M. Legault, plus que des remerciements : cap vers une société égalitaire!

Une lettre d’opinion signée par la table de concertation féministe, le Groupe des 13*, dont la Fédération des femmes du Québec est membre

Publiée ici par Le Soleil, le 9 juin 2020, à la rubrique Opinions


Le gouvernement – représenté par une délégation de 14 hommes et quatre femmes – est à dessiner la relance économique. Bien qu’un certain retour à la normale soit souhaité, espérons que nous tirerons des leçons de cette crise.

Bien des belles promesses, d’éloquents remerciements et de beaux discours ont été prononcés par nos leaders et dirigeants. Des applaudissements même! Pourtant, si on mesure la valeur d’une société au traitement qu’elle réserve à ses plus démuniEs, reconnaissons d’emblée que la crise a mis en lumière les failles du système et les changements urgents qui s’imposent.

Intervenantes, professeures, infirmières, préposées, caissières, coiffeuses, mamans, proches aidantes, etc. – mais aussi principales victimes de la pandémie, surreprésentées à l’aide sociale, dans les emplois à temps partiel, en termes de statuts d’immigration précaires, etc. : le travail réalisé par les «anges gardiennes» est incommensurable. Et souvent invisible, autant que dévalorisé. S’il a été mis en lumière ces derniers mois, c’est généralement encore sans le nommer clairement. Par souci d’inclusion sûrement, on a donc surtout évoqué les «anges gardiens».

Il est maintenant temps d’en tirer d’importantes leçons pour passer à autre chose. Voici quelques propositions, loin d’être exhaustives.

Il est temps de considérer l’apport et le travail des femmes à la hauteur de ce qu’ils représentent. Il est temps de financer correctement les groupes communautaires pour que les femmes autochtones, immigrantes, monoparentales, handicapées, violentées, et toutes les autres, soient soutenues et trouvent leur place dans la société. Il est temps d’élever significativement le salaire minimum afin que travailler ne rime plus avec pauvreté. Il est temps d’élever les montants d’aide sociale et les petites retraites pour permettre de vivre dignement. Il est plus que temps pour l’équité salariale pour toutes les femmes. Il est temps de construire massivement du logement social, pour permettre de vivre, tout simplement. La liste pourrait s’allonger encore.

Monsieur Legault, vous avez reconnu que les femmes portent un lourd fardeau, durant la crise, mais toute l’année aussi. Il est donc essentiel qu’elles soient impliquées dans les discussions sur les choix de la société d’après. Évidemment, la ministre de la Condition féminine doit impérativement siéger au comité de relance. De plus, les femmes de la société civile – vos anges gardiennes – doivent également être présentes autour de la table.
Nous vous offrons notre soutien. Nous demandons à être consultées à titre de professionnelles – pour notre expertise.

Nous sommes le porte-voix pour l’ensemble des réalités diverses des femmes des 17 régions du Québec*. Nos organismes et les femmes que nous soutenons sont sur la ligne de front souvent 24/7 et toujours 365 jours par année. Nous lançons ici un cri du cœur au premier ministre pour ne pas faire de cette occasion unique un rendez-vous manqué. Il est grand temps de mettre le cap vers une réelle société égalitaire!

Vingt-cinq ans après la Marche du Pain et des Roses, les fées ont toujours soif et, pour l’instant, la fontaine ne coule plus. Nos organisations le crient depuis des années, et pas seulement en temps de pandémie. Les propositions ne manquent pas, encore faut-il avoir la volonté politique nécessaire.

* Le G13 est une table de concertation formée de groupes et regroupements représentant les femmes autochtones, en situation de handicap, immigrantes, violentées et de la diversité sexuelle, de l’employabilité au soutien aux familles monoparentales et recomposées; des tables de groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel; des centres de femmes à la santé globale, sexuelle et reproductive; de la défense des droits à la prestation de services, du milieu de vie à l’éducation populaire, etc. Nous représentons plusieurs centaines de groupes et des milliers de femmes au Québec, souvent parmi les plus vulnérables et marginalisées.


Organisations membres
Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale
Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine
Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle
Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail
DAWN Canada
Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec
Fédération des femmes du Québec
Fédération des maisons d’hébergement pour femmes
Fédération du Québec pour le planning des naissances
Femmes Autochtones du Québec
L’R des centres de femmes du Québec
Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale
Regroupement Naissances respectées
Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel
Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec
Réseau des lesbiennes du Québec – Femmes de la diversité sexuelle
Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec
Réseau québécois d’action pour la santé des femmes
Relais-Femmes
Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes

« Québec, who cares ? »

Le travail des femmes noires et racisées dans les métiers du soin a été salué. Mais avons-nous analysé leur réalité de façon systémique ? Lettre ouverte signée par deux administratrices de la FFQ, Marlihan Lopez et Laïty Fary Ndiaye, publiée le 12 mai 2020 sur Ricochet.

Contrairement à l’expression populaire, nous ne sommes pas toutes et tous dans le même bateau. S’il y a une chose que nous apprenons avec la crise sanitaire actuelle, c’est qu’il n’est plus possible de continuer à ignorer collectivement les inégalités systémiques.

La crise du COVID-19 a tout changé; nous sommes tou.te.s abasourdi.e.s par la mort et la maladie à un niveau jamais vu dans notre vie. C’est ce qu’affirme la juriste afro-américaine Kimberlé Crenshaw dans son podcast Intersectionality Matters. En effet, cette pandémie et la gestion qui en est faite ont accentué des violences structurelles que nos sociétés ont héritées de l’esclavage et du colonialisme.

Division sexuelle et raciale du travail

Rappelons quelques faits. Au Canada, les femmes blanches gagnent 67% du salaire des hommes blancs, alors que les femmes racisées font 59 % de ce salaire (Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée du Centre Canadien de politiques alternatives, 2019). Les femmes noires et racisées font ainsi face à un fossé salarial fondé sur le genre et la race, conséquence d’un marché du travail genré et racialisé.

Cette réalité est un phénomène global où les personnes noires et racisées constituent le cheap labor du régime capitaliste.

Or, pour expliquer cette réalité, plusieurs ont essayé de mettre des mots sur la surreprésentation des femmes noires et racisées dans les métiers du soin, plus précisément dans les CHSLD et autres services de soins. Des centres-conseils en emploi, qui ont une grande clientèle immigrante, soutiennent que le parcours des femmes immigrantes est influencé par différents facteurs, dont leurs statuts d’immigration les rôles sociaux traditionnels occupés par les femmes, etc.

Nous soutenons que cette situation doit être analysée de façon systémique. Les femmes noires et racisées, même lorsqu’elles sont nées au Québec, font face à des obstacles systémiques à l’accès à l’emploi qui sont également liés à diverses formes de discrimination, fondées sur le genre, la race, la classe sociale, la citoyenneté. C’est à cause de ces discriminations qu’elles se retrouvent surreprésentées dans des emplois « traditionnellement féminins », souvent dévalorisés, sous-payés et très précaires.

Pourtant, il est décevant de voir à quel point cette réalité est, à quelques exceptions près, invisibilisée dans les discours gouvernementaux et dans le traitement médiatique des effets de la Covid-19. Celles que certain.e.s appellent nos héroïnes aujourd’hui, car elles s’occupent de nos ainé.e.s, sont aussi les femmes haïtiennes qui étaient « indésirables » en traversant le chemin Roxham lors de la Crise des migrants en 2017.

L’image de la préposée aux bénéficiaires noire qui se valoriserait en prenant soin des autres est sans nul doute le prolongement de la figure de la fameuse nounou noire (Mammy).

Femmes noires, stéréotypes et travail du care

Dans le cas précis des femmes noires, la précarité des emplois et l’écart salarial vont de pair avec des stéréotypes racistes et sexistes véhiculés sur elles dans leur rapport au soin. Ces stéréotypes qui datent du temps de l’esclavage les essentialisent, que ce soit à propos de leurs aptitudes au travail ou par rapport au fait qu’elles soient Noires.

Rappelons le stéréotype de la Mammy ou nounou noire, encore très présent dans l’imaginaire collectif nord-américain qui servait à romantiser les relations entre esclave et maître. Ce stéréotype représente la femme noire comme étant une figure maternante, une travailleuse domestique loyale et dévouée qui peut tout tolérer et qui ne se fatigue jamais. L’image de la préposée aux bénéficiaires, noire, qui se valoriserait en prenant soin des autres est sans nul doute le prolongement de la figure (fantasmée?) de la fameuse nounou noire.

À cet égard, un centre-conseil en emploi a affirmé que, en faisant référence aux femmes préposées aux bénéficiaires,«culturellement elles se valorisent en prenant soin des autres ». Cet argument sert à déculpabiliser la société et le groupe dominant de sa responsabilité dans le maintien des structures de pouvoir qui perpétuent le racisme, la discrimination et le sexisme que vivent les femmes noires. Cela revient à dire, quelque part, « si elles font ces emplois précaires, c’est qu’elles aiment ça! « . Nous reconnaissons là le mécanisme qui fait porter aux victimes le fardeau de la violence qu’elles subissent. Faut-il rappeler que les communautés noires sont parmi les plus pauvres au Québec et au Canada, et que si les femmes noires occupent en grande partie les emplois dangereux et précaires de préposées aux bénéficiaires, c’est davantage par contraintes que par choix.

Les mots de l’écrivaine afro-américaine Zora Neale Hurston résonnent plus que jamais: « Si tu gardes le silence face à ta peine, ils te tueront et ils diront que tu as aimé ça. »

Nous avons collectivement la responsabilité de dénoncer les mécanismes discriminatoires qui confinent les femmes noires et racisées dans des emplois précaires. Résistons à toute lecture culturaliste qui ne remet nullement en question les inégalités structurelles. Il est nécessaire d’interroger les discours que nous choisissons de valoriser en étant attentifs à la division sexuelle et raciale du travail et à la façon dont elle affecte des travailleuses qui ne devraient pas avoir à prendre soin de nos aîné.e.s à n’importe quel prix.

Source : https://ricochet.media/fr/3106/quebec-covid19-racisme-coronavirus-caring

Covid-19 : Le droit à la santé est-il un privilège?

En ces temps de pandémie, la Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble une centaine d’organisations pancanadiennes, nationales, régionales et locales (la Fédération des femmes du Québec en est membre), s’inquiète pour ses groupes membres ainsi que les populations qu’ils desservent. Certaines de ces dernières, parmi les plus vulnérables et marginalisées de notre société, paient plus fort que les autres le prix de la crise sanitaire actuelle. Respecter les mesures de confinement et de distanciation sociale est un luxe et un privilège que tous·tes ne peuvent pas se permettre.

Les  travailleur·euse·s de première ligne qui œuvrent notamment en éducation et santé sexuelles dans le milieu communautaire, le font dans des conditions de plus en plus difficiles et dangereuses et le matériel de distribution (condoms, matériel d’injection stérile, produits désinfectants, etc.) ainsi que les ressources manquent. Ces employé·e·s font face à une augmentation de l’agressivité et de la détresse de la part des personnes usagères qui, elles, (sur)vivent dans des conditions d’autant plus précaires, n’ayant plus accès, ou de manière limitée, à des services et du matériel de base.

D’ailleurs, la tangente vers la répression policière prise par le gouvernement afin de faire observer les mesures de distanciation sociale et de confinement ainsi que l’esprit de délation que cela amène dans la population en général, ne fait qu’exacerber la problématique, car elle affecte démesurément ces personnes – dont plusieurs en situation d’itinérance – qui, dans bien des cas, ne peuvent tout simplement pas toutes les respecter. En leur donnant des amendes, règlera-t-on vraiment la situation?

La Commission des droits de la personne et des droits de la jeunesse (CDPDJ) s’est même récemment prononcée sur cette pratique qu’elle a qualifiée de discriminatoire. En ce sens, la Coalition pour l’éducation à la sexualité appuie la Coalition des organismes communautaires québécois de lutte contre le sida (COCQ-SIDA) dans son appel au gouvernement «pour une réponse solidaire et communautaire à la Covid-19». Ces personnes issues de diverses communautés marginalisées ont plutôt besoin de services (hébergement, nourriture, soins de santé, etc.) et cet enjeu, tout comme les conditions de vie et de travail des personnes en CHSLD et dans les résidences pour aîné·e·s, est loin d’être nouveau.

Dans la même veine, bien qu’il soit tout à fait légitime de limiter la circulation d’argent comptant, qui peut être un important vecteur de transmission du virus, le fait que des services ou commerces listés comme essentiels l’interdisent complètement impacte les personnes vivant de l’économie informelle ou se trouvant déjà dans une situation financière précaire, qui ne possèdent pas de cartes de crédit ou de débit et qui se retrouvent soudainement dans l’incapacité d’acheter le minimum essentiel pour vivre.

Ces enjeux, de même que la fermeture et la réduction de nombreux services communautaires et publics ainsi que la redirection de certains effectifs du système de santé afin de combattre la COVID-19 entraînent plus d’isolement, de détresse et de précarité chez diverses communautés, dont les droits, incluant celui à la santé (physique, mentale, sexuelle, etc.), ne sont pas toujours respectés. Par exemple, beaucoup de jeunes LGBTQ+ isolé·e·s de leur réseau d’attache vivent de la répression et de l’incompréhension de la part de leur famille, plusieurs personnes aînées ou en situation de handicap qui recevaient des soins à domicile n’en reçoivent plus et l’accès ralenti et plus difficile à des services en santé sexuelle et reproductive, notamment à la contraception et la pénurie de condoms à prévoir, entravent principalement les droits des filles, des femmes, des personnes trans et non binaires et des travailleuse·eur·s du sexe qui seront plus à risque de vivre une grossesse non désirée. Une hausse des cas d’ITSS, nommément du VIH, serait également à prévoir dans le cas d’une production insuffisante de préservatifs, principalement chez les populations plus à risque.

En terminant, les fonds publics d’urgence qui ont été débloqués pour le milieu communautaire sont essentiels pour que les organismes puissent adapter et continuer à offrir des services de manière sécuritaire aux populations les plus marginalisées, qui sont les plus affectées par la crise. La Coalition pour l’éducation à la sexualité craint cependant que ces mêmes populations ne fassent également les frais de l’après-crise, c’est-à-dire qu’elles soient visées par des coupures, notamment faites dans le milieu communautaire, afin de rétablir un certain équilibre budgétaire. Nous souhaitons que ces fonds soient plutôt maintenus, car ces enjeux ne sont pas nouveaux. Ils existaient avant la crise sanitaire, qui les a exacerbés, et continueront d’exister ou s’amplifieront après celle-ci, si le soutien financier diminue.

Références:

La Coalition pour l’éducation à la sexualité, qui rassemble aujourd’hui environ une centaine de groupes membres, a été formée à partir de la pétition «L’éducation à la sexualité, ça va pas s’faire par magie»: https://fqpn.qc.ca/educsex/

Source : http://www.fqpn.qc.ca/actualites/covid-19-le-droit-a-la-sante-est-il-un-privilege/

Contact presse :
Fédération du Québec pour le planning des naissances (FQPN) – Julie Robillard 514-915-3102

10 idées pour sortir les femmes de la crise

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. Ce qui veut dire que bien des solutions sont déjà connues !

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. La pandémie de COVID-19 ne fait que les accentuer. Des mesures ciblées, à court terme, peuvent faire une différence concrète dans la vie de plusieurs femmes. Toutefois, pour contrer les problèmes de fond ancrés dans des inégalités normalisées au fil des décennies, il est aussi impératif de mettre de l’avant des idées ambitieuses.  Il faut que la société d’après-crise réponde mieux à ses promesses entre les hommes et les femmes, et entre toutes les femmes.

Tout comme les problèmes, les pistes de solution les plus évidentes ne sont pas nouvelles non plus. Le mouvement féministe québécois, la FFQ et un grand nombre d’organismes en défense des droits portent ces combats et cherche à faire évoluer les politiques publiques depuis des décennies. Il semble toutefois qu’en ces temps troubles, l’importance revendications amenées par tant de personnes depuis si longtemps est peut-être plus saillante que jamais aux yeux du grand public. Il est plus que temps d’agir.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par la COVID-19 ?

  • Les femmes sont plus touchées par l’augmentation du chômage des dernières semaines, qui touchent particulièrement les emplois à temps partiel et les emplois dans le secteur des services tels l’hébergement et la restauration.
  • Les femmes sont plus nombreuses dans les emplois de première ligne du système de santé, où les risques de contamination sont les plus élevés. De manière globale, 80 % des emplois dans le domaine de la santé sont occupés par des femmes.
  • Ce sont aussi les femmes qui occupent les emplois où les interactions avec le public sont les plus importantes au sein des commerces essentiels. Ce sont les caissières, par exemple, dans les épiceries et les pharmacies. 
  • Il y a encore un écart de salaire moyen important entre les hommes et les femmes au Québec et au Canada, et la pauvreté est encore largement une réalité féminine. En situation de crise économique, les femmes sont donc surreprésentées parmi les populations les plus vulnérables. 
  • Toutes les problématiques ci-haut sont encore accentuées pour les femmes racisées. Elles sont encore plus surreprésentées que leurs pairs dans les emplois sous-payés des services essentiels et les emplois à statut précaire, particulièrement en ce qui a trait au soin des aînés en milieu hospitalier ou à domicile ; leur taux de chômage est plus élevé, et même en temps normal, et elles sont plus nombreuses à vivre sous le seuil de la pauvreté.
  • Les mesures de confinement amplifient par ailleurs les risques de violence envers les femmes et les enfants. Celles qui sont prises à la maison avec un conjoint violent ont aussi moins d’occasions de s’éloigner pour demander de l’aide, même si les ressources sont disponibles. 
  • Plusieurs communautés autochtones sont particulièrement vulnérables à la pandémie, notamment à cause de la pénurie de logements qui force tant de familles à vivre dans des espaces trop restreints où la distanciation sociale est impossible. Les risques de violence envers les femmes et les enfants autochtones occasionnés par les mesures de confinement sont donc donc plus importants dans ces milieux. 
  • Les femmes sont plus nombreuses à la tête des familles monoparentales. Par ailleurs, la charge des enfants et des tâches domestiques leur revient encore disproportionnellement au sein des familles. La fermeture des écoles a donc un impact démesuré sur les mères québécoises, leur santé mentale et physique. La pandémie affecte plus la capacité des femmes à concilier travail et famille.

Dans ce contexte, la Fédération des femmes du Québec souhaite donc (re)mettre de l’avant 10 idées pour sortir les femmes de la crise.

1 – Améliorer les conditions de travail des « anges gardiennes », de manière durable

Cela passe notamment par une augmentation substantielle des salaires et une amélioration drastique des conditions de travail. Nous sommes conscientes que cela requiert un grand chantier. Il devrait s’agir là d’une priorité nationale.

Si les inégalités de rémunération et de conditions de travail dans le système de santé québécois ont fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Or, elles ne sont pas nouvelles.

Traditionnellement, les médecins étaient des hommes et les infirmières des femmes. Si la valorisation des professions aussi inégales, les vieux relents du patriarcat sont en grande partie à blâmer.

Les femmes racisées occupent aussi les rôles de care et de travail dans nos sociétés depuis très longtemps. Encore aujourd’hui, elles sont très nombreuses parmi les préposées aux bénéficiaires et le personnel d’aide à domicile pour nos aînés — dans la grande région de Montréal, certes, mais pas seulement. Si ces rôles sont aussi mal rémunérés, c’est aussi à cause d’inégalités sociales profondes qui ne datent pas d’hier. Nos sociétés rémunèrent encore différemment le travail en fonction de qui, en bonne partie, occupe un rôle ou un autre. 

On voit bien aujourd’hui comment ces iniquités ne servent personne : ni les travailleuses ni les bénéficiaires. La sous-valorisation du travail traditionnellement féminin amplifie de facto la capacité du gouvernement à agir efficacement en période de crise de santé publique.

Remercier les « anges gardiennes » ne suffit pas. Il faut aussi cesser de les exploiter et revaloriser leur travail par des mesures concrètes.

2 – Instaurer un revenu minimum d’urgence

Trop de personnes sont encore inadmissibles aux mesures d’aide d’urgence annoncées par les gouvernements provincial et fédéral. Par exemple, certaines femmes qui étaient en congé de maternité ne sont pas admissibles à l’assurance-chômage. Plusieurs femmes actives dans l’industrie du sexe, femmes sans statut et femmes impliquées dans les économies informelles passent sous le radar des catégories gouvernementales. De manière générale, les femmes sont plus nombreuses à vivre de sources de revenus précaires, qui entrent mal dans les définitions classiques.

Toutes ont droit à un revenu décent, en tout temps. Un revenu minimum garanti imposable permettrait de mieux aider toutes celles qui en ont le besoin que les programmes à la pièce où il y a toujours des exclues.

3 – Augmenter le salaire minimum à 15$

On qualifie d’essentielles toutes celles qui maintiennent les services dans les pharmacies et les épiceries, qui maintiennent les lieux publics propres, qui offrent des soins aux aînés, qui tiennent le filet social dans les organismes communautaires. Pouvons-nous désormais les rémunérer justement ?

4 – Donner des suites sérieuses aux revendications des femmes autochtones

Cela fait des années que l’on nomme les solutions aux multiples problématiques qui fragilisent les communautés autochtones, et en particulier les femmes, les filles et les personnes bispirituelles. Les rapports de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, de la Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, et de la Commission de vérité et réconciliation existent. On ne devrait pas attendre une pandémie avant d’accélérer l’action politique. Mais il n’est pas trop tard pour s’y mettre.

5 – Mieux connaître l’impact différencié de la pandémie et des mesures d’urgence, pour mieux intervenir

L’élaboration et l’évaluation des politiques publiques doivent s’ancrer dans une connaissance des faits. Quel est l’impact des mesures d’urgence sur les hommes et les femmes ? Quelles communautés sont le plus affectées par la pandémie, et pourquoi ? Quelles interventions faut-il planifier en conséquence ?

Depuis longtemps, des chercheurs dénoncent le manque de données détaillées pour mieux comprendre l’état de la santé publique au Québec et au Canada. Pourtant, aucun centre d’expertise et de référence en matière de santé publique au Québec,  n’a encore diffusé d’information statistique ventilée selon l’appartenance ethnoculturelle, le sexe, le genre,  la classe sociale et; la situation d’handicap, en lien avec le virus. Il faut mieux connaître le portrait de la situation pour les femmes, et mieux comprendre quelles femmes sont les plus touchées par le virus ou encore oubliées par les mesures d’urgence.

L’analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle (ADS+) permettrait aussi de répondre à ce besoin crucial d’informations et donc de prendre des décisions plus éclairées pour le bien collectif.

6 – Sensibiliser la population à l’épidémie de violence genrée

L’an dernier, une femme ou une fille était tuée au Canada à chaque trois jours, en moyenne. Et bien sûr, les statistiques sur les meurtres ne constituent que la pointe de l’iceberg de la violence envers les femmes. Avec les mesures de confinement, le portrait macabre dressé par les chiffres est sûrement appelé à s’assombrir.

Par ailleurs, on sait que les personnes LGBTQIA2+ et les personnes en situation de handicap, par exemple, font partie des groupes les plus vulnérables à la violence familiale.

En cette période de crise, il est important de répondre aux besoins des maisons d’hébergement et des autres organismes qui viennent en aide à toutes les personnes qui vivent de la violence.

Il est aussi nécessaire d’opérer un changement de culture et de mettre fin à la normalisation de la violence genrée qui mène encore tant de médias à caractériser ces situations de « conflit familial » ou de « blessures amoureuses ». Les besoins en sensibilisation et en éducation populaire du grand public sont criants.

Il faut continuer de travailler à mieux soutenir les victimes tout en prenant les mesures nécessaires pour stopper la violence avant qu’elle n’affecte encore une autre génération.

7 – Respecter les droits humains des femmes incarcérées

Au 18 avril, plus de la moitié des détenues de l’Établissement Joliette, dans Lanaudière, ont été déclarées positives au coronavirus. Là-bas, des unités d’isolement sont utilisées pour tenir les détenues malades à part, une mesure punitive, inhumaine et inefficace pour contenir le virus. Au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSI), une quinzaine de personnes sont toujours détenues alors qu’un gardien y a été déclaré positif.

Il est urgent de se pencher sur la situation de toutes les personnes qui pourrait avoir accès à la libération conditionnelle sans que la sécurité publique en soit affectée. On parle notamment des demandeurs d’asile, des personnes dont la peine arrivait à terme sous peu, celles qui se qualifieront bientôt à la libération conditionnelle et celles qui ont été incarcérées pour des crimes non violents.

8 – Bonifier le financement à la mission des organismes communautaires

Les mesures d’austérité des dernières années les avaient déjà particulièrement fragilisés. Pourtant, on prend maintenant conscience plus que jamais de l’importance cruciale des services que ces organismes rendent à la population.

Il faut par ailleurs noter que la crise du sous-financement est encore plus aigüe au sein des organismes qui desservent les femmes racisées et les femmes autochtones, lesquelles sont particulièrement vulnérables en situation de crise pour les raisons déjà nommées.

Vraisemblablement, la pression sur ces organismes restera élevée bien après le déconfinement progressif de la société. Une solution durable passe par un retour à un niveau viable de financement à la mission de ces organismes

9 – Veiller sur la santé mentale et physique des femmes

La pression sur le système de santé, les limites imposées aux personnes accompagnatrices lors des examens de grossesse et les accouchements et la suspension des accouchements à domicile: tous ces facteurs peuvent augmenter les risques de violences obstétricales et gynécologiques (VOG) et compliquer la santé maternelle. Par ailleurs, la fermeture temporaire de certaines cliniques a compliqué l’accès à l’avortement dans plusieurs régions au Québec. Dans ces circonstances, il est important de travailler de concert avec les expertes et les organismes pertinents pour évaluer l’impact des mesures d’urgence sur la santé gynécologique et obstétricale.

Par ailleurs, dans une situation incertaine où le stress augmente, l’anxiété, la dépression et plusieurs autres enjeux de santé mentale peuvent aussi devenir un enjeu de santé publique encore plus critique. Les femmes qui doivent concilier le soin des enfants avec les exigences du travail, par exemple, sont à risque d’épuisement. Or, les services en santé mentale publics, gratuits et accessibles à toutes sont encore loin d’être une réalité. Le prix onéreux des psychothérapies aux privés est dénoncé depuis longtemps.

Il est important d’améliorer l’accessibilité de ces services, maintenant, et de manière pérenne.

10 – Offrir des services adéquats aux femmes en situation d’itinérance

Bien que la Ville de Montréal ait temporairement réquisitionné des espaces pour créer des centres d’hébergement pour les personnes itinérantes, il arrive souvent que ceux-ci soient pleins. Un très grand nombre d’organismes ont par ailleurs dû cesser de servir des repas aux personnes itinérantes. Les toilettes publiques des centres commerciaux et des restaurants ne sont plus accessibles. Les installations sanitaires manquent cruellement. La fermeture des banques complique l’accès à l’aide sociale. Et les rues étant désertes, les femmes ne peuvent plus compter sur les dons de la population.

Dans ces conditions, la situation des femmes en situation d’itinérance à Montréal s’est grandement précarisée dans les dernières semaines. Tout porte à croire que la réalité est aussi grave un peu partout au Québec.  Il est impératif d’améliorer le service à ces populations pour qu’elles passent à travers de la crise, au-delà des seules mesures de contrôle de la contagion. Ce n’est pas que le coronavirus, mais aussi les mesures de confinements elles-mêmes qui mettent grandement leurs vies en danger à l’heure actuelle.

Pour le bien des femmes, le retour à la « normale » n’est pas une option

Nous savons aussi que les problématiques susnommées touchent plus les femmes, certes, mais pas seulement les femmes. Nous savons aussi que les solutions mises de l’avant peuvent aussi améliorer les conditions de vie d’un grand nombre d’hommes. C’est normal: le combat féministe se fait toujours dans l’objectif de plus d’équité et de justice pour toutes les collectivités.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Nous souhaitons avancer. Et lorsque les femmes avancent, c’est toute la société qui s’en porte mieux. 

Pour visualiser le document remis vendredi le 24 avril à la Mme Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, c’est par ici !

Être féministes en temps de pandémie

Fédération des femmes du Québec - Égalité pour toutes, égalité entre toutes

Le Québec comme le monde qui nous entoure traverse à l’heure actuelle une période bien particulière. Et comme en toute période de crise, ce sont les personnes plus vulnérables qui sont les plus affectées. Plus particulièrement, cela veut dire les femmes.

D’une part, les femmes sont de loin les plus nombreuses dans les emplois de première ligne pour contrer la pandémie, où les conditions de travail imposées sont de plus en plus difficiles. D’autre part, les mesures de distanciation physique augmentent les risques de violence et d’iniquités envers les femmes et les enfants et exacerbent la précarité financière.

Devant la crise, l’importance des luttes féministes est particulièrement évidente. La Fédération des femmes du Québec est solidaire de toutes les femmes et nous tâcherons, dans les prochaines semaines, d’être particulièrement vigilantes face aux différents enjeux affectant les femmes en temps de pandémie.

Nous vous invitons à nous écrire pour nous faire part des situations sur lesquelles l’attention de notre mouvement féministe devrait se porter.

Nous partageons régulièrement les initiatives pertinentes sur nos réseaux sociaux. Lorsque cela concerne les femmes et la crise sanitaire, nous utilisons le mot-clic #FemmesCOVID19 :

  • Pour accéder aux publications publiques sur Facebook qui contiennent ce mot-clic, faites une recherche avec #FemmesCOVID19 ou consultez la page Facebook de la FFQ.

N’hésitez pas à nous suggérer des nouvelles féministes à partager, soit par Facebook, par Twitter ou par courriel!

Fleurette Osborne : ses funérailles ce mercredi 15 janvier

Chèr.e.s ami.es, 

Mi-décembre dernier, nous avons lancé une levée de fonds pour Fleurette Osborne à titre posthume. À la fin novembre, à l’âge de 92 ans, cette grande militante canadienne pour le droit des femmes noires est décédée à Hamilton en Ontario, d’où ses restes ont été transportés à Montréal pour y être enterrés. 

Seulement, le décès malheureux de son seul parent vivant, deux jours après son propre décès, avait entraîné des complications administratives qui ont gelé sa succession. 

La Fédération des femmes du Québec, en lien avec les proches de Fleurette Osborne et le salon funéraire Kane Fetterly avait alors lancé en urgence une levée de fonds pour recueillir 11 000$, montant prévu pour assurer la libération du corps de son corps et faciliter la réalisation de son dernier souhait d’être enterrée auprès de sa soeur à Montréal. 

Grâce à la générosité et solidarité de vous toutes et tous, nous avons atteint notre objectif et pu collecter les 11 000$ de fonds. Un chèque réceptionné hier a permis de clôturer la levée de fonds. Merci infiniment pour vos dons, vos relais et vos mots. Ce n’est qu’ensemble que nous avons pu atteindre cet objectif en si peu de temps.

Les funérailles de Fleurette Osborne auront donc lieu au Salon Funéraire Kane Fetterly, situé au 5301 boulevard Décarie mercredi prochain le 15 janvier. Pour lui rendre un dernier hommage, les personnes peuvent s’y rendre dès 10h et la cérémonie aura lieu à 11h. Les ami.es et collègues de Madame Osborne seront présent.e.s. 

Nous invitons toute personne à rendre un dernier hommage à cette grande dame et à montrer notre soutien à la communauté des femmes noires canadiennes. 

Pour en savoir plus sur le parcours de Fleurette Osborne, sa biographie, son combat, vous pouvez vous rendre sur ce chapitre d’un livre écrit à son sujet : 

http://bit.ly/36TMogq

Merci. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

image décorative

Nous retranscrivons ici en intégralité le discours de la vice-présidente de la FFQ, Marlihan Lopez, lors de la commémoration du 6 décembre à la Place du 6-décembre-1989 :

Une violence genrée et racialisée. Tantôt banalisée, tantôt fétichisée. Mariages forcées, violences basées sur l’honneur, pourquoi êtes-vous seulement intéressées à nous entendre quand la violence peut être utilisée comme prétexte pour stigmatiser toute une communauté ou pour faire pousser des projets colonialistes et impérialistes? Je ne prétends pas dire qu’il n’existe pas de violence misogyne à l’intérieur de nos communautés, ou qu’il faudrait le cacher. Non certainement pas, nous devons continuer à briser le silence. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Tantôt hypervisibles, Tantôt effacées.  L’obsession exclusive avec la violence dans le contexte de la sphère privée, la violence envers des femmes « opprimées » par leurs maris « barbares » sert souvent à excuser la violence publique, les actes haineux motivés par le racisme, l’islamophobie et la misogynie.  Mais prêtez-vous attention quand on vous parle des violences racistes, des violences étatiques, des violences systémiques qu’on subit aux quotidien? Quand on vous parle des barrières à l’accès aux ressources pour les femmes victimes de violence? Quand on vous parle de l’absence des services en violence sexuelle à Montréal Nord?

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Peut-on avoir notre #MoiAussi, #AgressionNonAnnoncée sans déclencher une haine raciste envers nos communautés ? Quand est-ce que les violences dont nous sommes victimes recevront la même indignation que reçoivent celles vécues par des femmes appartenant à des groupes dominants : blanches, hétéro, cis ? Où se trouve la colère et l’indignation collective quand nous dénonçons les violences publiques auxquelles nous sommes soumises à cause du racisme systémique? 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Serons-nous encore obligées à choisir entre la lutte contre l’oppression raciste et la lutte contre l’oppression sexiste, sachant qu’on vit ces discriminations simultanément. L’insécurité que l’on ressent dans un contexte d’hostilité qui ne cesse d’empirer envers les personnes racisées, immigrantes, musulmanes… On le ressent en tant que FEMMES et en tant que minorités raciales/ethno-culturelles.  Mais la violence raciste et patriarcale prétend nous obliger à compartimenter nos identités et notre oppression et vous êtes toutes et tous complices. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Cette année, dans le contexte des 12 jours contre les violences faites aux femmes et de la commémoration du 6 décembre, nous parlons beaucoup d’anti-féminisme, je dirai anti-féminismes en pluriel. Ça a été un moment pour réfléchir aux violences systémiques dont sont victimes les femmes.  La Ville a même reconnu la tuerie à la Polytechnique comme étant un attentant anti-féministe. Reconnaitrons-nous aussi cette vague de violence raciste et genrée, d’islamophobie comme des actes anti-féministes qui mérite également une mobilisation et une indignation collective? 

Nos corps ne seront plus un terrain de violence

La FFQ vous souhaite de joyeuses fêtes !

Sur l'image est écrit : "la ffq vous souhaite de joyeuses fêtes !"

À toutes nos membres, celles qui sont avec nous depuis le début, celles qui se sont jointes en cours de route et celles qui le feront dans la prochaine année; à nos allié.es d’ici et d’ailleurs, dans le grand mouvement féministe mondial, je vous souhaite 

Un bon temps des fêtes;

Parce que je n’assumerais pas que vous êtes chrétiennes ou même pratiquantes;

Un “bon” temps des fêtes parce que joyeux n’est pas toujours possible;

Du temps avec vos proches si c’est ce que vous désirez,

avec votre famille choisie si c’est ce que vous préférez;

Du temps pour vous si c’est ce que vous voulez, désirez, avez besoin;

La possibilité de naviguer les partys, rencontres, soupers et autres moments sans devoir faire face :

  • au harcèlement
  • aux commentaires sexistes
  • aux « jokes de mononcle »
  • aux commentaires sur votre corps
  • aux obligations de contacts physiques
  • aux pressions d’avoir des enfants, un chum, une blonde, un travail « légitime »
  • et parfois bien d’autres indérisabilités sociales;

De ne pas avoir peur de vous rendre à la cuisine sans être suivi;

De ne pas être celle qui doit tout organiser, préparer, cuisiner, ramasser, nettoyer à moins que ce soit voulu…vraiment voulu;

La possibilité d’être qui vous êtes, vraiment;

Que vos souvenirs de votre temps des fêtes 2019 soient positifs, remplis de moments joyeux, corrects, pas si pire, mieux que vous auriez pensé…de moments consentis, vraiment consentis;

Solidarité féministe et on se revoit en 2020 !

Signé par Gabrielle Bouchard, présidente de la Fédération des Femmes du Québec, l’équipe de travailleuses, les membres du conseil d’administration.

À la mémoire de Fleurette Osborne, nous lançons un appel urgent

(english version following)

Chèr.e.s ami.es, 

À la fin novembre, à l’âge de 92 ans, une grande militante pour le droit des femmes noires au Canada est décédée. 

Défenseure et militante de longue date des droits des femmes et des droits de la personne, Fleurette Osborne est décédée en novembre 2019 à Hamilton, en Ontario, d’où ses restes ont été transportés à Montréal pour y être enterrés.  Le décès malheureux de son seul parent vivant, deux jours après son propre décès, a entraîné des complications administratives qui ont gelé sa succession. La Fédération des femmes lance cet appel urgent pour recueillir rapidement 11 000 $ d’ici mercredi 18 décembre, le montant prévu pour assurer la libération de son corps et faciliter la réalisation de son dernier souhait d’être enterrée à côté de sa sœur.

Fleurette Osborne, première présidente nationale du Congrès des femmes noires du Canada, diplômée de l’Université Concordia et de McGill, membre du Comité national d’action sur le statut de la femme (CNA),  membre du comité canadien de coordination de la quatrième Conférence mondiale sur les femmes à Beijing en 1995, et impliquée à la Commission de la condition de la femme des Nations Unies avec des femmes racialisées du monde entre autres implications importantes. 

Nous encourageons les organisations et les individus à contribuer en temps opportun afin de s’assurer que les dernières volontés de Fleurette Osborne soient respectées.

Vous pouvez contribuer en nous envoyant un chèque à l’ordre de la Fiducie de la Fédération des femmes du Québec à l’adresse 469 rue Jean-Talon Ouest, bureau 319, Montréal, Québec H3N 1R4. Vous pouvez aussi directement vous déplacer nous voir pour déposer le chèque au bureau pendant nos heures de travail de 9h à 17h. Pour suivre la campagne en temps réel, veuillez s’il vous plaît nous envoyer un courriel à iarcoite@ffq.qc.ca avec le montant du chèque envoyé par la poste.

Merci !

Dear friends, 

In late November, at the age of 92, a prominent Black women’s rights activist in Canada passed away. 

A long-time defender and activist for women’s and human rights, Fleurette Osborne died in November 2019 in Hamilton, Ontario, from where her remains were transported to Montreal for burial.  The unfortunate death of her only living relative, two days after her own death, resulted in administrative complications that froze her estate. The Federation des femmes du Québec is launching this urgent appeal to quickly raise $11,000 by next Wednesday 18th of december, the amount planned to ensure the release of her body and facilitate the realization of her last wish to be buried next to her sister.

Fleurette Osborne, first National President of the Congress of Black Women of Canada, a graduate of Concordia University and McGill, a member of the National Action Committee on the Status of Women (NAC), a member of the Canadian Coordinating Committee for the Fourth World Conference on Women in Beijing in 1995, and involved with the United Nations Commission on the Status of Women with racialized women around the world among other important implications. 

We encourage organizations and individuals to contribute in a timely manner to ensure that Fleurette Osborne’s last wishes are respected.

You can contribute by sending us a cheque to the Fiducie de la Fédération des femmes du Québec at 469 rue Jean-Talon Ouest, bureau 319, Montréal, Québec H3N 1R4. You can also come directly to our office to give us the cheque during business hours from 9am to 5pm. Thank you!

Non, les femmes ne gagnent pas 85% du salaire des hommes

Lors des 12 jours d’actions contre les violences envers les femmes et lors de nos prises de position au quotidien, la FFQ n’a pas cessé de souligner qu’il était faux de mettre de l’avant que l’inégalité hommes-femmes sur le marché du travail se résumait à la statistique “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”. Nous n’avons cessé d’expliquer que cette statistique invisibilisait les femmes racisées et immigrantes et les mécanismes de discrimination genrés et racistes. 

Le rapport “Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée ” du Centre Canadien de politiques alternatives publié ce lundi 9 décembre vient confirmer notre analyse : Au Canada, les femmes racisées gagnent 59% du salaire d’un homme blanc quand une femme blanche gagne 67% des salaires d’un homme blanc.

Aussi, dans la majorité des statistiques et rapports, il est mis de l’avant que les femmes non-racisées gagnent 85% du salaire des hommes. Nous apprenons ici qu’elles ne gagnent en réalité que 67% du salaire des hommes blancs. Nous apprenons aussi que les femmes arabes sont les plus touchées par les discriminations structurelles dans l’emploi: elles ne gagnent que 50% du salaire des hommes blancs. 

C’est parce que l’étude ne se base pas sur la seule différence entre le taux horaire mais aussi sur toutes les autres contraintes que subissent les femmes (temps partiel, temps de chômage plus long), et encore plus les femmes racisées, que les chiffres diffèrent. 

C’est aussi parce qu’elle prend en compte que le marché du travail n’est pas seulement genré, mais aussi racisé. Ainsi, le rapport met de l’avant la nécessité d’une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations, comme ne le cesse de répéter la FFQ : 

Les recherches en politique publique adoptent de plus en plus une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations. Cette approche considère l’impact cumulatif et cumulé des différentes formes que prend la discrimination. Par exemple, la discrimination peut-être basé sur des combinaisons de genre, race, classe, sexualité, statut d’immigration, situation de handicap ou autre identités politiques et sociales

p7 du rapport Canada’s Colour Coded Income Inequality – traduction libre

Enfin, l’étude ne s’arrête pas à l’analyse des inégalités dans le marché du travail, elle explore aussi les inégalités des revenus sur le capital. Sans surprise, les femmes racisées sont au bas de l’échelle. 

La FFQ est régulièrement accusé de “diviser le mouvement féministe”.

Or, ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que lorsque nous analysons ce qui arrivent aux populations situées aux marges, nous pouvons comprendre les mécanismes de discriminations systémiques. 

Ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que nous faisons du tort dans l’avancement des droits de toutes les femmes lorsque nous prétendons que l’inégalité des salaires hommes-femmes s’arrête à la seule statistique que “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”.

Ici, nous nous rendons compte qu’en ne comparant la situation qu’entre plus prévilégié.e.s (hommes non-racisées travaillant à temps plein contre femmes non-racisées travaillant à temps plein), nous avons invisibilisé les mécanismes de discrimination qui nous permettaient de comprendre et donc d’agir.