Élections fédérales: où sont passés les enjeux féministes ?

Sur l'image est écrit en titre: "LES ENJEUX FÉMINISTES" - en dessous est écrit : "vu par les débats des chefs VS. vu par les expert.e.s de terrain"

Le dernier débat des chefs s’est clôturé hier soir. Encore une fois, nous n’avons que pu constater la superficialité avec laquelle les enjeux féministes étaient discutés quand ceux-ci n’étaient pas carrément ignorés de la discussion.

Pourtant, que ceux-ci soient membres ou non de la FFQ, des groupes syndicaux et communautaires ont formulé des revendications précises quant aux enjeux féministes…

Alors nous avons voulu mettre en image le fossé entre « l’expertise » politique et l’expertise des groupes de terrain lorsqu’il est question des enjeux féministes*:

*Pour avoir une vision plus complète des revendications féministes de ces groupes, rendez-vous sur le site du CDEACF. Un dossier très complet s’y trouve sur les enjeux féministes formulés par les groupes dans le cadre des élections fédérales: http://cdeacf.ca/dossier/elections-federales-2019

Les femmes autochtones: grandes oubliées du rapport de la Commission Viens

Crédit photo: Viviane Michel, Présidente de Femmes Autochtones du Québec (site des Femmes Autochtones du Québec)

Communiqué publié initialement sur le site des Femmes Autochtones du Québec

VAL D’OR, le lundi 30 septembre 2019 – Femmes Autochtones du Québec (FAQ) assiste aujourd’hui au dépôt du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès, communément appelée Commission Viens. Les recommandations du mémoire de FAQ à la Commission visaient à sécuriser les femmes autochtones, tant dans leur intégrité physique que psychologique, face au système de justice et dans leurs interactions avec les membres des différents corps policiers. Force est de constater que ces recommandations n’ont pas été retenues et que la sécurité des femmes autochtones n’a pas été considérée comme prioritaire par la Commission.

Rappelons que la Commission avait été mise sur pied suite aux dénonciations des abus policiers commis à l’endroit de femmes autochtones au Québec. FAQ souhaite souligner le courage des femmes de Val d’Or qui ont brisé le silence et dénoncé les abus policiers. Ces femmes ont payé cher leur prise de parole publique, ayant été personnellement ciblées par les membres des forces policières qu’elles dénonçaient au départ en plus d’avoir subi de l’intimidation, notamment par le port des brassards rouges par des policiers de la Sûreté du Québec partout sur le territoire québécois. Convaincue que leurs voix devaient être entendues, FAQ a soutenu ces femmes dans leur demande de justice et dans leur refus de s’incliner devant un système qui plutôt que de les protéger les agresse. Suite à la pression des dénonciations publiques et aux reportages télévisés, la Commission a vu le jour.

Constatant la discrimination systémique à l’égard des Autochtones au Québec, le mandat de la Commission avait alors été élargi afin d’inclure les problèmes de discrimination qui touchent tous les Autochtones qui font appel aux services publics de compétence provinciale. Conséquemment, les appels à l’action énoncés par le Commissaire Viens traitent amplement des failles des services publics provinciaux aux Autochtones. Nous saluons ce travail et espérons qu’enfin ces constats d’échec trouveront des remèdes appropriés et culturellement sécurisants. En revanche, il serait erroné de croire que la Commission a dûment rempli son mandat auprès des femmes autochtones.

FAQ avait demandé une enquête sur les services policiers. L’élargissement du mandat de la Commission a dévié le point focal que formaient les femmes autochtones abusées par les membres des corps policiers et négligées par le système de justice. FAQ travaille déjà au quotidien à sensibiliser ses membres, et donc par extension les communautés autochtones, aux problèmes liés aux agressions à caractère sexuel. La responsabilité de permettre un accès à la justice sécurisant et sécurisé aux femmes est imputable au système de justice et aux membres des corps policiers. Nous sommes donc de retour à la case départ : l’enquête n’a pas mené à des appels à l’action probants à l’égard des services policiers et du système de justice dans l’accueil des femmes autochtones et la Commission a omis l’analyse fondamentale nécessaire qui avait donné naissance à son existence même.

FAQ souhaite réitérer sa main tendue vers le système en place pour une collaboration : la mise en oeuvre des appels à l’action doit se faire avec les organismes de femmes autochtones. Nous interpellons la Protectrice du citoyen à cet égard et avons hâte de pouvoir partager notre expertise avec elle dans le travail de mise en oeuvre et de suivi des appels à l’action de la Commission.

Ce jour où le Québec a mis au placard ses droits fondamentaux

Hier soir, le parlement québécois a adopté la loi 21 sur l’interdiction des signes religieux avec 73 députés “pour” et 35 députés « contre » après une seule journée de débat. Les députés du parti québécois se sont joints aux députés de la coalition avenir Québec pour entériner la loi.

Alors même que la loi a été adoptée sous bâillon et alors même que notre charte des droits et libertés a été mis au placard pour procéder à l’adoption de cette loi, le gouvernement québécois continue d’assurer que cette loi est bonne pour la “paix sociale”.

La loi telle que votée hier ne contient aucune définition de ce qu’est un signe religieux. Interrogé plus tôt dans la semaine à quelques jours du scrutin, Simon Jolin-Barrette, ministre responsable du projet de loi, a finalement défini un signe religieux comme « tout objet, notamment un vêtement, un symbole, un bijou, une parure, un accessoire ou un couvre-chef » sera considéré comme étant un « signe religieux » s’il est porté « en lien avec une conviction ou une croyance religieuse », ou s’il est « raisonnablement considéré comme faisant référence à une appartenance religieuse ».

Avec une telle définition des plus vagues, nous imaginons très bien les dérives de l’applicabilité de l’interdiction des “signes religieux”. À la merci de la subjectivité des personnes chargées de statuer arbitrairement sur ce qu’est ou non un signe religieux, les populations minoritaires seront indéniablement celles visées par le projet de loi.  

Et pour cause, là où des campagnes législatives similaires ont été mises en place, les femmes issues des minorités étaient déjà la cible de dérives, quand bien-même les lois en question définissent avec plus de précision le “signe religieux”, notamment par la taille.

C’est un projet de loi boiteux qui a été adoptée au côté du projet de loi 9 jetant définitivement à la poubelle 18 000 dossiers de demandes d’immigration. En un seul week-end, le gouvernement actuel a donné son feu vert pour mettre en parenthèse la vie de 50 000 personnes directement concernées par les 18 000 dossiers de demandes d’immigration et suspendre les projets d’avenir de centaines de milliers d’autres, visé.e.s par la loi 21.

Moins de 40h de débats en commission ont été consacrées pour la loi 21, adoptée sous bâillon, tout en invoquant la clause dérogatoire à la charte des droits et libertés de la personne au Québec. C’est du jamais vu.

Aujourd’hui vous n’êtes peut-être pas de ceux ou celles qui sont directement touché.e.s par la loi 21. Sachez cependant qu’hier le Québec a fait la démonstration qu’il pouvait viser n’importe quel groupe minoritaire en mettant les droits fondamentaux au placard.

Mais aujourd’hui, nous avons une pensée particulière pour les femmes musulmanes. Elles seront les premières touchées par la loi 21.

Nous leur exprimons notre entière solidarité et nous réitérons que nous nous maintenons à leurs côtés.

En mai 2019 dernier, la FFQ avait voté avec ses membres une résolution pour participer aux efforts des groupes de défense des droits collectifs et des droits de la personne afin d’amener le gouvernement à retirer le discriminatoire projet de loi 21.

En vertu de cette résolution, nous étudierons les moyens d’action disponibles pour contester la loi 21.

Nous resterons debout-tes (!) auprès de vous tout.e.s.

En ce triste jour, nous mettons de nouveau à disposition la liste des témoignages que l’autrice Idil Issa avait collecté pour notre mémoire sur le PL21 en vue de notre passage en commission parlementaire :

Témoignages sur le projet de loi 21

Madina, Administration ​- Je suis voilée, ma famille et moi sommes touchées psychologiquement.

Anonyme, ​Enseignante au secondaire​ – Nous prévoyons, moi et ma famille, de changer de province.

Messaouda, ​Enseignante au primaire​ ​- Je représente un pilier financier important pour la famille. Je paie le loyer, les factures et l’école privée de ma fille.

Messaouda, ​Enseignante au primaire​ ​- C’est discriminatoire ce projet. La clause dérogatoire est injuste. Elle m’obligerait à stagner dans mon poste jusqu’à la retraite. Je dois oublier le rêve d’acheter une maison comme tous mes collègues vu que je ne peux pas changer de commission scolaire.

Messaouda, ​Enseignante au primaire​ ​- Depuis la charte de Marois des gens me disent de rentrer chez moi.

Lucie – enseignante – c’est un projet de loi discriminatoire envers beaucoup de gens. Je porte le voile et j’ai heureusement un poste permanent. Mais je pense à toutes les autres.

Messaadi, Enseignante​ – ​Je vis dans le stress, quotidiennement. Je ne pourrai pas changer de commission. Je ne pourrai pas postuler pour un autre poste.

Messaadi, Enseignante​ -​ Dès mon arrivée au Québec, je me suis très bien intégrée. J’a fait toutes les démarches nécessaires pour avoir mon permis d’enseigner. J’ai investi mon temps et mon argent! C’est inhumain, c’est discriminatoire de m’interdire d’enseigner parce que je porte un signe religieux.

Messaadi, Enseignante​ -​ Oui, le regard des gens a changé. Dans le métro, dans la rue ou à l’école, les gens me dévisagent. Je me sens visée, harcelée par les regards.

Manal, ​Étudiante au BEPEP/suppléante​ -​ Il faut continuer à avoir une ouverture aux autres et sur le monde. Il faut accepter et respecter la diversité de penser, d’être et d’agir des autres . Nous n’avons pas besoin d’être en accord sur tout pour coexister. Enfin, il faut favoriser le dialogue dans le respect.

Samia, Enseignante​ – Ce projet n’a pas sa place dans notre société.

Samia, Enseignante​ – J’ai été victime d’intimidation indirecte par des collègues disant qu’une enseignante portant un hijab est un mauvais exemple pour les jeunes filles puisque cela valoriserait un symbole de soumission de la femme selon eux. Aussi, ce n’est pas facile de rester positive lorsqu’un climat de haine règne. Je m’inquiète parfois pour ma sécurité en plus de m’inquiéter pour mon avenir.

Jaouadi​, Enseignante​ -​ ​Ça sera la précarité financière, car je contribue financièrement dans l’éducation de mes enfants. De plus, comment expliquer à un enfant que sa maman est discriminée dans la société parce qu’elle a fait des choix. Comment faire élever mon enfant dans une société qui m’a rejetée et qui par conséquent renie mes enfants? Comment expliquer à mon enfant que même en étant différent on a le droit de rêver, d’aspirer à la justice et l’égalité et au bonheur?

Jaouadi, Enseignante – Nul doute que ce PL est une brêche dans la société qui a permis aux mals intentionnés d’exprimer leur haine. Le regard froid de la vendeuse, le doigt d’honneur du conducteur, le mépris de ta collègue qui te dit de porter la tuque des Canadiens et j’en passe…

Anonyme, Enseignante​ – Pourquoi faire une loi pour brimer des personnes dans leurs droits fondamentaux alors qu’elles sont utiles dans notre société?

Anonyme, Enseignante​ – À chaque fois qu’on parle de ce projet, le moindre mal sont les regards hostiles, mais le pire, ce sont les injures et les agressions verbales et physiques dont mes ami-e-s et moi avons été victimes; je ne le souhaite a personne!

Fatima, Student Teacher ​– I will no longer be able to complete my stages with a hijab according to Bill 21. I will no longer be able to become a teacher in this province. I will no longer be able to even attend my university classes since I wear the face veil. I will also not be able to receive or give public services with my niqab. I already feel unsafe in the streets, and this feeling will only be heightened by Bill 21. I feel unwanted, and as a second class citizen because of Bills such as Bill 21. My freedom is on the line.

Fatima, Student Teacher​ – I need to think twice before going outside. People look at me differently because of the way I dress. This bill makes people’s reactions worst.

Nafeesa, Teacher​ – I will not be able to move and relocate. I will no longer be able to pursue my Masters in educational leadership to work at a public school board.

Nafeesa, Teacher​ – The way people dealt with me at times. Most important my mental health, feeling scrutinized and made to feel like the other – it weighs on me everyday when I go to work.

Aya, Teacher ​- I feel other-ed in a province I spent 29 years in. I feel like I am not welcome here unless I deny who I am and religious convictions. My experience as a teacher will definitely be worsened if this legislation is implemented.

Anne-Marie, Suppléante au primaire​ – Cette loi va m’empêcher de continuer de travailler comme suppléante au primaire. Pourtant, il y a actuellement un besoin criant de personnels en enseignement au primaire.

Témoignages sur le projet de loi 21 – p14-16 du mémoire de la FFQ sur le projet de loi 21.

Vasectomie : stoppons l’hypocrisie

Ce matin à 10h, la présidente de la FFQ a publié un post Facebook et Twitter concernant la vasectomie obligatoire à 18 ans.

Le post, composé exactement de 10 mots et publié sur les comptes personnels Facebook et Twitter de Gabrielle Bouchard, a été repris moins de 2h plus tard pour une chronique (très sérieuse) sur le Journal du Québec, suivi par une seconde chronique publiée dans la foulée, toujours sur le journal du Québec – s’en sont suivis une dizaine d’appels de la part de journalistes nous demandant de nous positionner sur cette question.

Titre de l’article publié sur le Journal de Québec

À toutes fins utiles, nous précisons (pour celles et ceux qui auraient encore un doute) que le post était en réponse aux récentes attaques contre le droit à l’avortement des femmes ici et ailleurs. Au risque d’étonner, la Fédération des femmes du Québec et ses membres n’ont en effet aucune intention de rendre la vasectomie obligatoire pour les hommes âgés de 18 ans.

Ce post a servi néanmoins à démontrer la volonté de monter en épingle des polémiques futiles dès lors que nous questionnons le droit des hommes à disposer de leurs corps. Dans le même temps, à longueur d’année, il est considéré acceptable de remettre en cause les droits des femmes à disposer de leur propre corps et de considérer cela comme des débats “raisonnables” (sans que cela ne génère autant de réactions publiques).

Des indignations à géométrie variable

Depuis quelques temps, les attaques aux droits des femmes à disposer de leur propre corps s’intensifient. Voici une liste (non exhaustive) de discussions autorisées concernant la remise en cause des droits des femmes à disposer de leur propre corps (le plus souvent en excluant de la discussion les premières concernées):

Sur la remise en cause du droit à l’avortement:  Aux États-Unis, le droit à l’avortement est aujourd’hui remis en cause par une dizaine d’états. Récemment, Maxime Bernier, député canadien du Parti populaire, s’est dit enclin à appuyer une loi anti-avortement. Il y deux semaines, le parti conservateur d’Andrew Sheer a refusé de soutenir une motion réaffirmant le soutien au droit des femmes de choisir d’avorter ou non.

Sur la remise en cause du droit des femmes à se vêtir comme elles le souhaitent: Présentement est discutée à l’Assemblée Nationale le projet de loi 21 qui, au prétexte d’une laïcité falsifiée, dictera à certaines femmes comment elles doivent s’habiller en leur interdisant de porter le foulard.

Sur la stérilisation forcée des femmes autochtones : en novembre 2018, @LP_lapresse avait publié un article révélant qu’en 2017, au Canada, des femmes étaient encore stérilisées de force. Steve E. Fortin, l’auteur de l’article du journal de Québec n’avait étrangement pas jugé utile de s’indigner à ce sujet. Pourtant cette fois, il s’agissait d’un article publié dans un organe de presse nationale, et s’appuyant sur des données tangibles.

Est-ce à dire que certains auraient le droit absolu de discuter du bien fondé des femmes à disposer de leur propre corps pendant qu’il serait strictement “tabou” d’en faire de même sur le droit des hommes à disposer de leurs propres corps ? C’est la question que nous nous posons au vue de la polémique ridicule soulevée ce matin.

Un engagement historique contre la stérilisation forcée

Par ailleurs, précisons que par le passé, Gabrielle Bouchard, en tant que coordinatrice au Centre de lutte contre l’oppression des genres, a lutté contre la stérilisation forcée des personnes trans. Elle a remporté la bataille de supprimer dans les critères d’accessibilité au changement de nom des personnes trans l’obligation de passer par une opération des organes génitaux, ce qui revenait à une stérilisation détournée des personnes trans.

Aussi, la FFQ, en décembre 2018 a participé auprès de nombreuses autres organisations de défense des droits à la signature d’une pétition contre la stérilisation forcée des femmes autochtones portée par Amnesty International Canada.

Au regard de la montée de ce climat conservateur, les enjeux féministes sont nombreux pour la Fédération des femmes du Québec.

Si Steve Fortin conclut son article en expliquant que “ce féminisme de combat, de provocation, est exaspérant”, nous assurons qu’en effet nous avons l’intention de continuer à “exaspérer” les systèmes de pouvoir patriarcal et raciste dans notre travail. Il y a largement de quoi faire. Ce post prouve en effet qu’il y a un double-standard sur ce qui est considéré comme “raisonnable” dans les discussions que nous menons sur le droit des personnes à disposer de leur corps selon que nous soyons un homme ou une femme.

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Le plan RADAR porte atteinte dangereusement à la sécurité des femmes dans l’industrie du sexe

Le mardi 28 mai, à quelques jours du Grand Prix de Montréal,  le SPVM a lancé l’opération «RADAR». Cette initiative appelée officiellement à lutter contre “l’exploitation sexuelle” rate sa cible. Elle promet seulement de créer des conditions de vie et de travail plus dangereuses pour les femmes dans l’industrie du sexe.

L’opération RADAR a pour objectif de former des agents du secteur du tourisme et des transports en des agents de surveillance de l’État chargés de dénoncer les femmes dans l’industrie du sexe à la police. L’initiative forme le personnel des secteurs de l’hôtellerie et du tourisme à la détection de plusieurs «indicateurs» des personnes supposées être exploitées.

Si les différences fondamentales entre “traite humaine”, “exploitation sexuelle” et “consentement” ne sont même pas pris en considération par les agents de police, nous doutons que les agents du secteur du tourisme et des transports aient une quelconque compétence pour reporter ce qui relèverait effectivement de l’exploitation sexuelle ou de la traite humaine.

Au lieu de cela, le plan RADAR institue une forme de profilage sur la base de “tenues vestimentaires” jugées convenables ou non par des employés du secteur du tourisme et des transports. Ce sont aussi les femmes les plus marginalisées, appartenant aux communautés migrantes, racisées et qui vivent la pauvreté qui seront visées. Inutile de relever ici l’aspect sexiste et raciste de cette mesure visant à déterminer selon “l’apparence” des personnes supposées être exploitées.

Cette opération, mise en place à quelques jours du lancement du Grand Prix de Montréal, promet juste de créer un climat de délation et de précariser dangereusement les conditions de travail des femmes dans l’industrie du sexe tout en restant parfaitement inefficace contre la traite humaine et l’exploitation sexuelle.

En reconnaissant l’agentivité des femmes dans l’industrie du sexe en octobre 2018 lors de notre assemblée générale extraordinaire, c’est exactement ce que nous souhaitions éviter. Nous devons sortir du schème de pensée renvoyant ces femmes à des personnes dont les droits peuvent-être sacrifiées.

Comprendre la notion de consentement

Nous devons nous engager dans la nuance pour comprendre la différence conceptuelle entre “consentement” et “non consentement”. Cela est essentiel pour trouver les bons outils pour une véritable lutte contre l’exploitation sexuelle et la traite humaine.

Aucune femme ne jouit d’une palette de choix illimitée. Chacune d’entre nous est amenée à faire des choix en fonction des barrières économiques, sexistes, racistes, capacitistes, homophobes, colonialistes – bref toutes barrières structurelles – que nous rencontrons. Par exemple, une femme noire peut faire le choix de garder un travail en deçà de ses qualifications et compétences pour éviter de retourner dans la case “chômage” en raison des discriminations racistes dont elle est la cible. Est-ce que cela ferait un quelconque sens de cibler ses droits sous prétexte que son choix n’est pas considéré comme étant “consentie”, libre de toutes contraintes ? Bien sûr que non. La solution serait de travailler à mettre en place des politiques publiques contre les discriminations racistes à l’embauche. La solution serait d’élargir la palette de ses choix.

Ainsi, en quoi cela fait du sens de mettre des barrières aux femmes dans l’industrie du sexe parce que le choix qu’elles prennent n’est pas en accord avec ce que nous avons défini comme “convenable” ? En quoi cela fait du sens de les désigner comme cibles en mettant en danger leurs santé, leurs droits et leurs sécurité ?

Des impacts concrets sur les droits des femmes dans l’industrie du sexe

L’incapacité à considérer la vente de services sexuels comme étant une activité consentie nous rend inefficace pour lutter réellement contre l’exploitation sexuelle et la traite humaine. Il nous rend aussi complices des violences que subissent les femmes dans l’industrie du sexe.

À les juger sur leur activité, elles sont perçues comme des personnes binaires qui consentent à tout (“consentement présumé”) ou qui ne peuvent pas consentir (“consentement invalidé”).

Cela à des impacts concrets dans la vie de ces femmes: par exemple, comment porter plainte à la police si celle-ci considère que votre consentement à vendre des services sexuels équivaut aussi à consentir à toutes violences dont vous seriez victimes ?

Nous avons une obligation collective d’avoir une meilleure compréhension de ces enjeux.

Au moment de cette période calendaire où les droits des femmes dans l’industrie du sexe sont particulièrement mis en cause, nous restons solidaires de ces femmes. Leurs droits, leurs sécurité, leurs santé sont gravement mis en danger par notre incapacité à reconnaître leur capacité d’agir et de fait leur pleine humanité.

La volonté de prévenir et de détecter l’exploitation sexuelle est une bonne chose. La FFQ n’a jamais insinué le contraire mais encore faut-il le faire de la bonne manière.

Pour cela, dans un document d’une dizaine de pages, la Fédération des femmes du Québec vous donne les outils pour alimenter votre réflexion sur les différences entre consentement, exploitation sexuelle et traite humaine. Nous expliquons aussi en quoi notre incapacité à bien discerner chacune de ces situations a des impacts concrets sur les femmes dans l’industrie du sexe tout en étant inactifs dans une lutte effective contre la traite humaine et l’exploitation sexuelle :

http://bit.ly/2EUJuwI

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Le projet de loi ne vise pas la laïcité mais les femmes musulmanes

Québec, le 16 mai 2019 – La Fédération des femmes du Québec a soulevé les impacts du projet de loi n°21 sur les droits des minorités, en particulier des femmes musulmanes, et sur sur les droits et libertés protégés par la charte, alors qu’elle présentait ses conclusions en commission parlementaire.

“Cela fait plus de 10 ans que la FFQ tient une conversation sur la question de la laïcité. De 2009 à 2019, nous avons pu trouver une sortie par le haut en prenant pour grille d’analyse simple le principe “nos corps, nos choix” et en écoutant les premières concernées” est venu expliquer la Présidente de la Fédération du Québec.

Si un des arguments phares du gouvernement Legault est que le débat dure depuis trop longtemps et qu’en conséquence il faut légiférer aujourd’hui, nous répondons que ce projet de loi sera loin de mettre fin à ces débats.

“Ce projet de loi crée un plafond de verre. J’ai l’intention de briser ce plafond de verre que vous êtes en train de construire. Dans 10 ans, dans 15 ans, dans 20 ans, j’ai l’intention de rester là pour prendre ma place dans la société québécoise” a déclaré Idil Issa, femme musulmane noire, au côté de Gabrielle Bouchard, Présidente de la FFQ.

La FFQ rejette également l’idée selon laquelle la religion serait automatiquement associée à l’oppression des femmes. Au Québec, il y a des féministes croyantes, tout comme il y a des athées réactionnaires. Pensons par exemple à ces féministes chrétiennes qui luttent pour le droit à l’avortement libre et gratuit et pensons à toutes ces féministes musulmanes qui, en tant que membre de la FFQ, se battent avec nous pour les droits de toutes les femmes.

La FFQ a rappelé dans ses conversations avec les députés que ce projet de loi ne vise pas la laïcité mais les femmes musulmanes.

La FFQ est prête à engager une discussion avec le Premier Ministre sur la laïcité, principe de séparation de la religion et des institutions et non pas un outil d’oppression des minorités.

Ce projet de loi, loin de nous rapprocher de l’égalité entre les hommes et les femmes ne fait que masquer, sous le couvert d’une fausse laïcité, le contrôle de nos corps et nos vies.

S’opposer au projet de loi 21 est dans la lignée du mouvement féministe québécois

Sur la photo est représentée une femme prise de dos portant un foulard et regardant un paysage

Ce jeudi 16 mai avant 12h, la FFQ sera auditionnée à l’Assemblée Nationale pour dire son opposition au projet de loi 21.

Si le projet de loi s’appuie sur le principe d’égalité hommes-femmes et si certaines presses diffusent l’idée qu’être féministe irait de pair avec un soutien au projet de loi 21, nous défendrons qu’à l’inverse être féministe dans la lignée de l’héritage du mouvement féministe québécois suppose une opposition au projet de loi.

Un des principes historiques du mouvement féministe est « nos corps, nos choix ». C’est à partir de ce principe que la Fédération des femmes du Québec prend position sur le projet de loi 21. Notre position est que les femmes doivent avoir le plein contrôle sur leur corps et que le projet de loi, loin de favoriser l’égalité homme-femme, n’est qu’une forme différente d’une oppression envers les femmes. Cela se traduit par leur infantilisation, le contrôle de leur corps et le non respect de leurs décisions. Cette infantilisation se traduit par ailleurs dans le processus législatif du projet de loi 21 par le fait que les premières concernées ne sont pas entendues.

En somme, ce projet de loi, loin de nous rapprocher de l’égalité entre les hommes et les femme ne fait que masquer, sous le couvert d’une fausse laïcité, le contrôle de nos corps et de nos vies. Le projet de loi, présenté par le gouvernement, est selon nous et bien d’autres groupes, un projet de loi sexiste. Bien que d’autres groupes, tels les hommes et femmes Sikhs ou Juifs, subiront aussi les impacts négatifs de cette loi, nous référerons, tout au long du mémoire de la FFQ,  à celles qui sont les premières concernées par ce projet de loi, celles qui en vivront les impacts au quotidien et celles qui, au cours de la dernière décennie, ont fait les frais de nos conversations sur la laïcité, soit les femmes musulmanes. Pour nous, forcer une femme à se dévêtir, c’est une coercition et un contrôle violent du corps des femmes.

Par notre prise de position, nous défendons l’héritage des mouvements féministes fondé sur le principe “nos corps, nos choix”. Notre mémoire, qui sera déposé demain à l’Assemblée Nationale reviendra (entre autres) dans le détails de cette affirmation.

La FFQ, représentant des centaines de membres individuelles et associatives n’est pas la seule organisation féministe du Québec à affirmer ce point de vue. Dans un communiqué de presse publié le 28 mars, le centre L’R des femmes, le plus grand regroupement féministe d’action communautaire au Québec a dit clairement son opposition au projet de loi. Citons aussi les organismes féministes représentants les premières concernées par ce projet : la Fondation Paroles de femmes et Femmes noires musulmanes au Québec pour ne citer qu’eux.

Témoignage de Sonya, mise en danger par la STM

Sur l'image est représentée la silhouette d'une femme en contre-jour

De la STM et de l’instrumentalisation de la cause des femmes

Le 21 août 2018, par un mardi pluvieux, je rentrais à Montréal après un long voyage aux chutes du Niagara que je découvrais pour la première fois. C’était d’ailleurs assez décevant comme « spectacle » mais le voyage avait valu pleinement sa peine grâce  aux nombreuses belles rencontres faites sur la route. Munie d’un gros sac, de quelques restes de nourriture dans les poches et de plein de moments déjà convertis en souvenirs, en tête, j’arrivais à Montréal en bus inter-régions, un peu somnolente et avec un retard de 30 minutes : juste ce qu’il fallait pour rater le dernier métro. Je suis donc allée prendre un bus de nuit, la 365.

Il était presque 2 heures du matin et, n’ayant plus de monnaie et voyant tous commerces à proximité fermés, j’ai demandé au conducteur si je pouvais monter sans payer. Il m’a affirmé que oui et deux stations après, des contrôleurs de la STM, à l’allure garde-corpienne, sont montés. Ils n’ont rien voulu entendre, n’ont pas pris la peine de vérifier avec le conducteur qu’il m’avait bien dit que je pouvais monter sans payer et m’ont fait descendre du bus pour me coller une amende de 222 dollars, au bout d’une vingtaine de minutes d’attente sous la pluie.

Deux hommes costauds m’ont fait descendre du bus à 2 heures du matin, sous la pluie, dans une station peu fréquentée, pour me laisser 20 minutes plus tard toute seule avec la nuit.

Juste avant de descendre sous leurs ordres -car il s’agissait bien d’ordres- j’avais vu pour la énième fois l’autocollant collé dans tous les bus montréalais, mentionnant qu’une femme seule a le droit de demander de descendre entre les stations, à partir de 19h30 l’hiver et de 21h00 l’été, dans le but, apparemment, de rendre les mobilités des femmes plus sûres.

Il était près de 2 heures du matin et j’étais seule avec mon gros sac, les beaux souvenirs évaporés, lorsque j’ai eu une contravention de 222 dollars dans une rue quasi-déserte, dans la compagnie de deux hommes qui ne m’inspiraient aucune confiance. Après leur départ, je me suis retrouvée seule dans une rue qui ne m’inspirait pas plus de confiance. Enfin, un petit peu quand-même.

Je pensais à l’autocollant. (voir la photo ci-dessous). Apparemment, j’aurais pu demander à descendre entre deux stations à 21h00, pour ma sécurité… Ironie ou foutage de gueule ?

Je m’appelle Sonya Ben Yahmed et je trouve la Société de Transport de Montréal (STM ) très hypocrite et indécente.

La cause des femmes ne devrait pas être instrumentalisée de la sorte, la cause des femmes n’est pas là pour que vous fassiez bonne figure!

Je m’appelle Sonya Ben Yahmed et je n’ai été ni sexuellement abusée, ni kidnappée, ni assassinée, ce soir-là, mais j’aurais pu l’être, surtout si mon nom avait plutôt été Maisy ou Azraya ou Rhonda et si je ne pratiquais pas l’auto-défense féministe qui m’aurait éventuellement aidée à m’en sortir en cas de besoin.

Communication de la STM pour proposer un service pour les femmes qui voyagent seules

Femmes détenues à la prison Leclerc: Jusqu’à la semaine des quatre jeudis?

Photo: Valérian Mazataud Le Devoir

Montréal, le 24 septembre 2018 – La Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes au Québec (CASIFQ) presse les candidat.es en campagne électorale de prendre des engagements fermes concernant l’urgence de mettre fin à la détention des femmes à l’établissement Leclerc à Laval.

Lucie Lemonde, porte-parole de la CASIFQ, rappelle que, lors du déménagement des détenues de la Maison Tanguay au centre de détention Leclerc, le ministre de la Sécurité publique de l’époque, Martin Coiteux, avait déclaré que c’était une solution temporaire. Ce lieu hautement sécuritaire, qui avait été fermé par le gouvernement de Stephen Harper pour cause de vétusté, est totalement inapproprié pour une population féminine vulnérable et peu dangereuse. Grâce à la mobilisation sociale, des améliorations ont été apportées aux conditions de détention et les hommes encore détenus au Leclerc ont été transférés ailleurs. Il n’en reste pas moins que, deux ans et demi plus tard, la situation demeure insoutenable.

« Les femmes sont toujours détenues dans un environnement architectural trop sécuritaire et complètement inadapté à leurs besoins et dans un milieu de vie insensible aux enjeux sexospécifiques. Rappelons que les femmes enfermées au Leclerc sont, en majorité, condamnées pour des crimes liés à la survie et touchées par la pauvreté, la violence et les problèmes de santé », déclare Lucie Lemonde.

Depuis plusieurs mois, un comité mandaté par le ministre Coiteux s’est penché sur la situation au Leclerc et, plus largement, sur les enjeux liés à l’incarcération des femmes. « Les travaux de ce comité se sont déroules derrière des portes closes et nos demandes répétées pour avoir accès à son rapport déposé ce printemps ont toutes été refusées. Les femmes incarcérées et leurs proches n’ont toujours aucune idée de la solution de rechange à l’incarcération des femmes au Leclerc. Envisage-t-on de construire une nouvelle prison, de privilégier une nouvelle approche correctionnelle, de proposer une réduction du recours à l’incarcération comme sanction pour les femmes? » demande Madame Lemonde.

En terminant, la porte-parole de la CASIFQ invite les partis politiques à s’engager publiquement à réfléchir à d’autres options que l’incarcération des femmes. « L’approche pénale actuelle est responsable d’une surpopulation carcérale chronique et favorise le phénomène des portes tournantes. Il est impératif de travailler à la réduction du taux d’incarcération et à réfléchir à des alternatives à l’incarcération des femmes comme solution à un problème social »,  conclut-elle.

Membres de la Coalition d’action et de surveillance sur l’incarcération des femmes au Québec (CASIFQ)
  • Centre des femmes de Laval
  • Fédération des femmes du Québec
  • Ligue des droits et libertés
  • Stella, l’amie de Maimie

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Pour informations :
Lysiane Roch, responsable des communications
Ligue des droits et libertés
514-715-7727

Un message pour la journée nationale des peuples autochtones

En cette Journée nationale des peuples autochtones, nous ne pouvons pas rester silencieuses, surtout après avoir lu les commentaires discriminatoires et racistes de Gaétan Barette,  ministre de la Santé et des Services sociaux du Québec, qui a renforcé le stéréotype que les personnes autochtones sont toujours en état d’intoxication.  De plus, face aux nouvelles des atrocités qui sont commises à la frontière entre les États-Unis et le Mexique, incluant la séparation des enfants de leurs parents, plusieurs Québécois-es et Canadien-ne-s semblent avoir oublié l’histoire du pays dans lequel iels vivent.

Il n’y a pas si longtemps l’État canadien soutenait et finançait les écoles résidentielles, qui sont responsables pour l’enlèvement et l’abus des enfants autochtones. Ces enfants étaient aussi arraché-e-s des bras de leurs parents, de leurs tantes, de leurs oncles, de leurs grands-parents. Puis cela ne relève pas du passé lointain — la dernière école résidentielle au Québec a fermé en 1996.

Encore en 2018, nous voyons des échos des écoles résidentielles. Comme la militante mohawk Ellen Gabriel l’a remarqué cette semaine, la pratique d’empêcher les parents d’enfants malades d’accompagner leur enfant lorsqu’il ou elle doit prendre l’avion-ambulance en est un de ces échos. De plus, on ne peut pas passer à côté du fait qu’il y a plus d’enfants autochtones dans le système de placement familial aujourd’hui qu’à n’importe laquelle autre période dans l’histoire canadienne.

La colonisation n’est pas terminée. Elle a évolué. La brutalité et la cruauté ne sont pas exclusivement des phénomènes américains. Il y en a au Canada et au Québec aussi. Tant que la colonisation, puis le manque de respect et d’empathie profond qui l’accompagne ne sont pas adressés, les femmes autochtones ne pourront vivre en sécurité.

 

Que pouvez-vous faire? Parlez de la colonisation. Reconnaissez que vous vivez sur un territoire autochtone non cédé. Donnez aux organisations qui aident les femmes autochtones telles que:

 

Puis ne faisons pas non plus semblant que le Canada traite les migrant-e-s et les réfugié-e-s de manière exemplaire. Les femmes sans statut n’ont pas accès au système de santé, ni au système de justice, ni au marché de travail régulé par des lois qui protègent les travailleuses et les travailleurs.

Pour lire le protocole de solidarité entre la Fédération des femmes du Québec et Femmes Autochtones du Québec, c’est par ici.