Départ de la présidente et gouvernance

La présidente de la Fédération des femmes du Québec, Gabrielle Bouchard, a décidé de mettre un terme à son mandat et a remis officiellement sa démission le 19 juin 2020.

Voici son message :


Chères membres de la FFQ. 

Après mûre réflexion, j’ai décidé de mettre un terme à mon mandat comme présidente de la FFQ. Je tiens à vous remercier pour ces quelques années et mois de militance et de changement de culture intenses et résolument féministes. Ensemble, nous avons fait avancer la cause des femmes au Québec et au Canada et je suis sûre que ce travail important, vous le continuerez pour encore longtemps. La FFQ est entre de bonnes mains avec des femmes fortes dans l’équipe et au Conseil d’Administration. 

Aux organismes et femmes alliées avec qui j’ai eu la chance de travailler de près ou de loin durant mes mandats, mille mercis. Malgré les temps difficiles que nous vivons, l’équipe en place saura continuer les collaborations que nous avons commencées. 

Notre monde est de plus en plus petit et je suis sûre que nous aurons la chance de retravailler ensemble dans le futur.

Féministement,

Gabrielle Bouchard


La présidence de Mme Bouchard a été marquée par des prises de position courageuses, ainsi que par un engouement marqué d’une nouvelle génération de féministes. Durant les dernières années, la FFQ a en effet élargi et ses rangs et accueilli un nombre record de nouvelles membres individuelles de tous les horizons. Bien avant son élection à la présidence de la Fédération en novembre 2017, Gabrielle était déjà reconnue pour sa défense des droits humains. Avec sa visibilité grandissante, elle est devenue un symbole de ralliement fort pour les groupes historiquement sous-représentés dans les plus grandes institutions du mouvement féministe québécois. Pour toutes ces raisons, le conseil d’administration tient à remercier profondément Mme Bouchard pour son implication au sein de la FFQ, et pour avoir fait cheminer notre mouvement dans l’incarnation réelles de ses valeurs d’égalité, de justice sociale et de solidarité entre toutes les femmes.

Suite des choses

Pour le moment, les prises de parole médiatiques et ainsi que les représentations publiques dont s’occupent normalement la présidente sont assumées par la vice-présidente, les administratrices ainsi que certaines travailleuses de la FFQ. Nous tenons à rassurer les membres : les activités de la Fédération sont entre bonnes mains, et nous continuons d’être actives, en particulier dans ce contexte difficile de crise internationale.

Le Canada doit protéger les droits des travailleuses du sexe pendant la COVID-19 en garantissant l’accès à un soutien financier d’urgence

Cette lettre a été signée par plusieurs organisations, dont la Fédération des femmes du Québec

Le 22 mai, plus de 20 organisations de défense des droits des femmes et de l’égalité au Canada ont écrit une lettre conjointe au gouvernement fédéral, appelant à un soutien financier d’urgence à faible barrière pour les travailleuses du sexe, qui jusqu’à présent ont été exclues de la riposte à la pandémie au Canada. En réponse, plutôt que d’aller de l’avant avec un mécanisme pour fournir un soutien financier aux travailleuses du sexe, le gouvernement a répondu lors d’une réunion ultérieure avec des défenseurs en suggérant que les organisations locales travaillant avec les travailleuses du sexe appliquent au Fonds de soutien communautaire d’urgence de 350 millions de dollars annoncé en mai par le ministre de Familles, enfants et développement social Ahmed Hussen. La plupart des groupes de défense des droits des travailleuses du sexe et d’autres organisations de base au service des communautés marginalisées ne répondent pas aux critères énoncés pour demander de tels fonds car ils ne sont souvent pas des organisations à but non lucratif ou caritatives enregistrées et sont constitués des individus marginalisés qui ont été exclus de la réponse à une pandémie. De plus, le Fonds ne couvre pas les remplacements de revenu.

Plus récemment, Centraide – l’une des trois organisations qui distribuent des subventions par le biais du Fonds – a mis à jour sa section FAQ pour souligner que «Ce financement est destiné aux services communautaires de première ligne pour l’aide liée à la COVID-19. Il ne peut être utilisé pour fournir un remplacement de revenu aux individus. Les organismes qui répondent à nos critères d’admissibilité et fournissent des services et un soutien aux personnes nécessitant une aide au revenu, comme les sans-papiers ou les travailleurs du sexe, peuvent assurément demander un financement pour servir ces communautés en menant des activités admissibles liées à la sécurité alimentaire, au soutien en santé mentale, etc. »

Bien que la sécurité alimentaire sous forme de cartes d’épicerie soit importante, les travailleuses du sexe ont besoin d’un soutien financier pour couvrir d’autres besoins tels que le loyer et les médicaments.

Trois mois après le début de la riposte à la pandémie, le Canada continue de faire échouer les membres de sa communauté les plus marginalisés en négligeant de faire respecter les droits des travailleuses du sexe. Sans fin de la pandémie en vue, le gouvernement doit agir de toute urgence pour fournir aux travailleuses du sexe des soutiens financiers d’urgence accessibles et à faible barrière ou des équivalents de trésorerie via les organismes communautaires qui les servent.

L’ONUSIDA a appelé « tous les pays à prendre des mesures critiques immédiates, fondées sur les principes des droits de l’homme, pour protéger la santé et les droits des travailleuses du sexe », notamment en garantissant « L’accès aux programmes nationaux de protection sociale pour les professionnel(le)s du sexe, y compris aux plans d’aide liés à la perte de revenus. »

Le manque d’action du gouvernement du Canada sur cette question est honteux.


Lettre conjointe au gouvernement:

22 mai 2020

Ministre Maryam Monsef
Ministre des femmes, de l’égalité des sexes et du développement économique rural
22 rue Eddy
Gatineau, QC J8X 2V6

OBJET: Un revenu de soutien d’urgence pour les travailleuses du sexe est nécessaire de toute urgence

Chère ministre Monsef,

Merci de votre engagement indéfectible en faveur des droits des femmes et de l’égalité des sexes, y compris votre action rapide pour mobiliser des fonds pour faire face aux impacts spécifiques au genre durant la pandémie. Nous vous écrivons pour insister sur le fait que – conformément à votre mandat de veiller à ce que l’ACS + soit menée dans toutes les décisions du gouvernement – vous vous assurez que les travailleuses du sexe, les autres femmes et les personnes avec d’autres identités de genre travaillant dans des économies informelles et des contextes criminalisés ne sont pas exclus de la réponse à la COVID-19.

Les travailleuses du sexe sont l’un des groupes les plus marginalisés au Canada. Depuis le début de la pandémie, de nombreuses travailleuses du sexe ont cessé le travail du sexe par contact direct pour se conformer aux directives relatives à l’éloignement social. D’autres sont sans travail avec la fermeture des clubs de danse érotique et des salons de massage. Certaines travailleuses du sexe – y compris les plus marginalisées – ne sont pas en mesure d’arrêter de travailler et font face à un risque accru de surveillance. La plupart des travailleuses du sexe ont brusquement perdu tous leurs revenus, mais en raison de la nature précaire et criminalisée de leur travail, de nombreuses travailleuses du sexe ne sont pas éligibles au PCU ou à d’autres aides d’urgence au revenu.

À l’échelle internationale, l’ONUSIDA a publié une déclaration à la presse le 8 avril 2020, soulignant la préoccupation que «la pandémie de COVID-19 place les travailleuses du sexe du monde entier face à des épreuves, à une perte totale de revenus, ainsi qu’à une hausse de la discrimination et du harcèlement». La déclaration a noté que «lorsque ces personnes sont exclues des ripostes à la COVID-19 pour ce qui est de la protection sociale, elles se retrouvent confrontées au choix difficile de mettre leur sécurité, leur santé et leur vie en danger juste pour survivre». L’ONUSIDA «invite les pays à prendre des actions essentielles et immédiates dans le respect des droits humains afin de protéger la santé et les droits des travailleuses du sexe», notamment en garantissant «L’accès aux programmes nationaux de protection sociale pour les travailleuses du sexe, y compris aux plans d’aide liés à la perte de revenus».

Face à cette situation, de nombreuses organisations de travailleuses du sexe à travers le Canada ont organisé des collectes de fonds communautaires, accordant dans la plupart des cas des allocations de $100 aux travailleuses du sexe. Mais $100 n’est pas suffisant pour que les travailleuses du sexe puissent couvrir les frais de logement, de nourriture et d’autres éléments essentiels pour leurs familles.

Les travailleuses du sexe sont stigmatisées et ciblées par le public, les forces de l’ordre et le gouvernement, et de nombreuses travailleuses craignent légitimement la discrimination et évitent tout contact avec le gouvernement et les services sociaux. Les travailleuses plus marginalisées peuvent ne pas avoir de compte bancaire. La criminalisation du travail du sexe est un obstacle direct pour les travailleuses du sexe qui ne peuvent pas et ne veulent pas risquer d’interagir avec les agences gouvernementales. Cela signifie que tous les efforts du gouvernement pour inclure ces communautés marginalisées dans le soutien du revenu d’urgence doivent s’appuyer sur des organisations de la société civile ayant de solides liens communautaires qui sont les mieux placées pour recevoir des fonds et les acheminer directement vers les personnes qui en ont besoin, et peuvent assurer l’anonymat et la sécurité.

Le Premier ministre a déclaré: « Pour nous protéger, il faut d’abord nous protéger les uns les autres. » Afin de se protéger mutuellement et de faire en sorte que les droits humains soient au cœur de la réponse du Canada en cas de pandémie, la réponse du gouvernement fédéral en cas de pandémie doit reconnaître les vulnérabilités de certaines communautés et être non discriminatoire. Le Canada doit garantir l’égalité d’accès au soutien du revenu pour les travailleuses du sexe.

Madame la Ministre Monsef, nous vous demandons de prendre des mesures pour vous conformer aux recommandations urgentes de l’ONUSIDA. Comme premières étapes immédiates qui devraient inclure:

  1. d’allouer d’urgence des fonds aux organisations de la société civile travaillant directement avec les travailleuses du sexe, avec des mécanismes d’octroi flexibles permettant aux organisations de transmettre des fonds à l’aide de cartes de débit prépayées et d’autres méthodes à faible barrière aux communautés qu’elles servent; et
  2. de rencontrer des organisations de défense des droits des travailleuses du sexe pour discuter de leurs préoccupations et élaborer conjointement des stratégies de réponse.

Nous nous félicitons vivement de la rapidité avec laquelle votre ministère a transféré des fonds à Refuge pour femmes Canada, ce qui a permis à cette organisation d’affecter des fonds directement aux refuges pour femmes à travers le pays. Nous vous demandons de faire de même pour garantir que certaines des femmes les plus marginalisées et des personnes avec d’autres identités de genre aient le même accès aux soutiens au revenu d’urgence que les autres sans emploi à travers le Canada.

Nous espérons avoir de vos nouvelles bientôt. L’Alliance canadienne pour la réforme des lois sur le travail du sexe, une alliance de 26 groupes de défense des droits des travailleuses du sexe à travers le Canada – dont la majorité est dirigée par et pour des personnes qui vendent ou échangent des relations sexuelles – est disponible pour vous rencontrer virtuellement le plus tôt possible pour discuter plus en détail cette question. Pour plus d’informations et pour planifier une réunion, veuillez envoyer un courriel à Jenn Clamen, coordonnatrice nationale, à contact@sexworklawreform.com. Nous prévoyons de publier cette lettre ouverte le 30 mai et nous espérons pouvoir inclure d’ici là des informations actualisées sur la réponse du gouvernement à ces préoccupations.

Merci beaucoup pour votre attention concernant ce problème urgent des droits humains. Nous attendons avec impatience d’avoir de vos nouvelles de votre part et de vos fonctionnaires.

Cordialement,

Signée par:

  1. Action Canada for Sexual Health and Rights
  2. Amnesty International Canada (English)
  3. Amnistie internationale Canada francophone
  4. BC Civil Liberties Association
  5. Canadian Alliance for Sex Work Law Reform
  6. Canada Without Poverty
  7. Canadian Labour Congress
  8. Canadian Civil Liberties Association
  9. DisAbled Women’s Network of Canada
  10. Egale Canada
  11. Fédération des femmes du Québec
  12. International Women’s Rights Project
  13. Inter Pares
  14. Oxfam Canada
  15. National Association of Women and the Law
  16. Ontario Council of Agencies Serving Immigrants (OCASI)
  17. Social Planning Council of Winnipeg
  18. West Coast LEAF
  19. Women’s Legal Education & Action Fund (LEAF)
  20. Women’s Shelters Canada
  21. YWCA Canada

Appuyés par:

  1. Barbra Schlifer Commemorative Clinic
  2. Oxfam-Québec

CC: Ministre Chagger Bardish, ministre de la diversité et de l’inclusion; La ministre Karla Qualtrough, ministre de l’Emploi, du Développement de la main-d’œuvre et de l’inclusion des personnes handicapées; La ministre Patty Hajdu, ministre de la Santé; et le ministre David Lametti, ministre de la Justice


Télécharger la lettre en format PDF

Télécharger le modèle de lettre (en format Word) et la signer (organisations seulement, s’il-vous-plaît), puis l’envoyer d’ici le 22 juin 2020, à jhansen@amnesty.ca

10 idées pour sortir les femmes de la crise

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. Ce qui veut dire que bien des solutions sont déjà connues !

Les réalités sociales qui rendent les femmes plus vulnérables à la crise actuelle ne sont pas nouvelles. La pandémie de COVID-19 ne fait que les accentuer. Des mesures ciblées, à court terme, peuvent faire une différence concrète dans la vie de plusieurs femmes. Toutefois, pour contrer les problèmes de fond ancrés dans des inégalités normalisées au fil des décennies, il est aussi impératif de mettre de l’avant des idées ambitieuses.  Il faut que la société d’après-crise réponde mieux à ses promesses entre les hommes et les femmes, et entre toutes les femmes.

Tout comme les problèmes, les pistes de solution les plus évidentes ne sont pas nouvelles non plus. Le mouvement féministe québécois, la FFQ et un grand nombre d’organismes en défense des droits portent ces combats et cherche à faire évoluer les politiques publiques depuis des décennies. Il semble toutefois qu’en ces temps troubles, l’importance revendications amenées par tant de personnes depuis si longtemps est peut-être plus saillante que jamais aux yeux du grand public. Il est plus que temps d’agir.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Pourquoi les femmes sont-elles plus touchées par la COVID-19 ?

  • Les femmes sont plus touchées par l’augmentation du chômage des dernières semaines, qui touchent particulièrement les emplois à temps partiel et les emplois dans le secteur des services tels l’hébergement et la restauration.
  • Les femmes sont plus nombreuses dans les emplois de première ligne du système de santé, où les risques de contamination sont les plus élevés. De manière globale, 80 % des emplois dans le domaine de la santé sont occupés par des femmes.
  • Ce sont aussi les femmes qui occupent les emplois où les interactions avec le public sont les plus importantes au sein des commerces essentiels. Ce sont les caissières, par exemple, dans les épiceries et les pharmacies. 
  • Il y a encore un écart de salaire moyen important entre les hommes et les femmes au Québec et au Canada, et la pauvreté est encore largement une réalité féminine. En situation de crise économique, les femmes sont donc surreprésentées parmi les populations les plus vulnérables. 
  • Toutes les problématiques ci-haut sont encore accentuées pour les femmes racisées. Elles sont encore plus surreprésentées que leurs pairs dans les emplois sous-payés des services essentiels et les emplois à statut précaire, particulièrement en ce qui a trait au soin des aînés en milieu hospitalier ou à domicile ; leur taux de chômage est plus élevé, et même en temps normal, et elles sont plus nombreuses à vivre sous le seuil de la pauvreté.
  • Les mesures de confinement amplifient par ailleurs les risques de violence envers les femmes et les enfants. Celles qui sont prises à la maison avec un conjoint violent ont aussi moins d’occasions de s’éloigner pour demander de l’aide, même si les ressources sont disponibles. 
  • Plusieurs communautés autochtones sont particulièrement vulnérables à la pandémie, notamment à cause de la pénurie de logements qui force tant de familles à vivre dans des espaces trop restreints où la distanciation sociale est impossible. Les risques de violence envers les femmes et les enfants autochtones occasionnés par les mesures de confinement sont donc donc plus importants dans ces milieux. 
  • Les femmes sont plus nombreuses à la tête des familles monoparentales. Par ailleurs, la charge des enfants et des tâches domestiques leur revient encore disproportionnellement au sein des familles. La fermeture des écoles a donc un impact démesuré sur les mères québécoises, leur santé mentale et physique. La pandémie affecte plus la capacité des femmes à concilier travail et famille.

Dans ce contexte, la Fédération des femmes du Québec souhaite donc (re)mettre de l’avant 10 idées pour sortir les femmes de la crise.

1 – Améliorer les conditions de travail des « anges gardiennes », de manière durable

Cela passe notamment par une augmentation substantielle des salaires et une amélioration drastique des conditions de travail. Nous sommes conscientes que cela requiert un grand chantier. Il devrait s’agir là d’une priorité nationale.

Si les inégalités de rémunération et de conditions de travail dans le système de santé québécois ont fait couler beaucoup d’encre dans les dernières semaines. Or, elles ne sont pas nouvelles.

Traditionnellement, les médecins étaient des hommes et les infirmières des femmes. Si la valorisation des professions aussi inégales, les vieux relents du patriarcat sont en grande partie à blâmer.

Les femmes racisées occupent aussi les rôles de care et de travail dans nos sociétés depuis très longtemps. Encore aujourd’hui, elles sont très nombreuses parmi les préposées aux bénéficiaires et le personnel d’aide à domicile pour nos aînés — dans la grande région de Montréal, certes, mais pas seulement. Si ces rôles sont aussi mal rémunérés, c’est aussi à cause d’inégalités sociales profondes qui ne datent pas d’hier. Nos sociétés rémunèrent encore différemment le travail en fonction de qui, en bonne partie, occupe un rôle ou un autre. 

On voit bien aujourd’hui comment ces iniquités ne servent personne : ni les travailleuses ni les bénéficiaires. La sous-valorisation du travail traditionnellement féminin amplifie de facto la capacité du gouvernement à agir efficacement en période de crise de santé publique.

Remercier les « anges gardiennes » ne suffit pas. Il faut aussi cesser de les exploiter et revaloriser leur travail par des mesures concrètes.

2 – Instaurer un revenu minimum d’urgence

Trop de personnes sont encore inadmissibles aux mesures d’aide d’urgence annoncées par les gouvernements provincial et fédéral. Par exemple, certaines femmes qui étaient en congé de maternité ne sont pas admissibles à l’assurance-chômage. Plusieurs femmes actives dans l’industrie du sexe, femmes sans statut et femmes impliquées dans les économies informelles passent sous le radar des catégories gouvernementales. De manière générale, les femmes sont plus nombreuses à vivre de sources de revenus précaires, qui entrent mal dans les définitions classiques.

Toutes ont droit à un revenu décent, en tout temps. Un revenu minimum garanti imposable permettrait de mieux aider toutes celles qui en ont le besoin que les programmes à la pièce où il y a toujours des exclues.

3 – Augmenter le salaire minimum à 15$

On qualifie d’essentielles toutes celles qui maintiennent les services dans les pharmacies et les épiceries, qui maintiennent les lieux publics propres, qui offrent des soins aux aînés, qui tiennent le filet social dans les organismes communautaires. Pouvons-nous désormais les rémunérer justement ?

4 – Donner des suites sérieuses aux revendications des femmes autochtones

Cela fait des années que l’on nomme les solutions aux multiples problématiques qui fragilisent les communautés autochtones, et en particulier les femmes, les filles et les personnes bispirituelles. Les rapports de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec, de la Commission d’enquête sur les femmes autochtones disparues et assassinées, et de la Commission de vérité et réconciliation existent. On ne devrait pas attendre une pandémie avant d’accélérer l’action politique. Mais il n’est pas trop tard pour s’y mettre.

5 – Mieux connaître l’impact différencié de la pandémie et des mesures d’urgence, pour mieux intervenir

L’élaboration et l’évaluation des politiques publiques doivent s’ancrer dans une connaissance des faits. Quel est l’impact des mesures d’urgence sur les hommes et les femmes ? Quelles communautés sont le plus affectées par la pandémie, et pourquoi ? Quelles interventions faut-il planifier en conséquence ?

Depuis longtemps, des chercheurs dénoncent le manque de données détaillées pour mieux comprendre l’état de la santé publique au Québec et au Canada. Pourtant, aucun centre d’expertise et de référence en matière de santé publique au Québec,  n’a encore diffusé d’information statistique ventilée selon l’appartenance ethnoculturelle, le sexe, le genre,  la classe sociale et; la situation d’handicap, en lien avec le virus. Il faut mieux connaître le portrait de la situation pour les femmes, et mieux comprendre quelles femmes sont les plus touchées par le virus ou encore oubliées par les mesures d’urgence.

L’analyse différenciée selon les sexes dans une perspective intersectionnelle (ADS+) permettrait aussi de répondre à ce besoin crucial d’informations et donc de prendre des décisions plus éclairées pour le bien collectif.

6 – Sensibiliser la population à l’épidémie de violence genrée

L’an dernier, une femme ou une fille était tuée au Canada à chaque trois jours, en moyenne. Et bien sûr, les statistiques sur les meurtres ne constituent que la pointe de l’iceberg de la violence envers les femmes. Avec les mesures de confinement, le portrait macabre dressé par les chiffres est sûrement appelé à s’assombrir.

Par ailleurs, on sait que les personnes LGBTQIA2+ et les personnes en situation de handicap, par exemple, font partie des groupes les plus vulnérables à la violence familiale.

En cette période de crise, il est important de répondre aux besoins des maisons d’hébergement et des autres organismes qui viennent en aide à toutes les personnes qui vivent de la violence.

Il est aussi nécessaire d’opérer un changement de culture et de mettre fin à la normalisation de la violence genrée qui mène encore tant de médias à caractériser ces situations de « conflit familial » ou de « blessures amoureuses ». Les besoins en sensibilisation et en éducation populaire du grand public sont criants.

Il faut continuer de travailler à mieux soutenir les victimes tout en prenant les mesures nécessaires pour stopper la violence avant qu’elle n’affecte encore une autre génération.

7 – Respecter les droits humains des femmes incarcérées

Au 18 avril, plus de la moitié des détenues de l’Établissement Joliette, dans Lanaudière, ont été déclarées positives au coronavirus. Là-bas, des unités d’isolement sont utilisées pour tenir les détenues malades à part, une mesure punitive, inhumaine et inefficace pour contenir le virus. Au Centre de surveillance de l’immigration de Laval (CSI), une quinzaine de personnes sont toujours détenues alors qu’un gardien y a été déclaré positif.

Il est urgent de se pencher sur la situation de toutes les personnes qui pourrait avoir accès à la libération conditionnelle sans que la sécurité publique en soit affectée. On parle notamment des demandeurs d’asile, des personnes dont la peine arrivait à terme sous peu, celles qui se qualifieront bientôt à la libération conditionnelle et celles qui ont été incarcérées pour des crimes non violents.

8 – Bonifier le financement à la mission des organismes communautaires

Les mesures d’austérité des dernières années les avaient déjà particulièrement fragilisés. Pourtant, on prend maintenant conscience plus que jamais de l’importance cruciale des services que ces organismes rendent à la population.

Il faut par ailleurs noter que la crise du sous-financement est encore plus aigüe au sein des organismes qui desservent les femmes racisées et les femmes autochtones, lesquelles sont particulièrement vulnérables en situation de crise pour les raisons déjà nommées.

Vraisemblablement, la pression sur ces organismes restera élevée bien après le déconfinement progressif de la société. Une solution durable passe par un retour à un niveau viable de financement à la mission de ces organismes

9 – Veiller sur la santé mentale et physique des femmes

La pression sur le système de santé, les limites imposées aux personnes accompagnatrices lors des examens de grossesse et les accouchements et la suspension des accouchements à domicile: tous ces facteurs peuvent augmenter les risques de violences obstétricales et gynécologiques (VOG) et compliquer la santé maternelle. Par ailleurs, la fermeture temporaire de certaines cliniques a compliqué l’accès à l’avortement dans plusieurs régions au Québec. Dans ces circonstances, il est important de travailler de concert avec les expertes et les organismes pertinents pour évaluer l’impact des mesures d’urgence sur la santé gynécologique et obstétricale.

Par ailleurs, dans une situation incertaine où le stress augmente, l’anxiété, la dépression et plusieurs autres enjeux de santé mentale peuvent aussi devenir un enjeu de santé publique encore plus critique. Les femmes qui doivent concilier le soin des enfants avec les exigences du travail, par exemple, sont à risque d’épuisement. Or, les services en santé mentale publics, gratuits et accessibles à toutes sont encore loin d’être une réalité. Le prix onéreux des psychothérapies aux privés est dénoncé depuis longtemps.

Il est important d’améliorer l’accessibilité de ces services, maintenant, et de manière pérenne.

10 – Offrir des services adéquats aux femmes en situation d’itinérance

Bien que la Ville de Montréal ait temporairement réquisitionné des espaces pour créer des centres d’hébergement pour les personnes itinérantes, il arrive souvent que ceux-ci soient pleins. Un très grand nombre d’organismes ont par ailleurs dû cesser de servir des repas aux personnes itinérantes. Les toilettes publiques des centres commerciaux et des restaurants ne sont plus accessibles. Les installations sanitaires manquent cruellement. La fermeture des banques complique l’accès à l’aide sociale. Et les rues étant désertes, les femmes ne peuvent plus compter sur les dons de la population.

Dans ces conditions, la situation des femmes en situation d’itinérance à Montréal s’est grandement précarisée dans les dernières semaines. Tout porte à croire que la réalité est aussi grave un peu partout au Québec.  Il est impératif d’améliorer le service à ces populations pour qu’elles passent à travers de la crise, au-delà des seules mesures de contrôle de la contagion. Ce n’est pas que le coronavirus, mais aussi les mesures de confinements elles-mêmes qui mettent grandement leurs vies en danger à l’heure actuelle.

Pour le bien des femmes, le retour à la « normale » n’est pas une option

Nous savons aussi que les problématiques susnommées touchent plus les femmes, certes, mais pas seulement les femmes. Nous savons aussi que les solutions mises de l’avant peuvent aussi améliorer les conditions de vie d’un grand nombre d’hommes. C’est normal: le combat féministe se fait toujours dans l’objectif de plus d’équité et de justice pour toutes les collectivités.

Pour bien des femmes au Québec, la crise a commencé bien avant l’arrivée de la pandémie de la COVID-19. Nous ne souhaitons donc pas de retour à la «normale», car cette norme laissait tellement d’entre nous derrière.

Nous souhaitons avancer. Et lorsque les femmes avancent, c’est toute la société qui s’en porte mieux. 

Pour visualiser le document remis vendredi le 24 avril à la Mme Isabelle Charest, ministre de la Condition féminine, c’est par ici !

Être féministes en temps de pandémie

Fédération des femmes du Québec - Égalité pour toutes, égalité entre toutes

Le Québec comme le monde qui nous entoure traverse à l’heure actuelle une période bien particulière. Et comme en toute période de crise, ce sont les personnes plus vulnérables qui sont les plus affectées. Plus particulièrement, cela veut dire les femmes.

D’une part, les femmes sont de loin les plus nombreuses dans les emplois de première ligne pour contrer la pandémie, où les conditions de travail imposées sont de plus en plus difficiles. D’autre part, les mesures de distanciation physique augmentent les risques de violence et d’iniquités envers les femmes et les enfants et exacerbent la précarité financière.

Devant la crise, l’importance des luttes féministes est particulièrement évidente. La Fédération des femmes du Québec est solidaire de toutes les femmes et nous tâcherons, dans les prochaines semaines, d’être particulièrement vigilantes face aux différents enjeux affectant les femmes en temps de pandémie.

Nous vous invitons à nous écrire pour nous faire part des situations sur lesquelles l’attention de notre mouvement féministe devrait se porter.

Nous partageons régulièrement les initiatives pertinentes sur nos réseaux sociaux. Lorsque cela concerne les femmes et la crise sanitaire, nous utilisons le mot-clic #FemmesCOVID19 :

  • Pour accéder aux publications publiques sur Facebook qui contiennent ce mot-clic, faites une recherche avec #FemmesCOVID19 ou consultez la page Facebook de la FFQ.

N’hésitez pas à nous suggérer des nouvelles féministes à partager, soit par Facebook, par Twitter ou par courriel!

Programmation lancée pour le Forum 2020!

Décoratif : extrait des images du programme

La programmation complète du Forum Transformer nos organismes est lancée !! Nous avions hâte de vous la partager. Merci à toutes les extraordinaires personnes militantes qui ont accepté de créer des ateliers sur mesure et de partager leurs projets, leurs stratégies, leurs coups de gueules et leurs analyses !!

Rendez-vous à Sherbrooke les 27 et 28 mars 2020 !

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

image décorative

Nous retranscrivons ici en intégralité le discours de la vice-présidente de la FFQ, Marlihan Lopez, lors de la commémoration du 6 décembre à la Place du 6-décembre-1989 :

Une violence genrée et racialisée. Tantôt banalisée, tantôt fétichisée. Mariages forcées, violences basées sur l’honneur, pourquoi êtes-vous seulement intéressées à nous entendre quand la violence peut être utilisée comme prétexte pour stigmatiser toute une communauté ou pour faire pousser des projets colonialistes et impérialistes? Je ne prétends pas dire qu’il n’existe pas de violence misogyne à l’intérieur de nos communautés, ou qu’il faudrait le cacher. Non certainement pas, nous devons continuer à briser le silence. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Tantôt hypervisibles, Tantôt effacées.  L’obsession exclusive avec la violence dans le contexte de la sphère privée, la violence envers des femmes « opprimées » par leurs maris « barbares » sert souvent à excuser la violence publique, les actes haineux motivés par le racisme, l’islamophobie et la misogynie.  Mais prêtez-vous attention quand on vous parle des violences racistes, des violences étatiques, des violences systémiques qu’on subit aux quotidien? Quand on vous parle des barrières à l’accès aux ressources pour les femmes victimes de violence? Quand on vous parle de l’absence des services en violence sexuelle à Montréal Nord?

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Peut-on avoir notre #MoiAussi, #AgressionNonAnnoncée sans déclencher une haine raciste envers nos communautés ? Quand est-ce que les violences dont nous sommes victimes recevront la même indignation que reçoivent celles vécues par des femmes appartenant à des groupes dominants : blanches, hétéro, cis ? Où se trouve la colère et l’indignation collective quand nous dénonçons les violences publiques auxquelles nous sommes soumises à cause du racisme systémique? 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Serons-nous encore obligées à choisir entre la lutte contre l’oppression raciste et la lutte contre l’oppression sexiste, sachant qu’on vit ces discriminations simultanément. L’insécurité que l’on ressent dans un contexte d’hostilité qui ne cesse d’empirer envers les personnes racisées, immigrantes, musulmanes… On le ressent en tant que FEMMES et en tant que minorités raciales/ethno-culturelles.  Mais la violence raciste et patriarcale prétend nous obliger à compartimenter nos identités et notre oppression et vous êtes toutes et tous complices. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Cette année, dans le contexte des 12 jours contre les violences faites aux femmes et de la commémoration du 6 décembre, nous parlons beaucoup d’anti-féminisme, je dirai anti-féminismes en pluriel. Ça a été un moment pour réfléchir aux violences systémiques dont sont victimes les femmes.  La Ville a même reconnu la tuerie à la Polytechnique comme étant un attentant anti-féministe. Reconnaitrons-nous aussi cette vague de violence raciste et genrée, d’islamophobie comme des actes anti-féministes qui mérite également une mobilisation et une indignation collective? 

Nos corps ne seront plus un terrain de violence

Non, les femmes ne gagnent pas 85% du salaire des hommes

Lors des 12 jours d’actions contre les violences envers les femmes et lors de nos prises de position au quotidien, la FFQ n’a pas cessé de souligner qu’il était faux de mettre de l’avant que l’inégalité hommes-femmes sur le marché du travail se résumait à la statistique “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”. Nous n’avons cessé d’expliquer que cette statistique invisibilisait les femmes racisées et immigrantes et les mécanismes de discrimination genrés et racistes. 

Le rapport “Écarts de revenus au Canada : une inégalité économique racialisée ” du Centre Canadien de politiques alternatives publié ce lundi 9 décembre vient confirmer notre analyse : Au Canada, les femmes racisées gagnent 59% du salaire d’un homme blanc quand une femme blanche gagne 67% des salaires d’un homme blanc.

Aussi, dans la majorité des statistiques et rapports, il est mis de l’avant que les femmes non-racisées gagnent 85% du salaire des hommes. Nous apprenons ici qu’elles ne gagnent en réalité que 67% du salaire des hommes blancs. Nous apprenons aussi que les femmes arabes sont les plus touchées par les discriminations structurelles dans l’emploi: elles ne gagnent que 50% du salaire des hommes blancs. 

C’est parce que l’étude ne se base pas sur la seule différence entre le taux horaire mais aussi sur toutes les autres contraintes que subissent les femmes (temps partiel, temps de chômage plus long), et encore plus les femmes racisées, que les chiffres diffèrent. 

C’est aussi parce qu’elle prend en compte que le marché du travail n’est pas seulement genré, mais aussi racisé. Ainsi, le rapport met de l’avant la nécessité d’une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations, comme ne le cesse de répéter la FFQ : 

Les recherches en politique publique adoptent de plus en plus une approche intersectionnelle pour comprendre les discriminations. Cette approche considère l’impact cumulatif et cumulé des différentes formes que prend la discrimination. Par exemple, la discrimination peut-être basé sur des combinaisons de genre, race, classe, sexualité, statut d’immigration, situation de handicap ou autre identités politiques et sociales

p7 du rapport Canada’s Colour Coded Income Inequality – traduction libre

Enfin, l’étude ne s’arrête pas à l’analyse des inégalités dans le marché du travail, elle explore aussi les inégalités des revenus sur le capital. Sans surprise, les femmes racisées sont au bas de l’échelle. 

La FFQ est régulièrement accusé de “diviser le mouvement féministe”.

Or, ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que lorsque nous analysons ce qui arrivent aux populations situées aux marges, nous pouvons comprendre les mécanismes de discriminations systémiques. 

Ici, chiffres à l’appui, nous avons l’opportunité de comprendre que nous faisons du tort dans l’avancement des droits de toutes les femmes lorsque nous prétendons que l’inégalité des salaires hommes-femmes s’arrête à la seule statistique que “les femmes gagnent 85% du salaire des hommes”.

Ici, nous nous rendons compte qu’en ne comparant la situation qu’entre plus prévilégié.e.s (hommes non-racisées travaillant à temps plein contre femmes non-racisées travaillant à temps plein), nous avons invisibilisé les mécanismes de discrimination qui nous permettaient de comprendre et donc d’agir. 

Cachez cette violence qu’on ne saurait voir !

Texte d’opinion rédigé par Stéphanie Germain pour le site de la FFQ :

Il y a quelques semaines, l’émission Dans les médias, diffusée sur les ondes de Télé-Québec, recevait l’écrivaine Kim Thùy pour parler de ses livres mais surtout de la  vision de son immigration au Québec. L’entrevue m’a laissé perplexe et avec un goût un peu amer. Qu’on se le dise tout de suite, Thùy est une écrivaine dont la réputation n’est plus à faire et elle est une femme inspirante à bien des égards.

Cependant, je ne vous cache pas le malaise que j’ai éprouvé en l’écoutant  louanger le Québec ainsi que son accueil qui, pour elle fût parfait. Elle a été très bien accueillie et elle s’estime heureuse d’avoir immigrée au Québec. Tant mieux pour elle.

Son discours flatte le Québec  dans le sens du poil.

Elle a même parler du fait qu’on n’évoque pas  assez souvent les bons gestes du quotidien, en prenant en exemple la madame qui concocte une tarte pour son voisin immigrant. Offrir une tarte j’en conviens, est un geste de partage et de bienveillance. Encore une fois, tant mieux.

Là où le bât blesse, c’est cette absence de critique de la société qui l’a accueillie et dont elle semble y être, pour toujours, redevable.

Ok. Maintenant, selon moi, ce genre de discours qui flatte une société dans le sens du poil est à double tranchant.

D’une part, ce type de discours contribue à décrédibiliser  et invalider le vécu de personnes immigrantes qui vivent de grandes difficultés d’intégration, et ce, pour plusieurs raisons. Notons par exemple, la couleur de la peau, l’orientation sexuelle ou la confession religieuse,  pour ne nommer que ceux ci.

D’autre part, cela donne des arguments aux individus qui justement ne sont pas portés à croire que les personnes immigrantes peuvent vivre des défis qui sont hors de leur contrôle. Certains seraient tentés de dire «bien voilà, elle est s’est bien intégrée et elle a réussi, les autres ont juste à faire pareil».

Je le sais parce que je suis moi même immigrante de deuxième génération. Et ce  genre de propos je l’ai entendu et je l’entends encore aujourd’hui. Penser que le  fardeau de la réussite repose principalement sur le dos de la personne immigrante est un classique trop récurrent.

Cela m’amène à vous partager deux autres réflexions :

1. la loi 21, qui  aura et a déjà un impact négatif directement sur l’intégration de personnes issues de minorités culturelles et plus précisément sur les femmes de confession musulmanes. Sur le terrain, j’entends les femmes parler de leur souffrance. Elles dénoncent également les violences qu’elles subissent dans les rues, les regards hostiles, qui s’empirent avec  l’adoption de ces lois discriminatoires.

2. Le lundi 25 novembre marquait  le début officiel des 12 journées internationales contre toutes les violences faites aux femmes. Vous vous demandez où je veux en venir. Attendez, j’arrive.

Des violences faites aux femmes, se déroulent aujourd’hui, ici, au Québec.

Ce même Québec qu’on aime louanger  à la télévision sans nuances.

Les femmes racisées sont-elles  aussi victimes de violences. Des formes de  violence qui attaquent leur intégrité, leur humanité et leur existence. Encore en plein début des 12  jours d’action contre les violences envers les femmes, une jeune femme musulmane dénonçait une situation de violence raciste vécue alors qu’elle travaillait. Elle s’est fait traiter  de sale arabe par une cliente.

Comment pensez-vous qu’elle décrirait son intégration ?

Elle qui doit sans doute avoir vu le jour au Québec. Même si  cela est sans importance.

Plusieurs cas démontrent que certains groupes vivent davantage d’exclusion et de haine que d’autres.

Je tenais à partager cette réflexion au sujet du mythe de l’immigrante modèle afin qu’on ne perdre pas de vue d’essentiels nuances.

Ainsi, en cette période  de soutien aux femmes victimes de violences, je vous dis bon courage chère consœurs autochtones, rasicées, vivant plusieurs couches de discriminations et subissant de multiples violences dont celles institutionnelles et systémique. Je suis avec vous. Je suis parmi vous. Je suis l’une t’entre vous. Je sais qu’on peut faire mieux en tant que société.

Une tarte c’est ben  bon, mais une société inclusive c’est encore mieux !

Stéphanie Germain, immigrante de deuxième génération

30 ans plus tard, souvenons-nous

Sur l'image, au côté des visages des femmes assassinées le 6 décembre 1989 est écrit : "on se souvient"

Aujourd’hui c’est la Journée internationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

Il y a 30 ans, 14 femmes étaient assassinées durant l’attentat antiféministe à Polytechnique uniquement parce qu’elles étaient des femmes.

Souvenons-nous de chacune de ces femmes. La perpétuation de leur mémoire est un devoir collectif de commémoration des crimes d’hier qui continuent encore aujourd’hui à cibler des femmes parce qu’elles sont des femmes.

ON SE SOUVIENT :

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.

En hommage à ces 14 femmes assassinées ce 6 décembre 1989, nous portons la responsabilité collective de ne pas se souvenir de leur assassinat en prétendant que de telles violences n’ont plus d’ancrage dans la réalité quotidienne du Québec en 2019. 

En 2019, Dona Paré is still missing. En 2019, le premier féminicide, soit le génocide colonial des autochtones, n’est toujours pas reconnu.

De toutes les femmes qui ont été assassinées par leurs conjoints, leurs partenaires, des amis, des connaissances et des étrangers.

De toutes les femmes Autochtones disparues et assassinées, dont une liste incomplète de leurs noms se trouve ici: http://bit.ly/2BFffWs

30 ans plus tard, évitons que la mémoire ne nous fasse défaut.

30 ans plus tard, on se souvient de vous toutes et on vous aime. ❤️

Polytechnique: Montréal reconnaît un attentat antiféministe

La nouvelle vient de tomber.

#30ansPlusTard , la ville de Montréal reconnaît enfin le meurtre de 14 femmes à Polytechnique le 6 décembre 1989 comme un attentat antiféministe.

La FFQ se réjouit de cette décision de la municipalité.
Nommer les violences telle qu’elles sont est un premier pas décisif pour développer des mécanismes de prévention.

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

Interrogée par le journal La Presse, Mélissa Blais, l’une des deux chercheuses du Regroupement québécois en étude féministe qui a suggéré cette modification avec Diane Lamoureux (lire l’article original paru dans La Presse de la journaliste Judith Lachapelle) a réagi :

Une tragédie, c’est un drame. C’est, par exemple, lorsque quelqu’un meurt trop jeune dans un accident de voiture. Il n’y a pas d’intention dans une tragédie, c’est un accident. Un attentat suppose un acte volontaire et une dimension politique. C’est le propre des attentats terroristes de causer un traumatisme collectif.

[…]

« Il faut appeler un chat, un chat, dit Mélissa Blais. Il faut le faire si on veut vraiment développer des mécanismes de prévention. » Elle rappelle l’existence sur l’internet de forums de discussion qui glorifient le tireur de Poly. « Je pense que c’est un gros problème d’éviter de parler de ces hommes en colère contre les féministes. Cette haine est un moteur d’action qui, parfois, justifie selon eux de tuer des femmes. Et c’est pour ça que nous avons vraiment voulu indiquer dans le texte qu’il s’agissait bel et bien d’un attentat antiféministe. »

Mélissa Blais, dans La Presse le 4 novembre 2019

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

À J-22 du lancement des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes, nous vous rappelons que vous pouvez soumettre vos activités sur notre plateforme web 👇

Sur l'image est écrit: 

"12 jours d'actions contre les violences à l'égard des femmes. 25 novembre - 6 décembre : soumettre une activité"
http://www.12joursdaction.com/