale, et mobiliser 100 milliards $ pour financer l’action climatique d’ici 2020.
  • Transformer le système économique mondial en déplaçant son point de mire de la croissance vers la justice, notamment en prenant en compte les impacts sexospécifiques et sanitaires du changement climatique.
  • Investir de l’argent et des capacités dans des solutions de rechange proposées par les communautés, les chercheurs et chercheuses et les mouvements féministes. Ces solutions contribueront à protéger les forêts, les réserves d’eau douce et les océans, en plus de contribuer à développer une économie plus juste où les femmes, les personnes qui pratiquent l’agriculture et la pêche, de même que les peuples autochtones, ne feront pas que survivre mais s’épanouiront.

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: Adopter une approche féministe à la santé sexuelle et aux droits reproductifs."

Il faut:

  • Prendre des mesures pour répondre aux répercussions néfastes des systèmes et structures juridiques qui cherchent à limiter ou à criminaliser des aspects de la santé sexuelle et génésique ou de droits qui s’y rattachent
  • Accroître les ressources pour soutenir le travail de plaidoyer pour les droits humains et les droits sexuels et génésiques ainsi que la prestation de services féministes en matière de santé sexuelle et génésique
  • Favoriser la reddition de comptes au sujet de la prestation de services féministes en matière de santé et droits sexuels et génésiques

Le texte sur l'image dit "7 revendication du W7 pour le G7: Mettre fin à la violence envers les femmes"

Il faut:

  • Consacrer un pourcentage fixe du PIB des États du G7 à une réponse complète à la violence à l’égard des femmes, avec une croissance progressive au cours des quatre prochaines années.
  • Faire en sorte que le financement pour l’élaboration, la mise en œuvre et l’évaluation continue de tout Plan d’action national pour mettre fin à la violence à l’égard des femmes et des filles (EVAWG) soit proportionné à l’urgence et à l’ampleur de la pandémie.
  • Tenir compte des approches sensibles au genre, prônant l’autonomie corporelle et visant à « ne pas nuire »[…][lors de la prise de] position des États du G7 relative à l’aide étrangère, [du] commerce et aux investissements mondiaux ainsi [que] l’annulation de la dette
  • Les mouvements féministes de la base, qui incluent des femmes autochtones et des femmes marginalisées, doivent concentrer [quelques] priorités sur les programmes de lutte contre la violence à l’égard des femmes.

Sur l'image il est écrit "7 revendications du W7 pour le G7: Soutenir et développer les mouvements féministes."

Il faut:

  • Développer les mouvements féministes
  • Développer une plus grande cohérence dans les politiques, en accord avec un programme féministe à l’échelle de toutes les discussions du G7.
  • Fournir un financement audacieux, soutenu et important, pour l’organisation des femmes dans les pays du G7 et à l’échelle internationale.
  • Reconnaître qu’un leadership féministe nécessite de faire en sorte qu’une diversité de femmes représentant les mouvements féministes et redevables à ceux-ci accèdent aux tribunes de leadership.
  • Financer de robustes mécanismes de protection pour les personnes qui défendent les droits humains des femmes (PDDHF).

COMMUNIQUÉ DE PRESSE – Les enjeux de pauvreté spécifiques aux femmes sont-ils pris en compte dans le 3e plan de lutte à la pauvreté et l’exclusion sociale?

Montréal, le vendredi 15 décembre 2017 – La Fédération des femmes du Québec (FFQ) regrette que le gouvernement ne prenne pas en compte les enjeux spécifiques des femmes en situation de pauvreté dans son plan d’action pour l’inclusion économique et la participation sociale.

Ce plan devait être un troisième plan d’action contre la pauvreté et l’exclusion sociale. Le gouvernement fait ici comme avec la commission sur le racisme et la discrimination systémique, dont il a changé le nom en forum sur la valorisation de la diversité, qu’il a centré sur l’emploi. Mais ce n’est pas en enlevant des mots qu’on règle les problèmes : au contraire, on peut encore moins leur trouver des solutions.

Pauvreté et exclusion sociale

Le gouvernement prétend sortir 100 000 personnes de la pauvreté. Il serait plus juste de dire qu’il veut les amener à la mesure du panier de consommation (MPC), où on est encore pauvre bien qu’on puisse à peu près remplir ses besoins essentiels. Cela laisse encore 700 000 personnes dans une situation de pénurie grave, dont une majorité de femmes.

Le gouvernement mise sur l’emploi pour que ces personnes améliorent leur situation. Or le marché de l’emploi est compétitif et manifeste peu d’ouverture à l’égard des personnes qui ne répondent pas aux normes de présentation et aux standards de rapidité, disponibilité, expérience et autres. Dans ces conditions, la course à obstacles est pipée d’avance pour nombre de femmes, car tout est prétexte à exclusion : leur origine ethnique, leur apparence physique, leur orientation sexuelle ou leur identité de genre, leurs contraintes familiales, la non reconnaissance de leurs contributions sociales ou de leurs diplômes. Beaucoup ont connu plusieurs expériences de travail qui se sont soldées par des échecs : en effet, leur condition physique ou psychologique, bien que non reconnue comme contrainte sévère à l’emploi par l’aide sociale, est tout de même la raison pour laquelle les employeurs ne les gardent pas à leur service.

De plus, alors que le gouvernement fixe le montant de l’aide sociale à seulement 55 % de la MPC et donc à la moitié des besoins essentiels, il est reconnu que maintenir les personnes dans une précarité extrême nuit à leur santé physique et mentale. Il est par la suite, plus difficile d’intégrer le marché de l’emploi.

« Pour des femmes, cela veut souvent dire être contraintes de rester dans des situations de violence, d’abus, de travail non désiré : conjoint violent, logeur qui exige son tribut en faveurs sexuelles, activités sexuelles lucratives non souhaitées, employeurs harcelants », dénonce Gabrielle Bouchard, présidente de la FFQ. « Beaucoup de femmes sont dans une situation où elles ne peuvent pas faire valoir leurs droits : la barrière de langue, une situation irrégulière à l’immigration ou à l’état civil, de mauvaises expériences antérieures avec l’administration deviennent autant d’obstacles insurmontables. »

Des solutions collectives

Au lieu de remettre le fardeau de la pauvreté sur les individu·es, il faudrait s’engager dans des solutions collectives. Les mouvements citoyens en réclament plusieurs depuis longtemps.

La première mesure est sans doute la hausse du salaire minimum, puisque celui-ci ne permet pas de sortir de la pauvreté, même en travaillant à temps plein. Or les femmes occupent la majorité des emplois à temps partiel, à bas salaire et précaires. Et il faudrait cesser de permettre les salaires de misère des aides domestiques, notamment des aides domestiques venues avec le programme des aides familiales du Canada (PAF),  un programme qui, malgré les récents changements, met ces femmes sous la dépendance quasi-totale de leur employeur.

Une politique de conciliation famille-travail-études est nécessaire pour assurer un meilleur accès des femmes à des revenus d’emploi suffisants en assurant des conditions de travail facilitantes, dont certaines doivent être inscrites dans les normes minimales du travail. Le système public de services de garde doit être renforcé plutôt qu’affaibli; on se réjouit que les personnes à l’aides sociale y aient désormais un meilleur accès, une des rares bonnes nouvelles du plan gouvernemental.

D’autres aspects de l’aide sociale doivent être modifiés pour  répondre aux besoins et situations des femmes, ce qui est réclamé depuis longtemps : la non-comptabilisation complète des pensions alimentaires pour enfants dans le calcul du revenu aux fins de l’aide sociale et de l’aide financière aux étudiant·es, la modification de la notion de vie maritale qui maintient de nombreuses femmes dans une situation de dépendance économique, l’individualisation des prestations, le relèvement des avoirs pour l’admission à l’aide de dernier recours.

Finalement, on souhaiterait que le gouvernement pratique une véritable analyse différenciée selon les sexes (ADS), comme il en a l’obligation. « Il ne suffit pas d’enligner des tableaux statistiques pour dire qu’on fait de l’ADS », précise encore Mme Bouchard. « Il faut analyser les mesures proposées pour prévoir leur effet sur les femmes, ce qui n’est pas fait ici. Il faut aussi tenir compte que la population “ femmes ” n’est pas homogène et analyser les répercussions sur différentes situations vécues par les femmes, notamment au point de vue des handicaps, de l’origine ethnique ou des caractéristiques racialisées. »

La FFQ s’inquiète des orientations gouvernementales de ce plan. Elle ne peut cautionner le fait que la lutte à la pauvreté et l’exclusion sociale ne passe que par l’emploi. C’est un enjeu complexe qui appelle des solutions diversifiées. Les femmes continueront à réclamer qu’une garantie de revenu suffisante soit donnée à la population, en plus de services publics améliorés, d’un salaire minimum et de conditions de travail qui honorent les personnes au lieu de les déconsidérer et de les maintenir en situation de pauvreté.

– 30-

 Pour information : comite.bienvivre@ffq.qc.ca