Les femmes autochtones: grandes oubliées du rapport de la Commission Viens

Crédit photo: Viviane Michel, Présidente de Femmes Autochtones du Québec (site des Femmes Autochtones du Québec)

Communiqué publié initialement sur le site des Femmes Autochtones du Québec

VAL D’OR, le lundi 30 septembre 2019 – Femmes Autochtones du Québec (FAQ) assiste aujourd’hui au dépôt du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès, communément appelée Commission Viens. Les recommandations du mémoire de FAQ à la Commission visaient à sécuriser les femmes autochtones, tant dans leur intégrité physique que psychologique, face au système de justice et dans leurs interactions avec les membres des différents corps policiers. Force est de constater que ces recommandations n’ont pas été retenues et que la sécurité des femmes autochtones n’a pas été considérée comme prioritaire par la Commission.

Rappelons que la Commission avait été mise sur pied suite aux dénonciations des abus policiers commis à l’endroit de femmes autochtones au Québec. FAQ souhaite souligner le courage des femmes de Val d’Or qui ont brisé le silence et dénoncé les abus policiers. Ces femmes ont payé cher leur prise de parole publique, ayant été personnellement ciblées par les membres des forces policières qu’elles dénonçaient au départ en plus d’avoir subi de l’intimidation, notamment par le port des brassards rouges par des policiers de la Sûreté du Québec partout sur le territoire québécois. Convaincue que leurs voix devaient être entendues, FAQ a soutenu ces femmes dans leur demande de justice et dans leur refus de s’incliner devant un système qui plutôt que de les protéger les agresse. Suite à la pression des dénonciations publiques et aux reportages télévisés, la Commission a vu le jour.

Constatant la discrimination systémique à l’égard des Autochtones au Québec, le mandat de la Commission avait alors été élargi afin d’inclure les problèmes de discrimination qui touchent tous les Autochtones qui font appel aux services publics de compétence provinciale. Conséquemment, les appels à l’action énoncés par le Commissaire Viens traitent amplement des failles des services publics provinciaux aux Autochtones. Nous saluons ce travail et espérons qu’enfin ces constats d’échec trouveront des remèdes appropriés et culturellement sécurisants. En revanche, il serait erroné de croire que la Commission a dûment rempli son mandat auprès des femmes autochtones.

FAQ avait demandé une enquête sur les services policiers. L’élargissement du mandat de la Commission a dévié le point focal que formaient les femmes autochtones abusées par les membres des corps policiers et négligées par le système de justice. FAQ travaille déjà au quotidien à sensibiliser ses membres, et donc par extension les communautés autochtones, aux problèmes liés aux agressions à caractère sexuel. La responsabilité de permettre un accès à la justice sécurisant et sécurisé aux femmes est imputable au système de justice et aux membres des corps policiers. Nous sommes donc de retour à la case départ : l’enquête n’a pas mené à des appels à l’action probants à l’égard des services policiers et du système de justice dans l’accueil des femmes autochtones et la Commission a omis l’analyse fondamentale nécessaire qui avait donné naissance à son existence même.

FAQ souhaite réitérer sa main tendue vers le système en place pour une collaboration : la mise en oeuvre des appels à l’action doit se faire avec les organismes de femmes autochtones. Nous interpellons la Protectrice du citoyen à cet égard et avons hâte de pouvoir partager notre expertise avec elle dans le travail de mise en oeuvre et de suivi des appels à l’action de la Commission.