Élections fédérales: où sont passés les enjeux féministes ?

Sur l'image est écrit en titre: "LES ENJEUX FÉMINISTES" - en dessous est écrit : "vu par les débats des chefs VS. vu par les expert.e.s de terrain"

Le dernier débat des chefs s’est clôturé hier soir. Encore une fois, nous n’avons que pu constater la superficialité avec laquelle les enjeux féministes étaient discutés quand ceux-ci n’étaient pas carrément ignorés de la discussion.

Pourtant, que ceux-ci soient membres ou non de la FFQ, des groupes syndicaux et communautaires ont formulé des revendications précises quant aux enjeux féministes…

Alors nous avons voulu mettre en image le fossé entre « l’expertise » politique et l’expertise des groupes de terrain lorsqu’il est question des enjeux féministes*:

*Pour avoir une vision plus complète des revendications féministes de ces groupes, rendez-vous sur le site du CDEACF. Un dossier très complet s’y trouve sur les enjeux féministes formulés par les groupes dans le cadre des élections fédérales: http://cdeacf.ca/dossier/elections-federales-2019

Grand Forum : Transformer nos organismes

L'affiche du Forum Transformer nos organismes 27 et 28 mars 2020 avec : et il est écrit : 85% des membres de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel

Pour beaucoup d’entre nous, le féminisme doit être intersectionnel. Mais pour beaucoup d’entre nous aussi, il est encore difficile de passer de la théorie à la pratique. Transformer concrètement nos manières de faire semble difficile, en particulier dans nos organismes mixtes (hommes/femmes/personnes non binaires). 85% de nos membres associatives nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel.

Et pourtant, c’est possible ! C’est même indispensable. Pour s’outiller collectivement, la Fédération des femmes du Québec lance une boîte à outils collective et organise un grand Forum les 27 et 28 mars 2020 à Sherbrooke. Militantes et travailleuses dans les syndicats, les organismes communautaires, les tables intersectorielles, cet espace est pour nous. Égalité pour toutes, égalité entre toutes.

L’inscription est gratuite, mais les places sont limitées ! Vous pouvez déjà vous inscrire maintenant ici. Nous vous offrons la possibilité de donner vous-même un atelier pour partager vos propres outils et stratégies : vous pouvez faire une proposition ici.

#Déciderentrehommes #RacismeSystémique #Etdansnosmouvements?

Photo des candidats Blanchet, Scheer, Trudeau, Singh et le journaliste. Au dessus une capture d'écran du post de Je suis féministe disant #Déciderentreblancs. En dessous une capture d'écran du titre de Radio Canada disant : "Jagmeet Singh interpellé au sujet de son turban à Montréal"

Premier débat des chefs de ces élections 2019 : le droit à l’avortement est “en débat” et les stérilisations forcées vécues par les femmes autochtones invisibilisées, les droits des femmes musulmanes sont “en débat” et Jagmeet Singh est agressé au marché Atwater …. Et tant d’enjeux cruciaux pour l’avenir n’ont pas – ou si mal – été abordés. 

Une chose est certaine, quel que soit le résultat de ces élections, nous aurons besoin de mouvements sociaux forts pour défendre les droits de tous et toutes. Et des mouvements sociaux forts, ce sont des mouvements qui prennent à bras le corps la lutte pour la justice sociale, qui se battent contre l’ensemble des systèmes d’oppression, qui ne laissent personne derrière. Des mouvements qui mettent au centre de la table les voix des femmes les plus marginalisées. Dans les luttes qui s’en viennent, nos mouvements seront d’autant plus forts qu’ils seront à la hauteur de nos principes : inclusifs et démocratiques. 

Justement, il y a quelques mois, Jan Simpson marquait l’histoire en devenant la première femme noire élue présidente d’un syndicat national au Canada, mettant ainsi en évidence que nos mouvements demeurent encore trop souvent masculins et/ou blancs. La semaine dernière, au moment de la mobilisation pour le climat,  des militantes ont déploré la même chose, demandant que nos mouvements se transforment et fassent une place réelle aux femmes autochtones et racisées. Cet été, on apprenait que Pride Montreal avait licencié une travailleuse alors qu’elle déposait un rapport sur l’organisme, montrant qu’il devait en faire plus pour rétablir les liens avec les personnes LGBTQIA+ Noires. En mai dernier,  un syndicat demandait au gouvernement d’aller plus loin dans l’exclusion des femmes musulmanes portant un voile, au lieu de défendre leurs droits. Rappelons-nous qu’après la grève étudiante de 2012, des militantes avaient dénoncé les agressions sexuelles dans le mouvement. Nos mouvement doivent faire mieux.

En fait, ces actualités ne sont que le sommet de l’iceberg : cela fait longtemps que l’on sait que nos mouvements de justice sociale, malgré toute leur bonne volonté, reproduisent des injustices en leur sein. Bien qu’elles aient fait l’objet de multiples recherches, “les logiques patriarcales du militantisme” sont toujours bien présentes : la division sexuelle du travail,  l’invisibilisation constante du travail des femmes pour éduquer et prendre soin; le plafond de verre ; l’absence de conciliation famille-travail-militantisme ; ou encore la sous-représentation. Il y a encore beaucoup à faire à cet égard. Mais ce n’est pas tout, car la plupart des femmes ne vivent pas que du sexisme. Les militantes vivant à la croisée d’oppressions dénoncent depuis longtemps les situations de discriminations systémiques qu’elles combattent dans les organismes, à l’intersection du patriarcat, du racisme, de l’hétérosexisme, de l’hétéronormativité, du capacitisme ou encore de la transphobie. 

Encore trop peu nombreuses, de plus en plus de recherches illustrent les mécanismes par lesquels des milieux militants reproduisent oppressions et inégalités. Pensons à la recherche d’Emily Yee Claire et aux travaux d’Alexandra Pierre sur l’exclusion des femmes racisées dans le communautaire ou à celle de Jade Almeida et Marlihan Lopez sur les violences vécues par les femmes racisées en milieu féministe.  Pour la semaine de l’accessibilité, le Réseau d’action des femmes handicapées du Canada donnait la parole à de nombreuses activistes montrant le capacitisme de nos organismes. Dans ses recherches sur le syndicalisme, Carole Yerochewski écrit: “(…) les inégalités entre femmes se sont accrues. Les femmes sans diplôme et les femmes racisées sont les grandes perdantes de la non-prise en compte du caractère intersectionnel des dominations.” 

Précarité du travail, rémunération au rabais, tokenisation, absence de représentation,  banalisation des agressions, discriminations systémiques, secondarisation et ignorance des luttes, non prise au sérieux des oppressions vécues et des agendas de luttes.  Lorsque les militantes dénoncent ces problèmes, c’est elles qui sont vues comme étant le problème et qui sont amenées à quitter les organismes. Comme l’écrit la féministe Sarah Ahmed : “Celles qui insistent sur la réalité du racisme, du sexisme et de l’hétérosexisme sont accusées d’entêtement : elles refusent qu’on ferme les yeux sur ces réalités.” À la suite de toutes ces militantes, soyons entêtées, refusons de détourner le regard. Audre Lorde écrivait: “Je ne suis pas libre tant que n’importe quelle autre femme est privée de sa liberté” : il y a urgence d’agir pour transformer nos organismes pour que toutes soient réellement libres. 

Mais par où commencer ? 85 % des membres associatives de la FFQ nous ont dit avoir de la difficulté à mettre en pratique un féminisme intersectionnel. Les organismes dans lesquels elles militent, des syndicats et des groupes communautaires, cherchent également des outils pour transformer leurs organismes. Pourquoi tant de militantes quittent nos organismes ou s’y épuisent ? Comment surmonter les multiples résistances à l’intersectionnalité ? Les lieux décisionnels sont-ils représentatifs ? Est-ce que nos “comités femmes” s’adressent réellement à toutes les femmes ? Comment aller au-delà de l’organisation des comités d’équité en silo ? Comment faire pour que nos organismes intègrent de façon transversale les luttes anti-oppressives plutôt que de s’en décharger sur le dos des militantes ? La FFQ elle-même n’est bien sûr pas à l’abri et des militantes nous demandent de revoir nos pratiques pour déconstruire les rapports de pouvoir. Prises dans la précipitation du quotidien, nous manquons d’espace et de temps pour réfléchir à nos pratiques et nos stratégies de luttes. 

C’est pourquoi nous organisons un vaste Forum les 27 et 28  mars 2020 à Sherbrooke : deux journées de formations, d’ateliers et d’échanges pour transformer nos organismes. Des militantes partageront leurs analyses, ressources et stratégies lors de table-rondes et de formations en matinées. Les après-midis, nous ferons des ateliers et pour cela, nous faisons appel à vous ! En effet, nombre d’entre vous ont déjà commencé à changer leurs pratiques: le Forum est l’occasion de partager vos outils et stratégies. Si votre organisme souhaite animer un atelier, il suffit de remplir ce formulaire. Le Forum est gratuit et ouvert à toutes, que vous soyez membre de la FFQ ou non. Les contributions volontaires serviront à soutenir les frais de déplacement et d’hébergement des personnes et groupes en situation de précarité financière. Vous pouvez d’ores et déjà réserver votre place. Nous avons plus que jamais besoin de mouvements sociaux forts, inclusifs et combatifs.

Quand Sputnik news découvre le féminisme

Sputnik News dans le monde journalistique, c’est un peu l’équivalent d’Éric Duhaime en terme de crédibilité pour parler de féminisme.

Hier, dans un papier (très sérieux) le journaliste Jérôme Blanchet-Gravel essayait de comprendre l’évolution du féminisme au Québec. Si le sujet se veut informatif, il s’agit surtout d’un article à charge contre la FFQ…basé uniquement sur une entrevue avec Diane Guilbault, présidente de PDFQ. 

Chaque journaliste a droit à ses opinions lorsqu’il/elle s’attaque à un sujet mais de là à produire un papier à charge, sans aucune définition des termes employés et sans un minimum de recul sur l’information collectée en entrevue, il y a un monde. 

C’est pourquoi des organes de presse qui ont construit leur réputation sur leur rigueur journalistique ont déjà fourni un travail de recherche sur le rôle de désinformation voir même de propagande du média Sputnik News. Le New York Times a déjà montré que ce média diffuse intentionnellement de la fausse information et Le Nouvel Observateur a plus généralement montré les liens qui existent entre l’extrême-droite et Sputnik News. 

Ce n’est donc pas très surprenant – bien que franchement maladroit – qu’un groupe conservateur choisisse de donner une tribune à ce « média ». Il est en effet malaisant, mais révélateur, de choisir ce média pour faire part de son opposition aux droits de certaines femmes. 

Voici donc un fact-checking en 7 points de l’article de Sputnik News : 

Paragraphe 1:

Il ne s’agit pas d’une “chamaille” – expression infantilisante et sexiste s’il en est. Quelques femmes conservatrices ont quitté la FFQ lorsque avec  l’ensemble de nos membres – réunies en Congrès d’orientation en 2015 – nous avons choisi de défendre les droits de toutes les femmes.

Il ne s’agit alors pas d’un simple désaccord anecdotique mais d’une urgence politique face à la montée de l’islamophobie et du conservatisme. Les féministes doivent s’unir pour défendre les droits de toutes les femmes. 

Paragraphe 2

La mission et la déclaration de principes de la Fédération des femmes du Québec sont très claires. Elles précisent que l’organisme lutte “pour les droits de toutes les femmes dans une perspective décoloniale et travaille à la transformation et à l’élimination des rapports sociaux de sexe et des rapports de domination dans toutes les sphères de la vie, en vue de favoriser le développement de la pleine autonomie de toutes les femmes.”

Il ne s’agit pas de mettre de l’avant des “prescriptions religieuses” comme le prétend ce propos. Il s’agit de reconnaître que la liberté religieuse est un droit fondamental pour toutes les femmes. Ce droit inclut celui de porter un foulard ou non. La pratique de la religion s’exprime de différente façon et comme Fédération, notre rôle n’est pas de juger de ce choix mais bien de juger du droit des femmes de le faire. 

Par ailleurs, il est contradictoire de la part de PDFQ de comparer “le voile” à un “panneau publicitaire” dans son mémoire sur la loi 21 et de se présenter comme un organisme de défense des droits des femmes. Cela dénote une méconnaissance complète du cadre juridique québécois qu’elles prétendent défendre. En effet, le “voile” tout comme la “kippa”, le « turban sikh » ou la « croix chrétienne » relèvent de la liberté de conscience et de religion (telle qu’évoquée par exemple dans l’article 3 de la charte des droits et libertés de la personne du Québec) et ne saurait être comparée à “un panneau publicitaire”.

Oser une telle comparaison est non seulement déshumanisant mais aussi en contradiction totale des principes de base du droit.

Paragraphe 3:

Encore là, c’est faux.

La FFQ défendait la laïcité de l’État avant même que PDF n’existe : tout comme la Ligue des droits et libertés, Amnesty International, la Commission des droits de la personne et de la jeunesse, la FFQ est en faveur d’une laïcité respectueuse des droits et libertés fondamentales et qui travaille réellement à faire une séparation entre le pouvoir politique et le pouvoir religieux. Surtout, nous savons que les attaques contre les droits des femmes musulmanes à travailler librement font parties de la montée générale du conservatisme, du racisme et de l’islamophobie. 

Paragraphe 4:

Faux.

C’est un des letmotiv des mouvements conservateurs que de dénoncer les mouvements sociaux comme “particularistes” ou individualistes”. C’est une stratégie vieille comme le monde pour faire taire les demandes de justice sociale: combien de fois a-t-on demandé aux femmes de ne pas déranger avec leurs “revendications identitaires” ?

À l’inverse, ce sont justement les femmes à travers le monde – et en premier les femmes noires – qui ont développé l’approche intersectionnelle.

Le féminisme est la lutte collective pour l’égalité pour toutes et l’égalité entre toutes. Le féminisme, c’est la lutte pour l’autonomie des femmes, pour leur droits de travailler et de s’habiller comme elles veulent.

Paragraphe 5:

C’est faux.  Il est absurde de croire qu’il y a “un” féminisme américain. En revanche, il est clair qu’il y a une montée des conservatismes à travers le monde. À l’approche de la marche mondiale des femmes, nous espérons créer des solidarités avec les femmes partout à travers le monde que ce soit en France, aux États-Unis ou ailleurs. 

Par ailleurs, dans un mémoire de 30 pages, la FFQ avait développé très précisément son positionnement contre la loi 21. Dans ce mémoire, il est fait nullement mention d’un cadre de référence américain mais plutôt de références universitaires sur les conséquences désastreuses de telles projets législatifs. Il était surtout aussi question de préserver l’héritage de la Charte des droits et libertés du Québec votée à l’unanimité en 1975 par le parlement québécois. 

Paragraphe 6:

Faux.

En réalité, cette attention à son identité trans vient des différents médias ayant jugé utile de pointer du doigt son identité pour attaquer ses positions. Vous avez un exemple ici, ou encore là. En effet, être une femme trans aujourd’hui au Québec se traduit encore par des articles à charge et des propos haineux. C’est ce qui arrive dans une société qui impose ses normes aux femmes minoritaires. 

Paragraphe 7:

Faux. Il n’y a bien que des conservateurs pour croire que les idées respectent les frontières nationales. L’histoire des féminismes au Québec est évidemment bien plus complexe. Il y a des féministes qui luttent pour le droit de toutes les femmes et il y a des groupes reproduisant l’hégémonie conservatrice.

Se définissant comme “universalistes”, ces groupes prennent en otage la défense des droits des femmes en imposant des agendas qui favorisent seulement les plus privilégiées au détriment des femmes les plus vulnérables. 

Avec la montée des conservatismes à travers le monde, il est plus urgent que jamais de créer des coalitions féministes fortes, c’est-à-dire fondées sur la défense des droits de chacune d’entre nous. Avec nos allié.es et nos membres, nous continuerons de défendre le droit de toutes les femmes. 

Commission Viens: après les paroles, place à l’action !

Ce lundi 30 septembre, la Commission Viens organisait une conférence de presse pour présenter son rapport sur les violences systémiques touchant les personnes autochtones dans les services publics. Que ce soit pour la commission de vérité et conciliation du Canada ou la commission viens, il est temps d’agir.

C’est le sujet de notre seconde chronique à l’émission de radio « Québec Réveil ! » animée par Marjorie Champagne sur les ondes 88.3 FM. Écoutez nos chroniques tous les lundis aux deux semaines à 8h10 !

Notre deuxième chronique « Réveil Féministe ! » – nous parlons du rapport de la commission viens.

Les femmes autochtones: grandes oubliées du rapport de la Commission Viens

Crédit photo: Viviane Michel, Présidente de Femmes Autochtones du Québec (site des Femmes Autochtones du Québec)

Communiqué publié initialement sur le site des Femmes Autochtones du Québec

VAL D’OR, le lundi 30 septembre 2019 – Femmes Autochtones du Québec (FAQ) assiste aujourd’hui au dépôt du rapport final de la Commission d’enquête sur les relations entre les Autochtones et certains services publics au Québec : écoute, réconciliation et progrès, communément appelée Commission Viens. Les recommandations du mémoire de FAQ à la Commission visaient à sécuriser les femmes autochtones, tant dans leur intégrité physique que psychologique, face au système de justice et dans leurs interactions avec les membres des différents corps policiers. Force est de constater que ces recommandations n’ont pas été retenues et que la sécurité des femmes autochtones n’a pas été considérée comme prioritaire par la Commission.

Rappelons que la Commission avait été mise sur pied suite aux dénonciations des abus policiers commis à l’endroit de femmes autochtones au Québec. FAQ souhaite souligner le courage des femmes de Val d’Or qui ont brisé le silence et dénoncé les abus policiers. Ces femmes ont payé cher leur prise de parole publique, ayant été personnellement ciblées par les membres des forces policières qu’elles dénonçaient au départ en plus d’avoir subi de l’intimidation, notamment par le port des brassards rouges par des policiers de la Sûreté du Québec partout sur le territoire québécois. Convaincue que leurs voix devaient être entendues, FAQ a soutenu ces femmes dans leur demande de justice et dans leur refus de s’incliner devant un système qui plutôt que de les protéger les agresse. Suite à la pression des dénonciations publiques et aux reportages télévisés, la Commission a vu le jour.

Constatant la discrimination systémique à l’égard des Autochtones au Québec, le mandat de la Commission avait alors été élargi afin d’inclure les problèmes de discrimination qui touchent tous les Autochtones qui font appel aux services publics de compétence provinciale. Conséquemment, les appels à l’action énoncés par le Commissaire Viens traitent amplement des failles des services publics provinciaux aux Autochtones. Nous saluons ce travail et espérons qu’enfin ces constats d’échec trouveront des remèdes appropriés et culturellement sécurisants. En revanche, il serait erroné de croire que la Commission a dûment rempli son mandat auprès des femmes autochtones.

FAQ avait demandé une enquête sur les services policiers. L’élargissement du mandat de la Commission a dévié le point focal que formaient les femmes autochtones abusées par les membres des corps policiers et négligées par le système de justice. FAQ travaille déjà au quotidien à sensibiliser ses membres, et donc par extension les communautés autochtones, aux problèmes liés aux agressions à caractère sexuel. La responsabilité de permettre un accès à la justice sécurisant et sécurisé aux femmes est imputable au système de justice et aux membres des corps policiers. Nous sommes donc de retour à la case départ : l’enquête n’a pas mené à des appels à l’action probants à l’égard des services policiers et du système de justice dans l’accueil des femmes autochtones et la Commission a omis l’analyse fondamentale nécessaire qui avait donné naissance à son existence même.

FAQ souhaite réitérer sa main tendue vers le système en place pour une collaboration : la mise en oeuvre des appels à l’action doit se faire avec les organismes de femmes autochtones. Nous interpellons la Protectrice du citoyen à cet égard et avons hâte de pouvoir partager notre expertise avec elle dans le travail de mise en oeuvre et de suivi des appels à l’action de la Commission.

Si seulement nous les avions écoutées plus tôt

Hier nous partagions un article pointant du doigt l’invisibilisation des femmes subissant en premier les effets des impacts du changement climatique dans l’espace médiatique et les raisons sous-jacentes de cette invisibilisation.

Aujourd’hui, pour que vous saisissiez l’ampleur de l’invisibilisation des combats de ces femmes, nous partageons une liste (non exhaustive) de 17 femmes racialisées, activistes pour le climat, et assassinées ces dernières années en raison de leur combat. Que ces assassinats en série ne soient pas plus largement partagés et n’aient pas provoqué un scandale sur l’échelle planétaire pose vraiment question. Sur la seule année 2016, il était recensé au moins 200 assassinats de défenseurs de l’environnement. Parmi ces assassinats, de nombreuses femmes.

  • Laura Leonor Vàsquez  Pineda – Guatemala – assassinée le 20 janvier 2017
  • Francia Marquez – Colombie – tentative d’assassinat le 4 mai 2019
  • Berta Caceres – Honduras –  assassinée le 3 mars 2016
  • Emilsen Mnyoma – Colombie –   assassinée le 17 janvier 2017
  • Yolanda Maturana – Colombie – assassinée le 2 février 2018
  • Juana Raymundo – Guatemala – assassinée le 28 juillet 2018
  • Annaliza Dinopol Gallargo Capinpin- Philippines – assassinée le 22 août 2018
  • Olivia Arévalo Lomas – Pérou –  assassinée le 10 mai 2018
  • Kátia de Sousa Martins- Brésil – assassinée le 4 mai 2017
  • Leonela Tapdasan Pesadilla – Philippines – assassinée le 3 mars 2017
  • Leidiane Drosdoski Machado – Brésil -assassinée le 18 mai 2015
  • Parveen Rehman – Pakistan – assassinée le 13 mai 2013 
  • Jane Julia de Oliveira – Brésil – assassinée le 24 mai 2017
  • Aysin Büyüknohutçu – Turquie – assassinée le 10 mai 2017
  • Guadalupe Campanur Tapia – Mexique – assassinée le 16 janvier 2018
  • Maria da Lurdes Fernandes Silva – Brésil – assassinée le 26 juillet 2017
  • Juventina Villa Mojica – Mexique – assassinée le 28 novembre 2012

Cela souligne de nouveau l’importance de mettre de l’avant l’analyse féministe et intersectionnelle pour parler des enjeux climatiques. Pour rappel, la FFQ sera présence ce vendredi 27 septembre à la marche pour le climat dans un contingent féministe et intersectionnel. Toutes les informations sont ici: https://www.facebook.com/events/448833209174515/

Un commentaire

Pourquoi la majorité d’entre-vous n’a jamais entendu parler d’Autumn Peltier ?

L'image est une photo de Autumn Peltier

Le 22 mars 2018, Autumn Peltier, jeune activiste autochtone pour le climat s’adressait du haut de ses 13 ans aux leaders mondiaux aux Nations Unies. Son allocution portait sur la nécessité d’agir pour la protection de l’eau.

C’est sans doute la première fois que vous lisez son nom. À l’inverse, vous avez très certainement entendu parler de l’allocution de Greta Thunberg aux Nations Unies ce lundi 23 septembre. Pourquoi ce fossé de représentation médiatique entre ces deux jeunes activistes qui font toutes deux un travail remarquable de conscientisation ?

Qu’est-ce que cela dit de la prégnance des structures racistes dans nos sociétés et en quoi la visibilisation des premièr.e.s concerné.es est un enjeu primordial pour aborder le plus correctement la question du changement climatique ? Décryptage.

Les batailles des femmes les plus impactées mises au second plan 

Aujourd’hui au Canada, les peuples autochtones sont encore en lutte pour exiger un droit primaire, gratuit pour les autres citoyen.n.e.s canadien.n.e.s, à savoir l’accès à l’eau potable. Par exemple, la Première Nation Neskantaga au Nord de l’Ontario est sous un avis de faire bouillir l’eau depuis plus de 20 ans. Parallèlement, les peuples autochtones sont aux premières loges dans la lutte contre l’extraction des gazs de schiste. Nulle besoin de rappeler la bataille historique de l’ancienne chef d’Elsipogtog au Nouveau-Brunswick sur cette question. Vieille déjà de 5 ans, cette mobilisation avait marqué tant par la violence de la répression policière sur cette communauté autochtone que par l’hostilité des discours publics à l’égard de leur mobilisation.

Plus récemment cet été, ce sont les revendications des peuples autochtones du Brésil qui ont été mises sous silence dans la couverture médiatique des nombreux incendies qui ont décimé l’Amazonie. 

Il y a deux points communs dans les mobilisations des peuples autochtones sur ces enjeux climatiques: d’abord ces mobilisations sont (au mieux) invisibilisées dans l’espace public, ensuite ces enjeux touchent plus durement les femmes de ces communautés (dans la mesure où partout les femmes sont les plus impactées par les crises, que celles-ci soient économiques, climatiques ou politiques).

La question de la lutte contre le réchauffement climatique n’est pas un vase clos. Elle s’imprègne aussi des représentations sexistes et racistes de nos sociétés occidentales. 

À titre d’illustration, des recherches ont montré que 95% des 60 milliards de dollars alloués annuellement à des organismes de bienfaisance étaient dirigés par des personnes blanches et 70 à 80% de ces financements vont directement à des organismes de bienfaisance dirigés par des hommes. Cela laisse un tout petit pourcentage pour des organismes dirigés par des femmes racialisé-e-s, pourtant en première ligne des impacts du changement climatique.

Alors pourquoi la question climatique est un enjeu féministe ET antiraciste ?

Et cette invisibilisation ne vient pas de nulle part. 

Les deux tiers des entreprises minières dans le monde ont leur siège social au Canada. Elles participent directement à cette destruction catastrophique de l’environnement au détriment des populations autochtones et au bénéfice des plus prévilégié-e-s dans notre économie (ces entreprises financent par exemple vos fonds de pension).

On remarque également que dans l’évolution des discours sur l’écologie, l’invisibilisation des premières concernées a pour effet, in fine, de garantir la concentration des privilèges au sein des populations déjà les plus privilégiées : au début des années 2000, le discours sur la nécessité d’adopter “des gestes quotidiens écologiques” a permis à des entreprises de redorer leur image autour du “bio” et de « l’écoblanchiment ». Aujourd’hui, on cherche toujours à protéger les intérêts économiques des plus privilégié.es en permettant aux grandes entreprises de continuer à adopter les mêmes modes de production (au détriment, encore une fois, des peuples autochtones). 

Enfin, Naomie Klein, dans une entrevue à Democracy Now, a montré que les États occidentaux étaient déjà en train de s’adapter aux conséquences des changements climatiques, mais pas de la bonne manière. Des mesures sont en effet déjà mises en place pour fermer les frontières aux réfugié-e-s climatiques. Au lieu de répondre à l’injustice climatique, les États choisissent au contraire de la renforcer.

Si dès le départ, les voix des populations les plus impactées par la question climatique avaient été mises au centre de la table et écoutées, nous aurions avancé-e-s beaucoup plus rapidement sur la question de l’urgence climatique. Pour preuve, cela fait plusieurs décennies que des peuples autochtones parlaient déjà de la nécessité de changer nos moyens de production mais ce n’est qu’aujourd’hui, par l’entremise de Greta Thunberg que ce discours est porté auprès des plus hautes instances gouvernementales. 

Heureusement, Greta Thunberg est consciente de cet enjeu et a annoncé ouvrir ce vendredi la marche au-côté de jeunes femmes autochtones. La FFQ sera de son côté également présente dans un contingent féministe et intersectionnel avec sa propre bannière. (toutes les informations sur ce lien)

Bannière de la FFQ pour la marche pour le climat

Pour aller plus loin sur la question de l’enjeu de l’intersectionalité sur les questions environnementales : visitez la page FB de Lourdenie Jean “L’environnement, c’est intersectionnel”.

https://interland3.donorperfect.net/weblink/weblink.aspx?name=ffq&id=27

Crédit photo: CBC

La FFQ interpelle les partis fédéraux sur les enjeux féministes

La Fédération des femmes du Québec, créé en 1966, est un organisme de défense des droits des femmes. Dotée d’un réseau de centaines de membres associatives et individuelles représentant des milliers de femmes à travers tout le Québec, la FFQ développe un travail de sensibilisation et d’alerte sur les violences systémiques qui touchent les femmes. Au sein du mouvement des femmes, la FFQ assume un leadership collectif pour faire avancer un projet féministe de société ancré dans les valeurs de la Charte mondiale des femmes pour l’humanité; l’égalité, la liberté, la solidarité, la justice et la paix. 

Dans le cadre de la campagne aux élections fédérales, nous sollicitons tous les partis fédéraux pour connaître leur programme et leurs positions sur nos champs d’actions décidés avec l’ensemble de nos membres lors de notre dernière assemblée générale. Voici les quatre questions que nous avons envoyées à chacun-e d’entre eux: 

1) Quelle est votre position sur les enjeux féministes ? Si votre parti prend le pouvoir ou a des élu.es à la Chambre des communes, allez vous travailler avec les organismes de terrain qui portent tous les jours les questions des violences structurelles que subissent les femmes ? Allez-vous intégrer dans vos analyses des outils permettant de mesurer l’impact des politiques publiques sur TOUTES les femmes ? 

2) Quelle est votre position sur la question de l’avortement ? Vous engagez-vous à protéger coûte que coûte les acquis des droits des femmes en matière d’avortement ou allez-vous tolérez les discours d’un retour en arrière sur la question de l’avortement et l’autonomie des femmes?  Permetterez-vous aux élu.es de votre parti de participer à des mouvements en ce sens?

3) Quelle est votre position sur la question de la laïcité et de la loi 21 ?  Serez-vous sur la ligne de défense des droits fondamentaux garantissant à chacun-e la libre pratique et la libre expression de sa foi, ou bien tolérerez-vous les tenants d’une laïcité identitaire, prêtes à dicter aux femmes comment se vêtir ?

4) Les femmes subissent en premier et avec une plus grande force, les impacts des changements climatiques. Si votre parti est porté au pouvoir ou vous avez des députés élu.es, comment comptez-vous répondre à cette menace pour les femmes? 

Ces quatre questions revêtent une importance toute particulière dans le contexte d’un clivage entre un féminisme inclusif et un féminisme réactionnaire. Nous espérons que ces questions vous permettront d’exprimer votre projet aussi clairement que possible. Nous restituerons vos réponses fidèlement, afin que chaque électeur puisse en tenir compte dans son choix à l’approche des échéances électorales.

La #mexplication appliquée aux féministes réactionnaires

Nous en avions déjà un peu parlé !

Cette année, la FFQ va animer à toutes les deux semaines les lundis matins à 8h10 une chronique « Réveil Féministe! » dans l’émission « Québec réveille » animée par Marjorie Champagne sur les ondes 88.3FM.

Pour le sujet de notre première chronique ce matin, on parle de la mexplication appliquée aux féministes réactionnaires :

Cliquer sur l’image pour accéder à la vidéo de notre chronique ! https://www.youtube.com/watch?v=3znIhKAbpxk&feature=youtu.be