30 ans plus tard, souvenons-nous

Sur l'image, au côté des visages des femmes assassinées le 6 décembre 1989 est écrit : "on se souvient"

Aujourd’hui c’est la Journée internationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

Il y a 30 ans, 14 femmes étaient assassinées durant l’attentat antiféministe à Polytechnique uniquement parce qu’elles étaient des femmes.

Souvenons-nous de chacune de ces femmes. La perpétuation de leur mémoire est un devoir collectif de commémoration des crimes d’hier qui continuent encore aujourd’hui à cibler des femmes parce qu’elles sont des femmes.

ON SE SOUVIENT :

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.

En hommage à ces 14 femmes assassinées ce 6 décembre 1989, nous portons la responsabilité collective de ne pas se souvenir de leur assassinat en prétendant que de telles violences n’ont plus d’ancrage dans la réalité quotidienne du Québec en 2019. 

En 2019, Dona Paré is still missing. En 2019, le premier féminicide, soit le génocide colonial des autochtones, n’est toujours pas reconnu.

De toutes les femmes qui ont été assassinées par leurs conjoints, leurs partenaires, des amis, des connaissances et des étrangers.

De toutes les femmes Autochtones disparues et assassinées, dont une liste incomplète de leurs noms se trouve ici: http://bit.ly/2BFffWs

30 ans plus tard, évitons que la mémoire ne nous fasse défaut.

30 ans plus tard, on se souvient de vous toutes et on vous aime. ❤️

Suicide de Madame M à la Prison Leclerc : demande d’enquête spéciale

Aujourd’hui, le Groupe G13, table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes, envoie une demande d’enquête spéciale sur le suicide de Madame M à la Prison Leclerc. La lettre est adressée à Mme Geneviève Guilbeault, Ministre de la Sécurité Publique, Mme Sonia Lebel, Ministre de la Justice, Mme Isabelle Charest, Ministre de la condition féminine, Monsieur David Lametti, ministre de la Justice au niveau fédéral et Madame Myriam Monsef, Ministre des femmes et de l’égalité des genres. Voici la lettre et la liste des signataires.

 Objet : Demande d’enquête spéciale 

Le suicide de Madame M au centre de détention Leclerc, logique de criminalisation et d’incarcération des femmes 

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, 

En cette période des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, il nous semble important de parler de celles qui ne sont pas encore crues, celles qui doivent encore faire un travail de survie sans soutien ni reconnaissance de l’État québécois et canadien. 

Le 5 novembre à la prison Leclerc, une femme a mis fin à ses jours. C’est le quatrième suicide qui survient dans cette prison pour femmes en l’espace de deux ans. Au moins dix tentatives ont également eu lieu dans la même période. 

En tant que féministes, nous constatons que les prisons sont des lieux de reproduction de la violence étatique et institutionnelle, où les femmes sont davantage vulnérables. Nous croyons que le système carcéral, et spécifiquement la prison Leclerc, est un facteur aggravant ayant poussé Madame M à mettre fin à son combat de la façon dont elle l’a fait. Les conditions de son incarcération concluent la funeste épopée d’injustices qu’elle a vécue : l’acharnement des États canadien et états-uniens dans la non-reconnaissance des violences post-séparation de son ex-conjoint violent ainsi que la persécution qu’elle a vécue sur une période de 9 ans de notre système de justice, et enfin la négligence de l’administration québécoise. 

“Madame M” était une mère de famille de trois enfants, originaire du Québec, établie aux États-Unis. Elle s’est enfuie avec ses enfants pour retourner au Canada en 2010 pour les protéger de leur père violent. Dix jours après le jugement d’extradition définitif de la Cour Suprême, elle est retrouvée morte dans sa cellule de la prison Leclerc. Loin d’être une séquence vécue sur quelques semaines seulement, Madame M a vécu pendant plus de 9 ans différentes formes de violences étatiques : la non-reconnaissance de celle vécue dans sa relation conjugale ; l’acharnement des gouvernements des Etats-Unis et du Canada pour la punir ; et, finalement, l’internement dans une prison que même le gouvernement fédéral refuse d’utiliser à cause de sa désuétude. Le personnel formé à la prévention du suicide n’a-t-il pas vu ses poignets cicatrisés lorsqu’elle a été incarcérée ? 

Soyons clair.es, c’est en tant que femme dans une société patriarcale que Madame M a enduré une double violence : la violence conjugale et la violence institutionnelle qui la menaçait d’un procès pour “enlèvement” alors qu’elle cherchait à protéger ses enfants, à défaut d’être protégée par les pouvoirs publics. 

Malheureusement, l’histoire de Madame M. n’est pas unique. Les femmes ayant vécu des violences interpersonnelles affirment que le système pénal ne protège pas les personnes marginalisées victimes de relations violentes. Le système carcéral lui-même est une forme de violence dans leur vie, qui reproduit la violence sans se préoccuper de leur réalité. C’est pourquoi aujourd’hui nous exigeons que vous, la Ministre de la Sécurité du Québec, conduise une enquête spéciale sur les conditions de détention des femmes à la prison Leclerc. 

Veuillez agréer, madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses, 

Gabrielle Bouchard & Gaëlle Fedida 

Pour le G13 

Organisations membres du G13 

Formé dès 1986, le G13 est une table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes. Il sert de porte-voix pour l’ensemble des réalités diverses que nos groupes représentent : des femmes autochtones, racisées, en situation de handicap, de la diversité sexuelle; des maisons d’hébergement à l’employabilité, des tables de groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, des centres de femmes à la santé sexuelle et reproductive, des organismes de soutien aux familles monoparentales et recomposées, de la défense de droits à la prestation de services, du milieu de vie à l’éducation populaire. Nous représentons plusieurs centaines de groupes et des dizaines de milliers de femmes, souvent parmi les plus vulnérables et marginalisées. 

Action santé femmes 

Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale 

Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine 

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle 

Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail 

DAWN-RAFH Canada 

Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec 

Fédération des femmes du Québec 

Fédération des maisons d’hébergement pour femmes 

Fédération du Québec pour le planning des naissances 

Femmes Autochtones du Québec 

L’R des centres de femmes du Québec 

Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

Regroupement Naissance-Respectées 

Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel 

Relais-femmes 

Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec 

Réseau des lesbiennes du Québec– Femmes de la diversité sexuelle 

Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec 

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes 

Lancement de la Campagne Nationale des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes

1989-2019 : #30ansplustard, croyez-nous aussi ! 

Aujourd’hui, c’est avec ce cri du coeur que les femmes du comité des 12 jours ont lancé la campagne des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes. 

Cette année la campagne souligne les 30 ans de l’attentat anti-féministe de Polytechnique en mettant de l’avant 30 types de violences que subissent encore les femmes, et particulièrement les femmes vivant dans des contextes de marginalisation. 

« Depuis plusieurs années, nous travaillons à mettre en lumière les violences institutionnelles et invisibilisées qui touchent particulièrement les femmes aux marges » souligne Claire-Anse Saint-Éloi, coordonnatrice du Comité 12 jours. « Nous avons choisi le slogan 30 ans plus tard, croyez-nous aussi, car il est crucial de nommer les violences et de les dénoncer afin de pouvoir mieux sensibiliser, prévenir et intervenir. »

Et en effet, aujourd’hui, cette campagne et le slogan “30 ans plus tard, croyez-nous aussi !” est plus que jamais d’actualité. 

Hier, le journal métro publiait un article retraçant la violence subie par Nouhaila, une femme racisée de 19 ans victime d’un crime haineux dans le cadre de son travail de caissière dans un Walmart de l’est de Montréal. Au lieu d’être soutenue dans sa plainte à la suite d’un appel qu’elle a fait auprès du SPVM, elle a fait l’objet d’une enquête criminelle.

Les policiers du poste de quartier 48 ont tout simplement refusé de la croire et l’ont découragé de porter plainte. Une policière lui aurait même aussi précisé qu’elle pourrait aller en prison si elle portait plainte contre la cliente.

Depuis plus de 30 ans, ce sont aussi les violences envers les femmes autochtones qui s’insèrent dans un contexte de discrimination et de racisme systémique.

En 2019, un rapport public de chercheurs indépendants montrait que le Service de police de la Ville de Montréal (SPVM) a interpellé sept fois plus de personnes autochtones en 2017 qu’en 2014. Ainsi, les femmes autochtones sont 11 fois plus à risque d’être interpellées que les femme blanches. Il ne faut surtout pas oublier que le Génocide coloniale à l’égard des Autochtones, avec ses politiques discriminatoires, persistent encore aujourd’hui.

C’est parce que ces violences sont niées qu’elles perdurent encore aujourd’hui. Nommer ces violences passent aussi par leur illustration.

C’est pourquoi, le Comité des 12 jours a également donné carte blanche à six illustratrices pour mettre en lumière les différentes formes de violences que subissent encore les femmes 30 ans plus tard. Ces six illustratrices, Meky Ottawa, Maude Bergeron des Folies Passagères, Ambivalently Yours, Maliciouz, Valéry Lemay et Kezna Dalz, ont créé des mèmes 1989 versus 2019 qui seront disponibles sur le site internet officiel de la campagne des 12joursdaction.com.

Illustratrice: Meky Ottawa

Cette campagne est pour toutes les femmes victimes de violence.

Partagez et dénoncez les violences que subissent les femmes le #défi30ansplustard. Aller sur le site internet officiel : 12joursdaction.com et soumettez vos mèmes !


Polytechnique: Montréal reconnaît un attentat antiféministe

La nouvelle vient de tomber.

#30ansPlusTard , la ville de Montréal reconnaît enfin le meurtre de 14 femmes à Polytechnique le 6 décembre 1989 comme un attentat antiféministe.

La FFQ se réjouit de cette décision de la municipalité.
Nommer les violences telle qu’elles sont est un premier pas décisif pour développer des mécanismes de prévention.

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

Interrogée par le journal La Presse, Mélissa Blais, l’une des deux chercheuses du Regroupement québécois en étude féministe qui a suggéré cette modification avec Diane Lamoureux (lire l’article original paru dans La Presse de la journaliste Judith Lachapelle) a réagi :

Une tragédie, c’est un drame. C’est, par exemple, lorsque quelqu’un meurt trop jeune dans un accident de voiture. Il n’y a pas d’intention dans une tragédie, c’est un accident. Un attentat suppose un acte volontaire et une dimension politique. C’est le propre des attentats terroristes de causer un traumatisme collectif.

[…]

« Il faut appeler un chat, un chat, dit Mélissa Blais. Il faut le faire si on veut vraiment développer des mécanismes de prévention. » Elle rappelle l’existence sur l’internet de forums de discussion qui glorifient le tireur de Poly. « Je pense que c’est un gros problème d’éviter de parler de ces hommes en colère contre les féministes. Cette haine est un moteur d’action qui, parfois, justifie selon eux de tuer des femmes. Et c’est pour ça que nous avons vraiment voulu indiquer dans le texte qu’il s’agissait bel et bien d’un attentat antiféministe. »

Mélissa Blais, dans La Presse le 4 novembre 2019

Cela fait aussi partie de la lutte du Comité des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes. Sa vocation est de nommer toutes les violences à l’égard des femmes. Reconnaître un attentat anti-féministe comme telle en fait partie.

À J-22 du lancement des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes, nous vous rappelons que vous pouvez soumettre vos activités sur notre plateforme web 👇

Sur l'image est écrit: 

"12 jours d'actions contre les violences à l'égard des femmes. 25 novembre - 6 décembre : soumettre une activité"
http://www.12joursdaction.com/

Calendrier des 30 ans des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes !

Ça y est. 

À J-26, le compte à rebours est lancé pour le début de la 30ème édition de la campagne des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes. 

Comme à chaque année, nous vous demandons de soumettre vos activités pour le calendrier des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes !

Cette année est particulière. 

Particulière parce que ce sont les #30ans de la tuerie de Polytechnique.

Particulière parce que 30 ans après, les violences faites aux femmes s’adaptent mais perdurent encore avec une violence accrue pour les femmes aux marges.

Particulière parce que 30 ans après, alors que des femmes ont obtenu des victoires, certaines femmes attendent encore. 

Particulière enfin parce que cette année, le comité des 12 jours travaille fort pour lancer une campagne innovante soulignant les 30 ans de la tuerie de polytechnique ET mettant de l’avant les violences spécifiques qui touchent les femmes à l’intersection de plusieurs violences. 

Nous vous en dirons plus à l’approche du début de la campagne.

En attendant, participez au changement en venant soumettre vos événements sur la plateforme web du comité 12 jours ! Pour identifier vos organismes, nous vous demandons de vous inscrire avec un login. Cela prend quelques clics supplémentaires mais cela va nous aider lister vos organismes et vos événements.

Cliquez sur l’image ou sur le lien pour soumettre votre événement sur notre plateforme:
http://12joursdaction.com

(PS: la plateforme sous sa forme actuelle est provisoire. C’est le 25 novembre que sera révélé sur notre site l’axe et les actions de la 30ème édition des 12 jours d’actions contre les violences à l’égard des femmes)  

Grand Forum : Transformer nos organismes

L'affiche du Forum Transformer nos organismes 27 et 28 mars 2020 avec : et il est écrit : 85% des membres de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel

Pour beaucoup d’entre nous, le féminisme doit être intersectionnel. Mais pour beaucoup d’entre nous aussi, il est encore difficile de passer de la théorie à la pratique. Transformer concrètement nos manières de faire semble difficile, en particulier dans nos organismes mixtes (hommes/femmes/personnes non binaires). 85% de nos membres associatives nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel.

Et pourtant, c’est possible ! C’est même indispensable. Pour s’outiller collectivement, la Fédération des femmes du Québec lance une boîte à outils collective et organise un grand Forum les 27 et 28 mars 2020 à Sherbrooke. Militantes et travailleuses dans les syndicats, les organismes communautaires, les tables intersectorielles, cet espace est pour nous. Égalité pour toutes, égalité entre toutes.

L’inscription est gratuite, mais les places sont limitées ! Vous pouvez déjà vous inscrire maintenant ici. Nous vous offrons la possibilité de donner vous-même un atelier pour partager vos propres outils et stratégies : vous pouvez faire une proposition ici.

#Déciderentrehommes #RacismeSystémique #Etdansnosmouvements?

Photo des candidats Blanchet, Scheer, Trudeau, Singh et le journaliste. Au dessus une capture d'écran du post de Je suis féministe disant #Déciderentreblancs. En dessous une capture d'écran du titre de Radio Canada disant : "Jagmeet Singh interpellé au sujet de son turban à Montréal"

Premier débat des chefs de ces élections 2019 : le droit à l’avortement est “en débat” et les stérilisations forcées vécues par les femmes autochtones invisibilisées, les droits des femmes musulmanes sont “en débat” et Jagmeet Singh est agressé au marché Atwater …. Et tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir n’ont pas – ou si mal – été abordés. 

Une chose est certaine, quel que soit le résultat de ces élections, nous aurons besoin de mouvements sociaux forts pour défendre les droits de tous et toutes. Et des mouvements sociaux forts, ce sont des mouvements qui prennent à bras le corps la lutte pour la justice sociale, qui se battent contre l’ensemble des systèmes d’oppression, qui ne laissent personne derrière. Des mouvements qui mettent au centre de la table les voix des femmes les plus marginalisées. Dans les luttes qui s’en viennent, nos mouvements seront d’autant plus forts qu’ils seront à la hauteur de nos principes : inclusifs et démocratiques. 

Justement, il y a quelques mois, Jan Simpson marquait l’histoire en devenant la première femme noire élue présidente d’un syndicat national au Canada, mettant ainsi en évidence que nos mouvements demeurent encore trop souvent masculins et/ou blancs. La semaine dernière, au moment de la mobilisation pour le climat,  des militantes ont déploré la même chose, demandant que nos mouvements se transforment et fassent une place réelle aux femmes autochtones et racisées. Cet été, on apprenait que Pride Montreal avait licencié une travailleuse alors qu’elle déposait un rapport sur l’organisme, montrant qu’il devait en faire plus pour rétablir les liens avec les personnes LGBTQIA+ Noires. En mai dernier,  un syndicat demandait au gouvernement d’aller plus loin dans l’exclusion des femmes musulmanes portant un voile, au lieu de défendre leurs droits. Rappelons-nous qu’après la grève étudiante de 2012, des militantes avaient dénoncé les agressions sexuelles dans le mouvement. Nos mouvement doivent faire mieux.

En fait, ces actualités ne sont que le sommet de l’iceberg : cela fait longtemps que l’on sait que nos mouvements de justice sociale, malgré toute leur bonne volonté, reproduisent des injustices en leur sein. Bien qu’elles aient fait l’objet de multiples recherches, “les logiques patriarcales du militantisme” sont toujours bien présentes : la division sexuelle du travail,  l’invisibilisation constante du travail des femmes pour éduquer et prendre soin; le plafond de verre ; l’absence de conciliation famille-travail-militantisme ; ou encore la sous-représentation. Il y a encore beaucoup à faire à cet égard. Mais ce n’est pas tout, car la plupart des femmes ne vivent pas que du sexisme. Les militantes vivant à la croisée d’oppressions dénoncent depuis longtemps les situations de discriminations systémiques qu’elles combattent dans les organismes, à l’intersection du patriarcat, du racisme, de l’hétérosexisme, de l’hétéronormativité, du capacitisme ou encore de la transphobie. 

Encore trop peu nombreuses, de plus en plus de recherches illustrent les mécanismes par lesquels des milieux militants reproduisent oppressions et inégalités. Pensons à la recherche d’Emily Yee Claire et aux travaux d’Alexandra Pierre sur l’exclusion des femmes racisées dans le communautaire ou à celle de Jade Almeida et Marlihan Lopez sur les violences vécues par les femmes racisées en milieu féministe.  Pour la semaine de l’accessibilité, le Réseau d’action des femmes handicapées du Canada donnait la parole à de nombreuses activistes montrant le capacitisme de nos organismes. Dans ses recherches sur le syndicalisme, Carole Yerochewski écrit: “(…) les inégalités entre femmes se sont accrues. Les femmes sans diplôme et les femmes racisées sont les grandes perdantes de la non-prise en compte du caractère intersectionnel des dominations.” 

Précarité du travail, rémunération au rabais, tokenisation, absence de représentation,  banalisation des agressions, discriminations systémiques, secondarisation et ignorance des luttes, non prise au sérieux des oppressions vécues et des agendas de luttes.  Lorsque les militantes dénoncent ces problèmes, c’est elles qui sont vues comme étant le problème et qui sont amenées à quitter les organismes. Comme l’écrit la féministe Sarah Ahmed : “Celles qui insistent sur la réalité du racisme, du sexisme et de l’hétérosexisme sont accusées d’entêtement : elles refusent qu’on ferme les yeux sur ces réalités.” À la suite de toutes ces militantes, soyons entêtées, refusons de détourner le regard. Audre Lorde écrivait: “Je ne suis pas libre tant que n’importe quelle autre femme est privée de sa liberté” : il y a urgence d’agir pour transformer nos organismes pour que toutes soient réellement libres. 

Mais par où commencer ? 85 % des membres associatives de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel. Les organismes dans lesquels elles militent, des syndicats et des groupes communautaires, cherchent également des outils pour transformer leurs organismes. Pourquoi tant de militantes quittent nos organismes ou s’y épuisent ? Comment surmonter les multiples résistances à l’intersectionnalité ? Les lieux décisionnels sont-ils représentatifs ? Est-ce que nos “comités femmes” s’adressent réellement à toutes les femmes ? Comment aller au-delà de l’organisation des comités d’équité en silo ? Comment faire pour que nos organismes intègrent de façon transversale les luttes anti-oppressives plutôt que de s’en décharger sur le dos des militantes ? La FFQ elle-même n’est bien sûr pas à l’abri et des militantes nous demandent de revoir nos pratiques pour déconstruire les rapports de pouvoir. Prises dans la précipitation du quotidien, nous manquons d’espace et de temps pour réfléchir à nos pratiques et nos stratégies de luttes. 

C’est pourquoi nous organisons un vaste Forum les 27 et 28  mars 2020 à Sherbrooke : deux journées de formations, d’ateliers et d’échanges pour transformer nos organismes. Des militantes partageront leurs analyses, ressources et stratégies lors de table-rondes et de formations en matinées. Les après-midis, nous ferons des ateliers et pour cela, nous faisons appel à vous ! En effet, nombre d’entre vous ont déjà commencé à changer leurs pratiques: le Forum est l’occasion de partager vos outils et stratégies. Si votre organisme souhaite animer un atelier, il suffit de remplir ce formulaire. Le Forum est gratuit et ouvert à toutes, que vous soyez membre de la FFQ ou non. Les contributions volontaires serviront à soutenir les frais de déplacement et d’hébergement des personnes et groupes en situation de précarité financière. Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre place. Nous avons plus que jamais besoin de mouvements sociaux forts, inclusifs et combatifs.

Retour sur l’atelier collectif de mai 2019

Merci à toutes les participantes pour vos idées et suggestions pendant l’atelier sur le Forum et la Boîte à outils collective ! Le 25 mai 2018, nous avons pu présenter le projet aux membres de la FFQ. Militantes en milieu syndical et commentaires ont échangé sur les formations et outils dont elles ont besoin pour transformer leurs organismes en véritables milieux féministes et intersectionnels. Les notes de l’atelier sont téléchargeables ici.

Offre d’emploi : Chargée de projet

Il est écrit : Offre d'emploi Chargée de projet Coordination des 12 jours d'action Envoyez-nous votre candidature à emploi@ffq.qc.ca

Coordination du Comité des 12 jours d’action contre les violences envers les femmes

Contrat de 4  mois (16 semaines : 3 septembre au 23 décembre) – 25h/semaine – 27.95$/h

 **La FFQ encourage les candidates appartenant à un ou plusieurs groupes discriminés. Des accommodations permettant d’effectuer le travail peuvent être discutées au besoin. Nous reconnaissons les expériences et diplômes acquis en dehors du Québec et/ou de façon non-traditionnelle.**

Description du poste

En étroite collaboration avec l’équipe de la FFQ et le conseil d’administration, vous coordonnerez la campagne annuelle des 12 jours d’action pour l’élimination des violences envers les femmes. C’est une opportunité à saisir pour mettre en oeuvre une grande campagne nationale, dans une perspective intersectionnelle, auprès de nombreux organismes féministes !

Principales responsabilités :

  • Coordonner les rencontres du Comité des 12 jours ;
  • Respecter le budget établi par le Comité et en assurer le suivi ;
  • Planifier les besoins matériels et logistiques et organiser les activités du Comité (Site internet, événement de lancement, commémoration de la tuerie de Polytechnique le 6 décembre, lettre ouverte, etc.) ;
  • Rédiger des textes pour publication (site internet, réseaux sociaux et bulletin) concernant la campagne ;
  • Assurer l’accessibilité de la campagne ;
  • Assurer la diffusion médiatique de la campagne ;
  • Rédiger le rapport de projet ;
  • Travailler à l’établissement de partenaires en région pour relayer la campagne;

Compétences/expériences requises : 

  • Expérience professionnelle ou militante en communication et organisation de campagnes
  • Expérience professionnelle ou militante de travail en comité (compétences relationnelles)
  • Très bonne capacité à travailler en équipe
  • Bonne connaissance des enjeux féministes actuels au Québec
  • Capacité à intégrer une perspective intersectionnelle
  • Capacité de leadership, d’initiative et d’autonomie
  • Capacité d’analyse et de synthèse
  • Excellente capacité organisationnelle
  • Bonne connaissance des logiciels en environnement Windows
  • Excellente capacité de rédaction en français

Seront considérés comme atouts : 

  • Réseau de contacts presse
  • Réseau de contacts de militantes féministes à Montréal et en région

Pour soumettre votre candidature : 

Si ce poste vous intéresse, veuillez postuler avant le 20 août en envoyant un CV et une lettre de présentation à emploi@ffq.qc.ca en indiquant dans l’objet “Candidature – 12 jours d’action”. Les entrevues auront normalement lieu dans la dernière semaine du mois d’août.

Nous remercions toutes les candidates qui nous enverront leur candidature, cependant seules celles retenues pour une entrevue seront contactées.

Fédération des femmes du Québec :

La Fédération des femmes du Québec (FFQ) est une organisation féministe autonome. La FFQ est un lieu de militantisme et d’action, d’analyse et de réflexion, de débat, de formation et de concertation ouvert à toutes les femmes. À l’intérieur du mouvement des femmes, la FFQ s’inscrit dans le courant qui s’attaque aux systèmes d’oppression ou de domination que sont le patriarcat, le capitalisme, le racisme, l’impérialisme et l’hétérosexisme qui marginalisent et exploitent les femmes aux plans social, économique, culturel, politique et religieux, à l’échelle québécoise, canadienne et internationale.

Manifestation contre le racisme et la xénophobie: le 24 mars 2019 à 14h

(English will follow.)

**Manifestation contre le racisme et la xénophobie : ici et ailleurs**
Dimanche, 24 mars, 14h

Le 12 novembre 2017 et le 7 octobre 2018, deux grandes manifestations antiracistes ont attiré des milliers de personnes dans les rues de Montréal afin de dénoncer le racisme qui devient de plus en plus normalisé au sein de notre société, et à la fois dénoncer le discours xénophobe, islamophobe, misogyne, homophobe et transphobe de notre gouvernement et des groupes d’extrême-droite québécoises. Voilà pourquoi il faut reprendre la mobilisation massive, en commençant par une troisième grande manifestation populaire dans le cadre de la Semaine internationale pour l’élimination de la discrimination raciale. Cette manifestation vise à démontrer la solidarité avec les mouvements antiracistes et antifascistes au niveau mondial et à alimenter une résistance populaire contre les actions racistes, islamophobes et xénophobes.

Le contexte est d’autant plus urgent étant donné les intentions et annonces récentes du gouvernement de la CAQ, qui semble déterminé à interdire les signes religieux dans les services publics, en ciblant particulièrement les enseignantes musulmanes voilées qui travaillent dans le système scolaire public et dans les garderies. Nous revendiquons l’autonomie et le droit des femmes de s’habiller comme elles veulent sans devoir se justifier auprès de quiconque! Ce n’est pas à l’État d’imposer des restrictions aux femmes quant à leurs choix vestimentaires. C’est l’État qui doit être laïc, et non les individu-e-s!

Parallèlement, le gouvernement Legault a annoncé que son administration souhaitait annuler plus de 18 000 dossiers de demandes de résidence permanente en cours (projet de loi 9) afin d’adopter un système « plus sélectif ». Ce projet de loi affecte en fait plus de 54 000 personnes. Nous dénonçons catégoriquement ces mesures! Nous les dénonçons d’autant plus fortement que pendant que le gouvernement québécois bouleverse les vies de milliers de personnes établies ici-même, Legault se pavane à Paris dans l’espoir d’attirer des Français-e-s qui sauront, selon lui, mieux répondre aux besoins de l’économie.

Par son projet de loi, le gouvernement passe sous silence le fait que l’immigration vers le Québec et le Canada est le résultat de plusieurs siècles de colonialisme et d’impérialisme, de logiques destructrices encore à l’œuvre aujourd’hui et qui mettent les États face à leurs responsabilités! Blâmer l’immigration pour les maux de la société est non seulement un geste hypocrite, mais aussi un acte xénophobe qui doit être fermement dénoncé! Non à la xénophobie, oui à l’immigration! Racistes, dehors! Réfugié-e-s, bienvenues! Nous réclamons un statut pour tou-te-s!

Une situation dramatique requiert une réponse urgente et ferme! Cet appel à une manifestation le 24 mars s’inscrit dans un contexte d’actions de résistance continues contre la montée du racisme, de la xénophobie, de l’islamophobie, de l’antisémitisme, de l’extrême droite et de l’oppression sous toutes ses formes. Nous marchons non seulement contre les politiques xénophobes du gouvernement CAQiste, mais aussi contre les conditions qui ont directement contribué à la situation actuelle : un climat de banalisation et de normalisation de la rhétorique raciste et ultranationaliste d’extrême droite pour le plus grand bénéfice du capitalisme néocolonial dans lequel nous vivons.

Tou.te.s ensemble le 24 mars! Contre le racisme et la xénophobie! Pour l’immigration, l’égalité et la dignité!

Contact presse:

Responsable aux communications de la FFQ : 514 717 4847

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**Mass demonstration against racism and xenophobia, both here and elsewhere**
Sunday, March 24th, 2 pm

On November 12, 2017 and October 7, 2018, two large antiracist demonstrations attracted thousands of people to the streets of Montreal in order to denounce the racism that is becoming more and more normalized in our society, as well as the xenophobic, Islamophobic, misogynistic, homophobic and transphobic rhetoric increasingly present in the public political sphere and spread by Quebec far-right groups. This is why we must resume mass mobilizations, starting with a third major demonstration, which will take place in the context of the International Week for the Elimination of Racial Discrimination. The event aims to show our solidarity with anti-racist and antifascist movements worldwide, and also to fuel popular resistance against racist, Islamophobic and xenophobic actions.

In context, this is all the more urgent given the recent intentions and announcements of the CAQ government, which seems determined to ban religious symbols in public services, particularly targeting veiled Muslim teachers who work in the public school system and in daycares. We demand the autonomy and the right of women to dress as they want without having to justify themselves to anyone! It is not up to the state to impose restrictions on women’s clothing choices. It is the state that must be secular, not the individual!

At the same time, the Legault government announced that its administration plans to cancel over 18,000 permanent resident applications (Bill 9) in order to adopt a “more selective” system for accepting newcomers. This bill will affect more than 54,000 people. We categorically denounce these measures! We denounce all the more strongly that while the Quebec government upsets the lives of thousands of people settled here, Legault struts around in Paris in hopes of attracting French immigrants to Canada, who will, according to him, “better respond” to the needs of the economy.

Through Bill 9, the government demonstrates its willful ignorance of the fact that immigration to Quebec and Canada is the result of centuries of colonialism and imperialism, destructive ideologies still at work today, and for which these states are in part responsible! Blaming immigration for the ills of society is not only a hypocritical gesture, but also a xenophobic act that must be firmly denounced! No to xenophobia, yes to immigration! Racists, out! Refugees, welcome! We demand a status for all!

A dramatic situation requires an urgent and strong response! This call for a demonstration on March 24th is part of ongoing resistance – in Quebec and elsewhere – against the rise of racism, xenophobia, Islamophobia, anti-Semitism, the far-right, and oppression in all its forms. We march not only against the xenophobic policies of the CAQ government, but also against the conditions that have directly contributed to the current situation: a climate of trivialization and normalization of far-right racist and ultranationalist rhetoric, which works for the greater benefit of the neocolonial capitalist system in which we live.

Join us on March 24th, against racism and xenophobia! For the right to immigration, equality and dignity!