Appel pour une surveillance des droits humains dans les réponses gouvernementales à la pandémie de COVID-19

De concert avec quelque 300 organismes et personnes, la Fédération des femmes du Québec a signé cet appel à l’action

Le respect des droits humains demeure primordial en temps de crise. Les principes qui les sous-tendent apportent un cadre précieux pour guider les actions des gouvernements et fournissent les balises nécessaires pour empêcher d’éventuels abus. En temps de crise, le respect des droits humains devient particulièrement fragile – pour le moins ténu. Il en est ainsi peu importe la nature de la crise, que celle-ci soit due à des enjeux de sécurité nationale, à des catastrophes naturelles ou à une urgence de santé publique telle que la pandémie de COVID-19. Il s’agit donc d’un moment critique demandant une surveillance rigoureuse du respect des droits humains : afin d’encourager les divers paliers de gouvernements à adopter des mesures fortes destinées à renforcer l’exercice des droits humains et à se prémunir contre de possibles violations intentionnelles ou involontaires de ceux-ci.

Le droit international indique clairement quelles mesures les gouvernements doivent prendre pour assurer la protection des droits humains – qu’il s’agisse du droit à la vie, du droit à la santé, du droit à un logement convenable ou à des moyens de subsistance menacés en raison de la crise due à la COVID-19. Ils établissent des exigences claires en matière d’égalité entre les genres, de non-discrimination et de droits linguistiques, mettant en évidence la nécessité d’une action délibérée des gouvernements afin de protéger pleinement les droits des individus et des communautés marginalisées. Il permet de fixer les limites que les États ne peuvent franchir lorsqu’ils estiment nécessaire de restreindre certains droits pour faire face à la crise.

Cependant, le fait que les obligations imposées aux États en matière de droits humains soient claires ne garantit pas pour autant qu’elles seront respectées. Le risque de voir les gouvernements outrepasser leurs obligations est particulièrement préoccupant en ce qui concerne bon nombre de droits directement touchés par la pandémie de COVID-19, notamment ceux relatifs à la santé, au logement, à la nourriture et à l’eau potable. Malgré la reconnaissance internationale du principe d’interdépendance et d’indissociabilité des droits humains, il arrive que les différents paliers de gouvernement du Canada affirment que ces droits, tout comme les autres droits économiques, sociaux et culturels, ne devraient pas être soumis aux mêmes normes de mise en oeuvre et de surveillance que les droits civils et politiques, laissant leur protection incertaine et entre les mains du politique.

Trop souvent, en temps de crise, les droits humains sont considérés par les gouvernements comme non pertinents voire inutiles, si ce n’est qu’ils soient carrément vus comme des obstacles à une réponse efficace. Et c’est ce qui se passe actuellement avec la crise sanitaire. Les gouvernements sont confrontés à d’énormes défis et doivent prendre des décisions rapidement. Les risques encourus pour la santé publique sont dramatiques et les retombées négatives sur l’économie se multiplient de façon exponentielle. Naturellement effrayés et confrontés à une surcharge d’information, la population est moins susceptible de questionner les gestes posés par les gouvernements et davantage encline à leur accorder une plus grande latitude, même lorsque les mesures mises de l’avant restreignent considérablement leurs droits.

Souvent sous-estimé est l’impact important et différent que ces mesures restrictives ont sur: les communautés des Premières Nations, des Métis et des Inuit, les personnes noires ou racisées (notamment dans ce cas-ci des personnes d’origine asiatique), les personnes âgées, les personnes handicapées, les femmes et les enfants vivant de la violence à la maison, les personnes réfugiées et migrantes, les personnes marginalisées en raison de leur sexe ou de leur identité ou orientation sexuelles, les minorités linguistiques officielles, les personnes incarcérées, les travailleuses et travailleurs du sexe, les personnes sans-abri ou vivant dans des logements inadéquats, les personnes dépendantes aux drogues, les personnes dont l’emploi est précaire et toute autre personne ou communauté marginalisée.

En même temps, les mécanismes et les institutions existants jouant traditionnellement un rôle central dans la protection des droits humains – y compris les cours, les commissions et les tribunaux des droits de la personne – sont confrontés à des contraintes et à des limites importantes. Bien que certaines causes urgentes soient toujours entendues par vidéoconférence ou conférence téléphonique, de nombreuses procédures ont été ajournées indéfiniment et la plupart des nouveaux cas ne sont pas inscrits au calendrier. En outre, en raison de la nature spécifique de la pandémie et de l’arrêt des processus démocratiques, les espaces publics de délibération, tels que les comités parlementaires et les consultations publiques, servant habituellement de mécanismes assurant la responsabilité et la transparence en matière de droits humains, sont actuellement non fonctionnels.

Nous appelons donc les paliers de gouvernement – fédéral, provincial, territorial et municipal – à prendre des mesures urgentes pour améliorer et renforcer la surveillance des droits humains dans leurs réponses à la pandémie de COVID-19, notamment :

  • En veillant à ce que les gardiens du savoir autochtones, les représentant.e.s des commissions fédérales, provinciales et territoriales des droits humains, les représentant.e.s des bureaux municipaux des droits humains concernés, et les commissaires aux langues officielles aient un rôle consultatif officiel, voire accru, auprès des comités spéciaux, des groupes de travail d’urgence, des groupes de travail d’intervention en cas de crise et d’autres instruments créés par les gouvernements afin de coordonner leur réponse à la pandémie de COVID-19.
  • Établir ou identifier immédiatement des comités indépendants de surveillance des droits humains composés de représentant.e.s des Premières Nations, des Métis et des Inuit, des collectivités touchées, des fournisseurs de services de première ligne, des défenseur.e.s des droits humains, des travailleuses et des travailleurs, ainsi que des universitaires, avec pour mandat de :
    • identifier les mesures nécessaires pour renforcer la protection des droits humains dans les stratégies de réponse à la pandémie;
    • surveiller les violations des droits humains associées aux mesures d’intervention prises pour contrer la COVID-19, y compris par le biais des forces de police;
    • rendre visible et disponible les informations et les statistiques, désagrégées par sexe et genre, selon l’identité autochtone, la race, le handicap s’il y a lieu ou toute autre caractéristique identitaire, nécessaires pour améliorer la protection des droits humains;
    • veiller à ce que les gouvernements appliquent une analyse comparative intersectionnelle entre les sexes à toutes les dimensions de leurs réponses à la crise de la COVID-19 intégrant, entre autres, des cadres antiracistes, anti-capacitisme et anti-oppression;
    • encourager et tirer parti d’une approche communautaire de veille des droits humains et du signalement des violations des droits associées à la COVID-19 ;
    • faire des recommandations régulières aux gouvernements; et
    • faire rapport publiquement, sur une base régulière et par le biais de mécanismes à être déterminés par les Comités, une fois ceux-ci mis sur pied.

Pour consulter la liste des 300 organismes et personnes ayant signé cet appel, consulter le fichier PDF joint.

Reporté : le Forum Transformer nos organismes

En raison des mesures d’urgence prévues pour limiter la propagation de la COVID-19, le conseil d’administration de la Fédération des femmes du Québec a décidé de reporter à une date ultérieure la tenue du forum Transformer nos organismes qui devait avoir lieu les 27 et 28 mars prochain à Sherbrooke.

Nous sommes profondément désolées de la situation, et nous vous enjoignons à prendre soin de vous et de vos proches dans les prochaines semaines. Celles qui avaient réservé une chambre d’hôtel au Delta dans le bloc réservé par la FFQ, les réservations ont déjà été automatiquement annulées. Si vous avez réservé en dehors du bloc, il faudra que vous appeliez le Delta au 819-822-9839 pour annuler vous-mêmes.

Pour toute information supplémentaire, contactez-nous par courriel à info@ffq.qc.ca.

En solidarité,

L’équipe de la Fédération des Femmes du Québec

Un 8 mars en action!

Visuel du 8 mars 2020

Communiqué de presse

UN 8 MARS EN ACTION !

Montréal, le 6 mars 2020 – C’est sur le thème Féministes de toutes nos forces que le Collectif 8 mars souligne la Journée internationale des droits des femmes. Depuis plusieurs semaines, le Collectif 8 mars a lancé un appel à la mobilisation en donnant la parole aux femmes. Parmi les divers moyens mis œuvre, il invite la communauté à s’engager par une campagne de partage de photos sur les réseaux sociaux et par l’envoi de cartes postales destinées à la ministre responsable de la Condition féminine, Isabelle Charest.

Le visuel de cette année représente des femmes, main dans la main, en geste de victoire symbolisant l’union des combats féministes. « Ce visuel se rapporte à la notion de partage, à une libération qui peut s’accomplir seulement de façon plurielle et collective. L’affiche célèbre, de manière festive et à travers une palette de couleurs vives, l’aspect international et intersectionnel des luttes en cette année de Marche mondiale des femmes », souligne la porte-parole du Collectif et vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), Marlihan Lopez.

En appui à la Marche mondiale des femmes

Le Collectif 8 mars a choisi d’appuyer les féministes du monde entier au sein de la Marche mondiale des femmes dans leurs actions qui se dérouleront du 8 mars au 17 octobre 2020. Au Québec, le rassemblement de la Marche mondiale des femmes aura lieu le 17 octobre prochain dans la ville de Terrebonne. « Les Québécoises et les Québécois sont invités à marcher en appui aux revendications qui se déclinent sous cinq grands thèmes : pauvreté ; violence ; justice climatique ; femmes immigrantes, migrantes et racisées; et femmes autochtones. Ce sont des enjeux fondamentaux qui méritent une forte mobilisation! » ajoute Marlihan Lopez.

En marche avec Femmes de diverses origines (FDO)

Le Collectif 8 mars lance également une invitation à participer à la manifestation organisée par Femmes de diverses origines (FDO), qui se tiendra à 13 h au Square Cabot, à Montréal, station de métro Atwater.

À propos du Collectif 8 mars

Le Collectif 8 mars représente 700 000 femmes au Québec provenant de l’Alliance du personnel professionnel et technique de la santé et des services sociaux (APTS), de la Centrale des syndicats démocratiques (CSD), de la Confédération des syndicats nationaux (CSN), de la Centrale des syndicats du Québec (CSQ), de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE), de Femmes de Diverses Origines (FDO), de la Fédération interprofessionnelle de la santé du Québec (FIQ), de la Fédération des femmes du Québec (FFQ), de la Fédération des travailleurs et travailleuses du Québec (FTQ), du Syndicat de la fonction publique et parapublique du Québec (SFPQ) et du Syndicat de professionnelles et professionnels du gouvernement du Québec (SPGQ).

Pour télécharger le visuel du 8 mars : www.facebook.com/Collectif8mars

Page Facebook de la Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes : www.facebook.com/CQMMF

SOURCE : COLLECTIF 8 MARS

Renseignements : Rima Chaaban, rchaaban@ftq.qc.ca, 514 806-9162

Télécharger ce communiqué : en format Word ou en format PDF

Visuel du 8 mars 2020
Visuel du 8 mars 2020. Le Collectif 8 mars, Molotov communications. Illustration : Guadalupe Pérez Pita.

La CQMMF dévoile ses revendications

Montréal, le mardi 3 mars 2020 – La Coordination du Québec de la Marche mondiale des femmes (CQMMF) a dévoilé ce matin ses cinq revendications devant les bureaux montréalais de la Ministre responsable de la Condition féminine, Madame Isabelle Charest. « Les revendications sont le fruit d’un travail de consultation entamé en 2018 qui a sollicité l’ensemble des membres, soit plus d’une quarantaine d’organisations, a expliqué Marie-Andrée Gauthier, co-porte-parole de la CQMMF et coordonnatrice générale du Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec. Elles permettent de faire le lien entre les enjeux des femmes au Québec en 2020 et les grands thèmes de la Marche mondiale des femmes (MMF) que sont la pauvreté et la violence ».

« La lutte contre la violence faite aux femmes est malheureusement encore et toujours un incontournable, souligne Virginie Larivière, co-porte-parole de la CQMMF et organisatrice politique au Collectif pour un Québec sans pauvreté, tout comme la lutte à la pauvreté, une autre triste constante dans la vie des femmes ». Les droits des femmes migrantes, immigrantes et racisées font également l’objet d’une revendication concernant la mise en place de mesures inclusives leur garantissant un accès aux services et la pleine réalisation de leurs droits. « La justice climatique était aussi un incontournable et nous avons choisi d’exiger des mesures facilitant l’accès à l’eau potable et à une alimentation de qualité́ à un prix accessible », a expliqué Francine Rivest, co-porte-parole de la CQMMF et coordonnatrice de la Table de concertation des groupes de femmes de Lanaudière. Finalement, plusieurs revendications et recommandations concernent spécifiquement les femmes autochtones. « Nous réclamons justice, réparation, sécurité, sensibilisation, formation et soutien aux organismes de première ligne. Parce qu’ASSEZ C’EST ASSEZ », a martelé Viviane Michel, co-porte-parole de la CQMMF et présidente de Femmes autochtones du Québec.

La mobilisation est donc lancée – partout au Québec, les antennes régionales de la MMF et des groupes de femmes ont également déposé ou déposeront dans les prochains jours les revendications au ministre responsable de leur région – et elles culmineront le 17 octobre prochain lors d’une grande Marche à Terrebonne, un évènement national. D’ici là, la prochaine étape sur la route de la CQMMF sera de rencontrer la ministre Charest, le 6 mars prochain, afin d’échanger avec elle sur les revendications portées par les militantes de la MMF.

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Télécharger le document présentant les revendications

Pour information et demandes d’entrevue :
Éliane Legault-Roy, relationniste
eliane@beteferoce.com
Cell. : 514-692-4762

Journée internationale des droits des femmes, le 8 mars 2020

Le Collectif 8 mars, Molotov communications. Illustration : Guadalupe Pérez Pita.

Le 8 mars prochain aura lieu la Journée internationale des droits des femmes, une journée de célébration des droits des femmes, une journée de bilans des luttes menées et à mener et aussi une journée d’actions et de mobilisations partout dans le monde. Chaque année, au Québec, le Collectif 8 mars propose un thème et un visuel à l’ensemble des groupes et organismes féministes du Québec, afin de les inspirer et les soutenir dans leur mobilisation.

Le Collectif 8 mars est composé de la FFQ, du comité condition féminine de la CSN, de la FTQ et de l’Intersyndicale des femmes (représentant les comités condition féminine de l’APTS, CSD, CSQ, FAE, FIQ, SFPQ, SPGQ). Cette année, le thème que nous vous proposons est le suivant : Féministes de toutes nos forces ! 

Le Collectif 8 mars représente plus de 700 000 femmes au Québec provenant autant des groupes autonomes de femmes que des organisations syndicales.

Le visuel et le thème du 8 mars 2020 : Féministes de toutes nos forces

Les mains et le geste de la victoire sont utilisés comme acte symbolique qui connecte nos luttes. Ce visuel se rapporte à la notion de partage, à une libération qui peut s’accomplir seulement de façon plurielle et collectivement. L’affiche célèbre l’aspect international et intersectionnel de nos expériences en cette année d’action de la Marche mondiale des femmes (MMF) : une ambiance de célébration à travers une palette de couleurs vives.

L’épinglette : symbole des luttes féministes

En portant l’épinglette du 8 mars, nous affirmons que nous sommes féministes et affichons notre détermination à poursuivre la lutte pour le plein respect de nos droits fondamentaux, dont celui de l’égalité entre les femmes et les hommes.

#8mars

À l’ère des médias sociaux, nous vous invitons à utiliser ce mot-clic dans le cadre de vos actions et communications entourant le 8 mars ou simplement pour commenter l’actualité.

Mobilisation

Voici une boîte à outils pour vous aider dans votre mobilisation :

Un calendrier de mobilisation

Cartes postales – versions électroniques
En français | En anglais-In English

Cartes postales – versions papier
En français | En anglais-In English

Lettre du Collectif 8 mars, envoyée en janvier 2020



Outils visuels pour promouvoir le 8 mars

Vous pouvez télécharger le matériel suivant :

Affiche (12 pouces x 18 pouces)

En français | En anglais

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Droits d’autrices:
Dans tous les cas d’utilisation de l’illustration, complète ou partielle, l’utilisateur s’engage à écrire la mention suivante : « Le Collectif 8 mars, Molotov communications. Illustration :  Guadalupe Pérez Pita. » L’illustration ne peut être modifiée d’aucune façon sans son consentement.

Bons préparatifs!

Programmation lancée pour le Forum 2020!

Décoratif : extrait des images du programme

La programmation complète du Forum Transformer nos organismes est lancée !! Nous avions hâte de vous la partager. Merci à toutes les extraordinaires personnes militantes qui ont accepté de créer des ateliers sur mesure et de partager leurs projets, leurs stratégies, leurs coups de gueules et leurs analyses !!

Rendez-vous à Sherbrooke les 27 et 28 mars 2020 !

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

image décorative

Nous retranscrivons ici en intégralité le discours de la vice-présidente de la FFQ, Marlihan Lopez, lors de la commémoration du 6 décembre à la Place du 6-décembre-1989 :

Une violence genrée et racialisée. Tantôt banalisée, tantôt fétichisée. Mariages forcées, violences basées sur l’honneur, pourquoi êtes-vous seulement intéressées à nous entendre quand la violence peut être utilisée comme prétexte pour stigmatiser toute une communauté ou pour faire pousser des projets colonialistes et impérialistes? Je ne prétends pas dire qu’il n’existe pas de violence misogyne à l’intérieur de nos communautés, ou qu’il faudrait le cacher. Non certainement pas, nous devons continuer à briser le silence. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Tantôt hypervisibles, Tantôt effacées.  L’obsession exclusive avec la violence dans le contexte de la sphère privée, la violence envers des femmes « opprimées » par leurs maris « barbares » sert souvent à excuser la violence publique, les actes haineux motivés par le racisme, l’islamophobie et la misogynie.  Mais prêtez-vous attention quand on vous parle des violences racistes, des violences étatiques, des violences systémiques qu’on subit aux quotidien? Quand on vous parle des barrières à l’accès aux ressources pour les femmes victimes de violence? Quand on vous parle de l’absence des services en violence sexuelle à Montréal Nord?

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Peut-on avoir notre #MoiAussi, #AgressionNonAnnoncée sans déclencher une haine raciste envers nos communautés ? Quand est-ce que les violences dont nous sommes victimes recevront la même indignation que reçoivent celles vécues par des femmes appartenant à des groupes dominants : blanches, hétéro, cis ? Où se trouve la colère et l’indignation collective quand nous dénonçons les violences publiques auxquelles nous sommes soumises à cause du racisme systémique? 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Serons-nous encore obligées à choisir entre la lutte contre l’oppression raciste et la lutte contre l’oppression sexiste, sachant qu’on vit ces discriminations simultanément. L’insécurité que l’on ressent dans un contexte d’hostilité qui ne cesse d’empirer envers les personnes racisées, immigrantes, musulmanes… On le ressent en tant que FEMMES et en tant que minorités raciales/ethno-culturelles.  Mais la violence raciste et patriarcale prétend nous obliger à compartimenter nos identités et notre oppression et vous êtes toutes et tous complices. 

Nos corps ne sont pas un terrain de violence

Cette année, dans le contexte des 12 jours contre les violences faites aux femmes et de la commémoration du 6 décembre, nous parlons beaucoup d’anti-féminisme, je dirai anti-féminismes en pluriel. Ça a été un moment pour réfléchir aux violences systémiques dont sont victimes les femmes.  La Ville a même reconnu la tuerie à la Polytechnique comme étant un attentant anti-féministe. Reconnaitrons-nous aussi cette vague de violence raciste et genrée, d’islamophobie comme des actes anti-féministes qui mérite également une mobilisation et une indignation collective? 

Nos corps ne seront plus un terrain de violence

Discours de Marlihan Lopez à l’inauguration de la nouvelle plaque à la Place du 6-décembre-1989

Le 5 décembre 2019, Marlihan Lopez, vice-présidente de la Fédération des femmes du Québec était inviter à s’exprimer à l’occasion de l’inauguration de la nouvelle plaque à la Place du 6-décembre-1989. Voici le discours qu’elle a prononcé :

Cette année, la campagne des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, coordonnée par le Comité 12 jours a lieu du 25 novembre au 6 décembre. Notre campagne rappelle à quel point il est crucial de prendre ce moment de recueillement à chaque année pour se souvenir des 14 femmes qui furent assassinées le 6 décembre 1989 à Polytechnique.  

30 ans plus tard, cette date est devenue la Journée nationale de commémoration et d’action contre les violences envers les femmes. Ce moment de recueillement est incontournable parce qu’il nous rappelle à nos responsabilités 30 ans plus tard. 

Car oui, 30 ans plus tard, le Comité 12 jours vous demande mais quelles différences ?

Quelles différences quand le premier féminicide, soit le génocide colonial des autochtones, n’est toujours pas reconnu ? 

1017. C’est le nombre de femmes autochtones assassinées et disparues depuis plus de 30 ans selon les sources officielles. C’est une sous-estimation.

4 000. C’est le nombre de femmes autochtones assassinées et disparues selon les organismes de terrain. Ce serait aussi une sous-estimation.

Évitons que la mémoire ne nous fasse défaut. 

Quelles différences en 2019 quand les femmes en situation de handicap ne sont écoutées que pour vous permettre de rajouter une note de bas de page dans vos statistiques ? Quelles différences lorsque le système ne les inclut toujours pas ? 

Évitons que la mémoire ne nous fasse défaut. 

Quelles différences en 2019 quand les voix et les expériences des femmes racisées sont toujours mis de côté si ce n’est pour mettre de l’avant une vitrine antiraciste dans une société où le racisme systémique règne ? Quelles différences quand nous les écoutons qu’au bénéfice de notre bonne conscience ? 

Évitons que la mémoire ne nous fasse défaut. 

Quelles différences en 2019 quand les hommes qui parlent de voile sont plus écoutées que les femmes qui parlent de viol ? Quelles différences ?! 

Évitons que la mémoire ne nous fasse défaut. 

Si nommer les violences est une étape nécessaire pour éduquer et enrayer les violences faites à toutes les femmes, il y a urgence d’agir pour toutes celles qui résistent encore.

En tant que représentante du Comité 12 jours et en tant que femme, je me retrouve aujourd’hui debout devant vous et peinée par l’assassinat des 14 femmes le 6 décembre 1989 à Polytechnique. Je me retrouve aujourd’hui avec la rage au ventre pour toutes celles qui ont péri en raison des violences et pour toutes celles qui malheureusement  sont encore oubliées.

Les membres du Comité 12 jours n’ont pas le luxe de vivre sans être affectées chaque jour par des violences. Les membres du Comité 12 jours n’ont pas le luxe de vivre en ayant la possibilité de regarder ailleurs alors que des femmes sont toujours victimes de violence. 

C’est pourquoi le Comité 12 jours continuera de faire de l’éducation et de la sensibilisation inconfortable. C’est pourquoi le Comité 12 jours demande à tous les décideurs politiques de passer à l’action et de s’engager résolument pour enrayer les violences faites à toutes les femmes. Cela passe par un financement adéquat des organismes communautaires sur le terrain notamment celles qui interviennent auprès des femmes les plus vulnérables.

14 femmes furent assassinées en 1989. 30 ans plus tard, Dona Paré is still missing. 

30 ans plus tard croyez nous aussi !

Discours co-rédigé par Claire-Anse Saint-Éloi et Pauline Ou-halima

30 ans plus tard, souvenons-nous

Sur l'image, au côté des visages des femmes assassinées le 6 décembre 1989 est écrit : "on se souvient"

Aujourd’hui c’est la Journée internationale de commémoration et d’action contre la violence faite aux femmes.

Il y a 30 ans, 14 femmes étaient assassinées durant l’attentat antiféministe à Polytechnique uniquement parce qu’elles étaient des femmes.

Souvenons-nous de chacune de ces femmes. La perpétuation de leur mémoire est un devoir collectif de commémoration des crimes d’hier qui continuent encore aujourd’hui à cibler des femmes parce qu’elles sont des femmes.

ON SE SOUVIENT :

Geneviève Bergeron (née en 1968), étudiante en génie civil.
Hélène Colgan (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Nathalie Croteau (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Barbara Daigneault (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Anne-Marie Edward (née en 1968), étudiante en génie chimique.
Maud Haviernick (née en 1960), étudiante en génie des matériaux.
Barbara Klucznik-Widajewicz (née en 1958), étudiante infirmière.
Maryse Laganière (née en 1964), employée au département des finances.
Maryse Leclair (née en 1966), étudiante en génie des matériaux.
Anne-Marie Lemay (née en 1967), étudiante en génie mécanique.
Sonia Pelletier (née en 1961), étudiante en génie mécanique.
Michèle Richard (née en 1968), étudiante en génie des matériaux.
Annie St-Arneault (née en 1966), étudiante en génie mécanique.
Annie Turcotte (née en 1969), étudiante en génie des matériaux.

En hommage à ces 14 femmes assassinées ce 6 décembre 1989, nous portons la responsabilité collective de ne pas se souvenir de leur assassinat en prétendant que de telles violences n’ont plus d’ancrage dans la réalité quotidienne du Québec en 2019. 

En 2019, Dona Paré is still missing. En 2019, le premier féminicide, soit le génocide colonial des autochtones, n’est toujours pas reconnu.

De toutes les femmes qui ont été assassinées par leurs conjoints, leurs partenaires, des amis, des connaissances et des étrangers.

De toutes les femmes Autochtones disparues et assassinées, dont une liste incomplète de leurs noms se trouve ici: http://bit.ly/2BFffWs

30 ans plus tard, évitons que la mémoire ne nous fasse défaut.

30 ans plus tard, on se souvient de vous toutes et on vous aime. ❤️

Suicide de Madame M à la Prison Leclerc : demande d’enquête spéciale

Aujourd’hui, le Groupe G13, table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes, envoie une demande d’enquête spéciale sur le suicide de Madame M à la Prison Leclerc. La lettre est adressée à Mme Geneviève Guilbeault, Ministre de la Sécurité Publique, Mme Sonia Lebel, Ministre de la Justice, Mme Isabelle Charest, Ministre de la condition féminine, Monsieur David Lametti, ministre de la Justice au niveau fédéral et Madame Myriam Monsef, Ministre des femmes et de l’égalité des genres. Voici la lettre et la liste des signataires.

 Objet : Demande d’enquête spéciale 

Le suicide de Madame M au centre de détention Leclerc, logique de criminalisation et d’incarcération des femmes 

Madame la Ministre, Monsieur le Ministre, 

En cette période des 12 jours d’action contre les violences faites aux femmes, il nous semble important de parler de celles qui ne sont pas encore crues, celles qui doivent encore faire un travail de survie sans soutien ni reconnaissance de l’État québécois et canadien. 

Le 5 novembre à la prison Leclerc, une femme a mis fin à ses jours. C’est le quatrième suicide qui survient dans cette prison pour femmes en l’espace de deux ans. Au moins dix tentatives ont également eu lieu dans la même période. 

En tant que féministes, nous constatons que les prisons sont des lieux de reproduction de la violence étatique et institutionnelle, où les femmes sont davantage vulnérables. Nous croyons que le système carcéral, et spécifiquement la prison Leclerc, est un facteur aggravant ayant poussé Madame M à mettre fin à son combat de la façon dont elle l’a fait. Les conditions de son incarcération concluent la funeste épopée d’injustices qu’elle a vécue : l’acharnement des États canadien et états-uniens dans la non-reconnaissance des violences post-séparation de son ex-conjoint violent ainsi que la persécution qu’elle a vécue sur une période de 9 ans de notre système de justice, et enfin la négligence de l’administration québécoise. 

“Madame M” était une mère de famille de trois enfants, originaire du Québec, établie aux États-Unis. Elle s’est enfuie avec ses enfants pour retourner au Canada en 2010 pour les protéger de leur père violent. Dix jours après le jugement d’extradition définitif de la Cour Suprême, elle est retrouvée morte dans sa cellule de la prison Leclerc. Loin d’être une séquence vécue sur quelques semaines seulement, Madame M a vécu pendant plus de 9 ans différentes formes de violences étatiques : la non-reconnaissance de celle vécue dans sa relation conjugale ; l’acharnement des gouvernements des Etats-Unis et du Canada pour la punir ; et, finalement, l’internement dans une prison que même le gouvernement fédéral refuse d’utiliser à cause de sa désuétude. Le personnel formé à la prévention du suicide n’a-t-il pas vu ses poignets cicatrisés lorsqu’elle a été incarcérée ? 

Soyons clair.es, c’est en tant que femme dans une société patriarcale que Madame M a enduré une double violence : la violence conjugale et la violence institutionnelle qui la menaçait d’un procès pour “enlèvement” alors qu’elle cherchait à protéger ses enfants, à défaut d’être protégée par les pouvoirs publics. 

Malheureusement, l’histoire de Madame M. n’est pas unique. Les femmes ayant vécu des violences interpersonnelles affirment que le système pénal ne protège pas les personnes marginalisées victimes de relations violentes. Le système carcéral lui-même est une forme de violence dans leur vie, qui reproduit la violence sans se préoccuper de leur réalité. C’est pourquoi aujourd’hui nous exigeons que vous, la Ministre de la Sécurité du Québec, conduise une enquête spéciale sur les conditions de détention des femmes à la prison Leclerc. 

Veuillez agréer, madame la Ministre, l’expression de nos salutations respectueuses, 

Gabrielle Bouchard & Gaëlle Fedida 

Pour le G13 

Organisations membres du G13 

Formé dès 1986, le G13 est une table de concertation de 20 groupes et regroupements provinciaux de groupes féministes. Il sert de porte-voix pour l’ensemble des réalités diverses que nos groupes représentent : des femmes autochtones, racisées, en situation de handicap, de la diversité sexuelle; des maisons d’hébergement à l’employabilité, des tables de groupes de femmes aux centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel, des centres de femmes à la santé sexuelle et reproductive, des organismes de soutien aux familles monoparentales et recomposées, de la défense de droits à la prestation de services, du milieu de vie à l’éducation populaire. Nous représentons plusieurs centaines de groupes et des dizaines de milliers de femmes, souvent parmi les plus vulnérables et marginalisées. 

Action santé femmes 

Alliance des maisons d’hébergement de 2e étape pour femmes et enfants victimes de violence conjugale 

Centre de documentation sur l’éducation des adultes et la condition féminine 

Concertation des luttes contre l’exploitation sexuelle 

Conseil d’intervention pour l’accès des femmes au travail 

DAWN-RAFH Canada 

Fédération des associations de familles monoparentales et recomposées du Québec 

Fédération des femmes du Québec 

Fédération des maisons d’hébergement pour femmes 

Fédération du Québec pour le planning des naissances 

Femmes Autochtones du Québec 

L’R des centres de femmes du Québec 

Regroupement des maisons pour femmes victimes de violence conjugale 

Regroupement Naissance-Respectées 

Regroupement québécois des centres d’aide et de lutte contre les agressions à caractère sexuel 

Relais-femmes 

Réseau d’action pour l’égalité des femmes immigrées et racisées du Québec 

Réseau des lesbiennes du Québec– Femmes de la diversité sexuelle 

Réseau des Tables régionales de groupes de femmes du Québec 

Table de concertation des organismes au service des personnes réfugiées et immigrantes